Informations
Titre : Leurs enfants après eux
Auteur : Nicolas Mathieu
Éditeur : Actes Sud et Babel pour le poche
Nombre de pages : 560 pages pour le poche
Formats et prix : broché 22.80 € / poche 10.40 € / numérique 9.99 €
Date de publication : 22 aout 2018 pour le broché, 19 août 2020 pour le poche
Genre : littérature générale
Résumé
Août 1992. Une vallée perdue quelque part à l’Est, des hauts fourneaux qui ne brûlent plus, un lac, un après-midi de canicule. Anthony a 14 ans, et avec son cousin, ils s’emmerdent comme c’est pas permis. C’est là qu’ils décident de voler un canoë pour aller voir ce qui se passe de l’autre côté, sur la fameuse plage des culs-nus. Au bout, ce sera pour Anthony le premier amour, le premier été, celui qui décide de toute la suite. Ce sera le drame de la vie qui commence.
Mon avis
Un roman au parfum des années 90
Avec « Leurs enfants après eux », Nicolas Mathieu nous plonge au cœur d’une vallée de l’Est de la France, à l’été 1992. Les hauts fourneaux se sont tus, le chômage est omniprésent et les adolescents errent dans des paysages marqués par l’abandon. Anthony, quatorze ans, et son cousin volent un canoë pour aller jusqu’à la fameuse plage des culs-nus. Ce geste anodin ouvre la porte à l’été des découvertes : premier amour, premiers excès, premières désillusions. L’auteur déroule ensuite plusieurs étés successifs, retraçant le passage de l’adolescence à l’âge adulte dans un monde en mutation, sans horizon clair.
Une fresque sociale réaliste mais sombre
Ce qui frappe en premier lieu, c’est la puissance évocatrice de Nicolas. Il réussit à recréer une époque avec une grande minutie : les odeurs d’essence, les posters dans les chambres d’ados, la moiteur des après-midi caniculaires, les cités ouvrières figées dans le temps. Pour qui a grandi dans l’Est, comme moi, difficile de ne pas reconnaître ces ambiances. J’ai vraiment eu l’impression de replonger dans certains souvenirs d’enfance, avec cette sensation que l’ennui pouvait parfois tout engloutir.
Mais ce réalisme a aussi son revers : le roman est marqué par une noirceur constante. L’avenir semble fermé, les adultes sont résignés, les adolescents cherchent à s’échapper par la violence, la drogue ou le sexe. Rien ne semble venir éclairer ce tableau, si ce n’est la lucidité de l’auteur à en montrer toutes les nuances.
« Un enfant naît, vous avez pour lui des projets, des nuits blanches. Pendant quinze ans, vous vous levez à l’aube pour l’emmener à l’école. À table, vous lui répétez de fermer la bouche quand il mange et de se tenir droit. Il faut lui trouver des loisirs, lui payer ses baskets et des slips. Il tombe malade, il tombe de vélo. Il affûte sa volonté sur votre dos. Vous l’élevez et perdez en chemin vos forces et votre sommeil, vous devenez lent et vieux. Et puis un beau jour, vous vous retrouvez avec un ennemi dans votre propre maison »
Des personnages en demi-teintes
Anthony est au centre du récit, mais il n’apparaît pas comme un héros auquel on s’attache. Il subit plus qu’il n’agit, enchaîne les erreurs et se laisse porter par un destin qui semble écrit d’avance. Autour de lui gravitent d’autres adolescents, tout aussi paumés, ainsi que des adultes souvent désillusionnés. J’ai eu du mal à ressentir une réelle émotion pour eux. Peut-être est-ce un choix volontaire de l’auteur, qui cherche à montrer une génération désincarnée, privée de repères. Toujours est-il que cette distance m’a parfois tenue à l’écart, alors même que les situations décrites auraient pu bouleverser.
Le style et l’écriture
Sur le plan stylistique, Nicolas maîtrise parfaitement l’art de la description. Chaque lieu, chaque geste, chaque silence est restitué avec une justesse remarquable. Le roman prend le temps d’installer son décor et ses personnages, parfois au prix de longueurs. La plume est belle, mais elle demande au lecteur une attention soutenue, tant elle privilégie l’ambiance et la lenteur à l’action. Là où certains romans vous happent par l’urgence ou le suspense, celui-ci s’impose par sa densité et son observation minutieuse.
Cette écriture, presque cinématographique, fait tout le charme du livre, mais explique aussi pourquoi je n’ai pas réussi à être emportée émotionnellement : j’avais parfois l’impression de regarder les personnages derrière une vitre.
« Être adulte, c’était précisément savoir qu’il existait d’autres forces que le grand amour et toutes ces foutaises qui remplissaient les magazines, aller bien, vivre ses passions, réussir comme des malades. Il y avait aussi le temps, la mort, la guerre inlassable que vous faisait la vie. Le couple, c’était ce canot de sauvetage sur le rebord de l’abîme. »
Une lecture entre familiarité et désenchantement
En refermant ce roman, je ressens un mélange assez contradictoire. D’un côté, j’ai aimé retrouver ce décor familier du nord-est de la France, qui m’a rappelé mon enfance. De l’autre, je ressors avec une impression de tristesse, comme si aucun espoir n’était possible pour ces adolescents prisonniers de leur condition sociale. Le roman a su me toucher par son réalisme, mais m’a laissée froide quant aux personnages et à leurs destins.
En conclusion
« Leurs enfants après eux » est un roman fort, Prix Goncourt 2018, qui capte avec une précision rare l’air d’une époque et d’une génération. Mais c’est aussi un livre exigeant, parfois pesant, où la beauté de l’écriture se double d’une certaine distance émotionnelle. Si vous aimez les fresques sociales sombres et réalistes, ce roman saura vous séduire. Si vous cherchez une lecture portée par l’émotion et l’attachement aux personnages, vous pourriez rester, comme moi, un peu à l’écart.
« C’était une nuit spéciale. Il suffisait de regarder le ciel. Les étoiles vous piquaient le cœur. »
#Leursenfantsaprèseux #NicolasMathieu #PrixGoncourt
En bref…
Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : ce roman trainait dans ma PAL depuis plusieurs années. Sans doute parce qu’il a remporté le Prix Goncourt et que sa réputation l’avait placé sur ma liste de lectures incontournables. J’ai fini par me lancer, curieuse de découvrir ce portrait d’une génération.
Auteur connu : Nicolas a publié une vingtaine de romans, je le découvre ici. Je l’avais rencontré aux Quais du Polar en 2021.

Émotions ressenties lors de la lecture : familiarité, désenchantement, ennui, mélancolie, froideur.
Ce que j’ai moins aimé : trop de longueurs, le rythme, la noirceur omniprésente, trop de distance avec les personnages.
Les plus : le réalisme du cadre social, la plume, la lucidité qui se dégage du récit.
Si je suis une âme sensible : ce roman n’est pas une lecture légère. Les thèmes abordés sont traités de façon brute, parfois crue.


Vu en film et bien aimé
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