« Un lundi de Pentecôte » de Patricia DELAHAIE

Informations 

Titre : Un lundi de Pentecôte

Auteur : Patricia Delahaie

Éditeur : Belfond

Nombre de pages : 368 pages

Formats et prix : broché 19.90 € / numérique 13.99 €

Date de publication : 28 mars 2024

Genre : thriller

Résumé

Après La Faussaire, finaliste du prix des lectrices Elle polar en 2022, Patricia Delahaie livre une réinterprétation intime, puissante et sensible de l`affaire Ranucci, vue à travers le prisme d`une relation mère-fils d`une rare délicatesse, d`une rare cruauté. Loïc le sait : un ogre habite ses pensées.
Attiré par les enfants, le jeune homme de vingt ans pense savoir contenir la bête qui vit en lui. Mais ce lundi de Pentecôte 1974, la bête s`échappe. Une petite fille passe dans son champ de vision. Huit ans, robe blanche au motif cerise. Son corps sera retrouvé deux jours plus tard. Loïc risque la peine de mort.
Pour sa mère, Louise, son inculpation est une terrible erreur. Comment son fils, son tendre garçon qu`elle a élevé seule pourrait être le monstre que l`on dit ?
Alors que la lame de la guillotine pèse sur le procès de Loïc, mère et fils vont tisser ensemble une histoire difficile à croire. Mais à trop vouloir innocenter Loïc, Louise ne risque-t-elle pas de le conduire à l`échafaud ?

Mon avis

Un roman noir qui revisite l’affaire Christian Ranucci.

Petit rappel : Christian Ranucci a été jugé, condamné à mort et exécuté en 1976, pour l’enlèvement et le meurtre, le , de Marie-Dolorès Rambla, âgée de huit ans. Cette affaire a alimenté d’innombrables controverses, car, même si beaucoup de choses accablaient Christian, sa culpabilité n’a jamais été clairement établie.

Patricia puise dans ce fait divers ayant profondément marqué la France des années 1970 pour écrire son roman. J’avoue avoir attaqué cette lecture sans connaître cette affaire Ranucci. Je suis quand même allée faire un tour sur le net pour voir de quoi on parlait.

1974. Lundi de Pentecôte, Marseille. La petite Livia Pozzi, 8 ans, est enlevée alors qu’elle joue dehors, emmenée l’air de rien dans une voiture par un homme, sous les yeux de son petit frère, Nino. Son corps est retrouvé quelques jours plus tard. Très vite, les soupçons se tournent vers Loïc Peyrat, 20 ans. Louise, sa mère, ne peut croire en la culpabilité de son fils.

Le dossier est confié à la juge Régine, énergique, nerveuse, qui ne perd pas de temps. La presse est représentée par Gus Demaison et Pauline Esper, journalistes à « Histoires vraies », l’émission de télévision. 

« Un lundi de Pentecôte » creuse le rôle de la société, des médias et des autorités politiques dans cette affaire. La machine judiciaire et ses conséquences sur les protagonistes (victimes et présumé coupable) est terrifiante.

Des trajectoires humaines se confrontent bien malgré elles, et, entre douleur, colère et désespoir, chacun est en quête de vérité.

Le doute persistant sur la culpabilité de Loïc permet d’explorer la psychologie d’un homme accusé, poussant le lecteur à de multiples allers-retours entre certitudes et hésitations. Il en résulte un profond sentiment de malaise lors de cette lecture…d’autant que l’on sait pertinemment que Loïc finira décapité.

J’ai apprécié cette plongée dans la société française des années 70, marquée par une transition entre valeurs traditionnelles et débats sociaux. La peine de mort était, à cette époque, un sujet brûlant. « Un lundi de Pentecôte » explore l’impact de la couverture médiatique durant le procès. Le système judiciaire devient un spectacle public où la vérité s’efface devant les enjeux de pouvoir et l’opinion populaire.

