Informations
Titre : La neige était sale
Auteur : Jean-Luc Fromental et Bernard Yslaire
Éditeur : Dargaud
Nombre de pages : 104 pages
Formats et prix : broché 23.50 € / numérique 14.99 €
Date de publication : 26 janvier 2024
Genre : bande dessinée – adulte
Résumé
Frank est le fils de Lotte, tenancière de la maison close que fréquentent les forces d’occupation de cette ville moyenne d’Europe de l’Est jamais nommée, figée dans les pénuries, le froid et la sourde horreur des années de guerre. Il a 17 ans et les filles n’ont plus de secrets pour lui, puisqu’il a les pensionnaires de sa mère à disposition. Sans savoir ce qu’il cherche, Frank se laisse glisser sur la pente du banditisme, assassine, sans raison matérielle ni patriotique, un occupant particulièrement répugnant, vole et tue une vieille femme qu’il connaît depuis l’enfance, et plonge dans un avilissement que seule éclaire l’image idéalisée de Sissy, sa chaste voisine, éperdument amoureuse de lui.
La déchéance volontaire peut-elle conduire à la rédemption ? C’est la question lancinante que soulève La neige était sale, le grand roman existentialiste de Georges Simenon, adapté avec brio par Jean-Luc Fromental et Bernard Yslaire.
Mon avis
L’adaptation en bande dessinée du célèbre roman de Georges Simenon, publié en 1948.
Jean-Luc Fromental s’associe avec Bernard Yslaire et s’attaque à un monument de la littérature française : « La neige était sale » de Georges Simenon. Ensemble, ils offrent une relecture visuelle de ce récit sombre et troublant.
L’histoire nous plonge en pleine Occupation, où Franck Friedmaier, jeune homme cynique et amoral, se complaît dans la délinquance et la violence. A travers ses actes, son récit devient une descente vertigineuse dans les tréfonds de la condition humaine.
Fromental conserve la trame dense et désespérée du roman initial. Franck est un antihéros complet : jeune homme perdu dans un monde en ruines, façonné par l’Occupation, le pouvoir et la peur. Son nihilisme est criant : il vole, manipule et va jusqu’à tuer, sans autre raison que l’envie de prouver qu’il peut le faire. « La neige était sale » explore la déchéance humaine et la corruption de l’âme.
Le monde qui entoure Franck est tout aussi sordide que lui : prostituées, hommes influents corrompus et petites frappes dessinent une fresque sombre. L’ambiguïté du roman est parfaitement retranscrite : j’ai été à la fois fascinée et révulsée par Franck.
L’atmosphère pesante du roman est préservée, avec une tension omniprésente et une violence à la fois psychologique et physique palpable. La neige représente la pureté perdue et l’immoralité qui souille tout.

Bernard Yslaire apporte une puissance graphique indéniable à cette adaptation. Il insuffle une dimension presque fantasmagorique à l’univers de Simenon. J’ai été vraiment subjuguée par ses dessins. J’ai passé du temps à scruter chaque planche, chaque détail. Un pur émerveillement. Un réel coup de cœur.

Yslaire restitue les rues lugubres et les intérieurs étouffants du monde de Franck. Les traits réalistes et précis du dessinateur mettent en lumière les expressions torturées des personnages, tandis que ses décors m’ont plongée dans une atmosphère étouffante et glacée.

Il joue sur une palette de couleurs volontairement retreinte, dominée par des tons froids. Des touches de rose, soigneusement choisies, créent un contraste visuel et thématique, tout en enrichissant l’interprétation symbolique du roman. Elles orientent l’œil du lecteur. Le rose, couleur provocante, presque transgressive ici. Les cases, souvent découpées de manière cinématographiques, capturent l’intensité émotionnelle de chaque scène.


A travers Franck, cette adaptation met en lumière les dilemmes moraux exacerbés par un contexte politique chaotique. Le mal peut se nicher partout, dans les esprits les plus jeunes, et prospérer dans les périodes de troubles. Le lecteur s’interroge sur les racines du mal. Franck est-il le produit d’un environnement déshumanisé ou un être intrinsèquement mauvais ? La réponse reste volontairement floue, pour que le lecteur puisse juger par lui-même.
« La journée se passe à épier les allées et venues de la maison, les mots chuchotés, le grincement des sommiers, les bruits de salle de bains. Le ciel est déjà noir quand tu t’habilles pour sortir. »
Le rythme est maîtrisé, avec un découpage qui alterne les scènes introspectives et les moments d’action. La narration est originale, puisque l’auteur s’adresse directement à Franck, en utilisant le « Tu ». Jean-Luc place le lecteur dans la position d’un observateur ou d’un juge. J’ai trouvé que cela apportait une profondeur particulière au récit.
Cette bande dessinée s’adresse autant aux amateurs de l’œuvre originale de Simenon qu’aux lecteurs curieux de découvrir un récit à la fois intemporel et glaçant. Un voyage dans une noirceur saisissante, où chaque flocon de neige semble lourd d’impureté.
« Avec cette carte, fini de raser les murs, tu vas où tu veux, si une patrouille t’arrête, tu la sors et les soldats se mettent au garde-à-vous… »
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En bref…
Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : happée par la couverture, tout simplement.
Auteur connu : je ne connaissais ni Jean-Luc ni Bernard. Une belle découverte !
Émotions ressenties lors de la lecture : émerveillement, malaise, trouble, fascination.
Ce que j’ai moins aimé : RAS
Les plus : le graphisme, la narration, la fidélité au roman original.
Si je suis une âme sensible : RAS
