Informations
Titre : Quand tu franchiras le fleuve
Auteur : Hippolyte Leuridan-Dusser
Éditeur : Les Editions du Gros Caillou
Nombre de pages : 224 pages
Formats et prix : broché 19 € / numérique 13.99 €
Date de publication : 3 octobre 2025
Genre : roman noir
Résumé
Et s’il existait sous nos pieds un monde où vivent, oubliés de tous, des enfants laissés pour compte ?
Pour Romain et ses frères du clan des Porte-Fer, lorsqu’une série de meurtres bouleverse la tranquillité de la ville et de ses habitants, c’est la fin de l’insouciance.
Alors que les policiers se saisissent de l’affaire, Romain nous conte une tout autre histoire…
Une fable sombre où les victimes ne sont pas celles qu’on imagine.
Mon avis
Une idée forte et un univers intrigant
Ce roman attire par son concept original : un monde souterrain où survivent des enfants rejetés, dans l’ombre de la société. L’idée est puissante et porteuse d’une dimension métaphorique forte. Ces « oubliés » incarnent la misère invisible, les failles d’un système qui ne protège pas les plus vulnérables.
Hippolyte imagine un univers sombre, presque mythologique, avec ses propres règles, ses alliances, ses fractures. Dès les premières pages, on ressent la dureté de ce milieu et la précarité dans laquelle évoluent les Porte-Fer. Ce décor atypique est l’un des points forts du roman : il interpelle et questionne.
Une plume élégante mais contemplative
Seconde chose qui frappe à la lecture, c’est le soin apporté à l’écriture. La plume est riche, poétique, parfois lyrique. Les phrases semblent ciselées avec une précision presque musicale. Cette qualité littéraire est indéniable et donne au texte une atmosphère singulière, empreinte de gravité et de mélancolie.
Cependant, cette recherche stylistique ralentit considérablement le rythme. Les descriptions et réflexions prennent souvent le pas sur l’action. Ce choix peut séduire les amateurs d’une écriture exigeante et immersive, mais pour moi, il a freiné l’élan narratif. Je m’attendais à une intrigue plus dynamique, portée par la tension liée aux meurtres, mais cet aspect reste en arrière-plan.
« Je vous jure, y a pas plus menteur qu’un gamin qui veut vous faire plaisir. »
Des personnages difficiles à apprivoiser
Le roman adopte le point de vue de Romain, narrateur et membre des Porte-Fer. Sa voix donne au récit un ton à la fois introspectif et désabusé. Pourtant, malgré cette proximité, je n’ai pas réussi à créer un véritable lien émotionnel avec lui. Ses émotions, ses blessures restent souvent suggérées, ce qui instaure une certaine distance avec le lecteur.
Les autres personnages gravitent autour de lui sans jamais vraiment prendre corps. Ils sont évoqués, esquissés, mais rarement approfondis. Ce manque de profondeur rend les drames qui les touchent moins percutants. J’aurais aimé ressentir davantage de tension, de peur ou d’empathie pour ces enfants perdus.
« Marche comme si l’air t’appartenait, c’est le seul conseil qu’il garde de son vieux, patron d’une compagnie aérienne. Aujourd’hui, c’est le grand jour. Aujourd’hui, premier cadavre. Aujourd’hui, tu deviens flic. »
Une intrigue qui manque de tension
Le résumé laisse présager une histoire forte, marquée par une série de meurtres et un basculement dans la violence. Mais dans les faits, l’intrigue avance lentement, presque en sourdine. Les rebondissements sont rares et le récit se concentre surtout sur l’atmosphère et la réflexion sociale.
Cela crée un paradoxe : le cadre et le sujet sont sombres, mais l’émotion reste tamisée, presque absente par moments. Cette approche contemplative peut plaire à ceux qui privilégient la plume et la symbolique, mais elle m’a laissée un peu sur ma faim.
Mon ressenti global
Cette lecture est pour moi en demi-teinte. J’ai apprécié l’originalité du concept et la beauté de l’écriture, mais j’ai regretté le manque de rythme et la difficulté à m’attacher aux personnages. À aucun moment je n’ai ressenti ce frisson d’urgence ou cette empathie profonde qui transforment une bonne idée en un roman marquant.
En résumé, « Quand tu franchiras le fleuve » est un texte exigeant, qui séduira les lecteurs sensibles à la prose et aux univers métaphoriques, mais qui pourra dérouter ceux qui recherchent une intrigue haletante et des personnages incarnés.
« Ma prend toujours un moment pour ouvrir un livre et nous lire un passage qui n’a rien à voir avec la vie, en nous montrant des images de pays qu’on ne connaît pas, d’animaux qu’on ne verra jamais et de gens morts depuis longtemps. »
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En bref…
Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : le résumé m’a séduite avec sa promesse d’une fable sombre et d’un univers original. Je m’attendais à une intrigue haletante mêlée à une réflexion sociale profonde. Ce thème des « oubliés », des enfants livrés à eux-mêmes, me semblait porteur d’une dimension humaine et émotionnelle forte.
Auteur connu : « Quand tu franchiras le fleuve » est le premier roman d’Hippolyte. Je l’ai rencontré aux derniers Quais du Polar. Je lirai son prochain roman, c’est sûr !

Émotions ressenties lors de la lecture : curiosité, admiration, puis frustration.
Ce que j’ai moins aimé : le rythme, trop lent pour moi, le manque d’attachement aux personnages.
Les plus : la plume, l’originalité de l’histoire, la réflexion sociale.
Si je suis une âme sensible : ce roman ne respire pas la légèreté. Si vous êtes très sensible à la maltraitance ou à la précarité des enfants, mieux vaut le lire en étant préparé à un ton grave et mélancolique.


Une réflexion sur “« Quand tu franchiras le fleuve » d’Hippolyte LEURIDAN-DUSSER”