Informations
Titre : L’inconnu des barricades
Auteur : Pierre Mazet
Éditeur : Caïman
Nombre de pages : 240 pages
Formats et prix : broché format poche 15 €
Date de publication : 10 décembre 2024
Genre : polar historique
Résumé
Saint-Étienne 1834, la grève des passementiers est noyée dans le sang. Dans les rues du pourtour du quartier de Chavanelle, on ramasse des cadavres. D`une impasse, les brancardiers sortent celui d`un homme dont le visage ne rappelle nulle origine connue. C`est alors que Floréal Leroux, journaliste débutant, entre en scène, s’assignant une double mission : identifier l’inconnu, afin de lui rendre, en partie, sa dignité. Et, bien entendu, trouver le coupable, car celui que policiers et politiques désignent semble arranger un peu trop le pouvoir…
Mon avis
Une plongée dans une époque troublée.
Dès les premières pages de « L’inconnu des barricades », Pierre Mazet nous plonge dans une période trouble de l’histoire française : la révolte des passementiers de Saint-Étienne en 1834, réprimée dans un bain de sang. Un contexte historique fort, marqué par la tension sociale et la brutalité du pouvoir, qui sert de toile de fond à une enquête captivante menée par un jeune journaliste idéaliste, Floréal Leroux, notre narrateur.
Avant même d’entrer dans l’intrigue, l’auteur prend le temps de rappeler ces événements historiques, ancrant ainsi son récit dans un contexte réel, minutieusement documenté. Cette introduction immersive donne le ton du roman : ici, fiction et réalité s’entrelacent pour nous offrir une fresque historique aussi captivante qu’authentique.
« Lorsque la barricade de la rue Saint-Roch a cédé, je me suis trouvé du côté des manifestants. Aussitôt, je me suis glissé à l’abri d’une entrée d’immeuble. J’ai vu s’enfuir un groupe d’une dizaine d’émeutiers dont trois ou quatre étaient armés. »
L’auteur nous transporte dans un Saint-Étienne du XIXe siècle en pleine effervescence, où les inégalités sociales attisent les révoltes. Les passementiers, ces ouvriers spécialisés dans la fabrication de rubans, se soulèvent contre des conditions de travail inhumaines, mais leur mouvement est écrasé dans la violence. C’est dans ce climat de répression que débute l’histoire, avec la découverte d’un cadavre anonyme dans une impasse du quartier de Chavanelle.
« – Vous me fatiguez, Leroux. Attention à ce que vous écrivez dans vos feuilles de choux. A Lyon, le sang coule en abondance. Je ne voudrais pas, qu’à Saint-Etienne, d’autres braves gars perdent leur vie. Alors, faites passer le message à vos amis des sociétés secrètes : inutile de persister dans l’émeute, le pouvoir ne bougera pas d’un poil. »
Le roman brille par son réalisme. Pierre s’appuie sur une reconstitution historique rigoureuse, et à la fin du livre, il dresse la biographie des personnages ayant réellement existé. Ce souci du détail souligne le sérieux de ses recherches et renforce l’impression de plonger dans une époque où les luttes sociales étaient violemment réprimées. L’auteur réussit à faire revivre ce passé en mêlant habilement faits historiques et fiction, donnant ainsi plus de force à son intrigue. Le portrait de Saint-Etienne est saisissant, son atmosphère pesante.
Floréal Leroux est un personnage immédiatement attachant. Jeune journaliste encore inexpérimenté, il se lance avec détermination dans cette enquête, à la fois pour donner un nom et une identité à la victime, mais aussi pour découvrir la vérité derrière ce meurtre. Son engagement, bien que parfois téméraire, le rend d’autant plus crédible et humain. Son investigation ne se limite pas à Saint-Étienne : elle le mène jusqu’à Paris, où il met la main sur un élément aussi surprenant qu’intrigant : le journal de bord d’un membre de l’expédition maritime de La Pérouse, mystérieusement disparue en 1788 lors d’un tour du monde. Cet élément inattendu ajoute une dimension supplémentaire au récit, mêlant intrigue politique, histoire ouvrière et mystère maritime.
Pierre construit une intrigue bien rythmée, où les tensions sociales se mêlent aux enjeux politiques. Il maintient le suspense en distillant progressivement ses révélations et en introduisant des rebondissements bien dosés. L’enquête de Floréal s’enrichit au fil des pages, prenant une ampleur insoupçonnée.
La plume est fluide, riche et immersive, bien que quelques répétitions puissent parfois alourdir la lecture. Cela reste un détail mineur face à la qualité globale du récit et à la richesse de son contexte.
Au-delà du simple polar historique, « L’inconnu des barricades » est aussi un roman engagé. Il interroge sur la manipulation du pouvoir, la répression des classes populaires et le rôle de la presse dans la quête de vérité. À travers Floréal Leroux, l’auteur met en lumière l’importance du journalisme d’investigation, ainsi que les dangers auxquels sont confrontés ceux qui osent s’opposer aux discours dominants.
Le travail de documentation de Pierre est remarquable : il ne se contente pas de broder une fiction autour d’événements réels, mais s’attache à respecter leur essence, rendant hommage à ces figures historiques souvent oubliées, voire totalement inconnues des lecteurs.
Une lecture que je recommande vivement à tous les amateurs de romans historiques et d’enquêtes engagées !
« Certes, je connaissais les Rambertes, ces larges embarcations à fond plat, capables de transporter vingt tonne de charbon de Saint-Rambert à Roanne. Mais le trajet qu’elles devaient suivre n’était pas des plus reposants. »
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En bref…
Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : pour l’aspect historique et l’intrigue basée à Saint-Etienne, que je connais très bien puisque j’y travaille depuis plus de vint ans.
Auteur connu : je ne connaissais pas Pierre. Pourtant, il est l’auteur de plus d’une dizaine de romans noirs ! La Librairie de Paris de Saint-Etienne organisait une rencontre, l’occasion était trop belle de découvrir un nouvel auteur, et d’acheter son livre ! Retrouvez ici mon article relatant cette rencontre.

Émotions ressenties lors de la lecture : indignation, surprise, admiration, intérêt, curiosité.
Ce que j’ai moins aimé : pas grand chose, quelques répétitions mais rien de trop gênant non plus.
Les plus : cadre historique, le bon dosage entre fiction et réalité historique, la plume, le personnage du journaliste, l’intrigue riche et rythmée.
Si je suis une âme sensible : pas de problème notable.

Une réflexion sur “« L’inconnu des barricades » de Pierre MAZET”