Patricia se penche sur la douleur de la famille de Livia, mais aussi sur Louise, la mère de Loïc, qui doit affronter la honte et la peur. Convaincue de l’innocence de son fils, elle n’a jamais douté de lui, et à toujours tout fait pour prouver son innocence. Le père de Livia, quant à lui, se bat pour faire éclater la vérité. Une colère sourde le gagne très vite après le déni et l’abattement. Nino, isolé, impuissant, s’en veut de ne pas avoir pu protéger sa sœur.

« Il revit la sensation du vide à l’estomac, comme un ascenseur qui se décroche, quand ils n’ont plus trouvé la voiture, ni le monsieur, ni sa sœur, volatilisés. Ils étaient là et soudain, plus personne. Son père s’est énervé. Il l’a secoué comme un prunier en lui hurlant ses questions dans l’oreille. »

L’écriture de Patricia est noire, plongeant le lecteur dans une atmosphère lourde et oppressante. Elle capture la brutalité et la réalité crue du drame. J’ai beaucoup aimé les scènes de procès. J’ai ressenti une sensation pesante enveloppant cette salle d’audience, la froideur des institutions, l’angoisse de la famille de Livia et celle de Loïc. Le rythme est étouffant.

La construction est fluide, incluant des rapports d’audition. Le récit général est écrit en utilisant le pronom « Il ». Cela permet d’instaurer une certaine distance, le lecteur est là en tant qu’observateur. La description est factuelle, cela crée une impression de neutralité. A l’inverse, lors des rapports d’audition, le récit passe au « Je », plaçant le lecteur à la place du coupable présumé, lui donnant accès à ses pensées et à ses peurs. J’ai été déstabilisée par ce type de construction.

Patricia a réussi a éviter le sensationnalisme ou l’apitoiement pour nous livrer une enquête quasi journalistique. On ne peut pas parler de true crime à proprement parler, puisque nous sommes dans une fiction basée sur une histoire vraie, l’auteure ayant adapté et réinterprété certains éléments de l’histoire.

Patricia aborde des thèmes intéressants comme la justice, la peine de mort, la culpabilité, le doute. Elle invite le lecteur à réfléchir. Elle laisse la place au doute, distille des indices contradictoires et entretient un flou autour de la culpabilité de Loïc. Cela accentue encore plus l’inconfort que peut ressentir le lecteur.

J’ai apprécié la fin, qui nous montre ce que deviennent les personnages après l’exécution. Comment tous ces acteurs de ce drame tentent de passer à autre chose, de continuer à vivre, et comment ils y arrivent, ou pas. La conclusion du roman est ainsi moins brutale que s’il s’était arrêté avec l’exécution de Loïc.

« Un lundi de Pentecôte » m’a permis d’aborder ce fait divers d’une autre manière. Patricia a su rendre palpable l’horreur de toute cette histoire. En refermant ce livre, le doute sur la culpabilité de Loïc me collait à la peau. Et si nous avions là une terrible erreur judiciaire ?

Je vous recommande cette lecture pour la gravité des sujets abordés, pour l’analyse fine des comportements humains et pour la quête de justice.

Je remercie les Éditions Belfond et Editis pour cette lecture.

« Le chagrin est un animal furtif. Il se cache et reparaît sans crier gare, au détour d’une scène de rue, d’un son, d’un mot, d’un reflet dans une vitrine… »

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Un lundi de Pentecôte

En bref…

Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : le résumé. Ma méconnaissance de ce fait divers m’a donné envie de le découvrir.

Auteur connu : je ne connaissais pas du tout Patricia. Pourtant, elle est l’auteure de plus d’une vingtaine de livres.

Émotions ressenties lors de la lecture : tension, angoisse, colère, indignation, frustration, compassion.

Ce que j’ai moins aimé : RAS

Les plus : la plume, la construction, le contexte social, la fin.

Si je suis une âme sensible : aucune scène de violence dans ce roman. Néanmoins, nous sommes dans une histoire vraie (même si on est pas dans un true crime).

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