« Quatre jours sans ma mère » de Ramsès KEFI

Informations 

Titre : Quatre jours sans ma mère

Auteur : Ramsès Kefi

Éditeur : Philippe Rey

Nombre de pages : 205 pages

Formats et prix : broché 20 € / numérique 13.99 €

Date de publication : 21 août 2025 

Genre : littérature générale

Résumé

Un soir, Amani, soixante-sept ans, femme de ménage à la retraite dans une cité HLM paisible en bordure de forêt, s’en va. Pas de dispute, pas de cris, pas de valise non plus. Juste une casserole de pâtes piquantes laissée sur la cuisinière et un mot griffonné à la hâte : « Je dois partir, vraiment. Mais je reviendrai. » Son mari Hédi, ancien maçon bougon, chancelle. Son fils Salmane s’effondre. À trente-six ans, il vit encore chez ses parents, travaille dans un fast-food, fuit l’amour et gaspille ses nuits dans un parking avec son meilleur ami, Archie, et d’autres copains cabossés.
Père et fils tentent de comprendre ce qui a poussé le pilier de leur famille à disparaître. Alors que Hédi réagit vivement, réaménage l’appartement, enlève son alliance, Salmane met tout en œuvre pour retrouver sa mère. Son enquête commence, avec de maigres indices – une lettre, un chat tigré, une clé rouillée –, et remue un nombre incalculable de regrets. Il pressent que ce départ est lié à l’histoire de ses parents, orphelins émigrés de Tunisie. Il devine aussi que l’événement va tous les transformer, surtout lui, Salmane, qui voit enfin advenir son passage à l’âge adulte.

Mon avis

 

Un point de départ fort et prometteur

Amani, 67 ans, quitte son foyer sans fracas, laissant derrière elle un plat chaud pour sa famille et quelques mots rassurants. Cette sobriété installe d’emblée une tension singulière : il ne s’agit pas de comprendre comment elle est partie, mais pourquoi. Le roman s’annonce alors comme une exploration de l’absence, du vide laissé par une mère pilier et des failles qu’elle révèle chez ceux qui restent.

Une cellule familiale mise à nu

Le récit s’organise autour des réactions de Hédi, le mari, et de Salmane, le fils. Hédi réagit de manière brutale et concrète : il modifie l’espace de l’appartement, enlève son alliance, comme pour reprendre une forme de contrôle sur une situation qui lui échappe. Cette réaction, très incarnée, fonctionne particulièrement bien. Un mari désemparé, terriblement maladroit face à l’émotion, mais profondément humain.

Notre narrateur, Salmane, en revanche, occupe une place plus problématique. À 36 ans, encore dépendant de ses parents et incapable de se projeter dans une vie adulte, il est présenté comme un homme en suspens. Le roman fait de sa quête de sa mère disparue le moteur de sa transformation personnelle. Pourtant, cette trajectoire peine à convaincre. L’évolution annoncée reste floue et le personnage m’a fortement agacée, tant ses errances semblent se répéter sans véritable progression. J’avais envie de le secouer !

« C’est la première épreuve de ma vie. Je découvre, à trente-six ans, comment l’inquiétude peut torturer un corps. La boule au ventre, qui étrangle et soumet l’estomac. La tête devenue si lourde qu’on aimerait la dévisser. Les muscles qui se glacent. »

Une enquête intérieure qui manque de tension

La recherche d’Amani prend la forme d’une enquête fragmentaire, nourrie de maigres indices et de souvenirs familiaux. Cette structure aurait pu permettre une montée en intensité émotionnelle, mais le rythme du roman s’avère inégal. De nombreux passages s’étirent, donnant parfois l’impression que le récit tourne sur lui-même. L’introspection, très présente, finit par diluer la tension narrative au lieu de l’approfondir.

J’ai trouvé que cette lenteur (parfaite cela dit pour retrouver le sommeil évaporé dans la nuit) affaiblit notamment l’impact des révélations liées à l’histoire des parents, immigrés tunisiens et orphelins, pourtant porteuses d’une dimension sociale intéressante.

Une écriture maîtrisée mais trop sage

La plume de Ramsès est agréable, fluide, maitrisée et souvent précise dans l’observation des gestes du quotidien et des silences familiaux. Ramsès retranscrit très bien les atmosphères de la cité HLM et des espaces périphériques.

« Les anciens nous avaient prévenus. La cité est une maladie et, parmi les symptômes, la couleur. L’épiderme des contaminés tourne gris-beige, de la même teinte que les HLM qu’ils chérissent. »

Cependant, cette écriture reste parfois trop sage pour soutenir un sujet aussi fort. Là où j’attendais davantage de tension, de rupture ou de prise de risque émotionnelle, Ramsès choisit la retenue, au détriment de l’impact global.

Une fin décevante

La fin du roman, attendue avec impatience pour ma part, ne tient malheureusement pas ses promesses. Après une longue attente, la conclusion apparaît trop faible pour donner sens à l’ensemble du parcours. En refermant le roman, je me suis dit « Tout ça pour ça ». Je pense que si je l’avais lu en journée, je l’aurai abandonné.

Un roman aux intentions louables mais inégal

« Quatre jours sans ma mère » repose sur une idée de départ forte et des thématiques riches : l’exil, la transmission, le poids des silences familiaux et le passage à l’âge adulte. Pourtant, malgré une plume agréable, le roman souffre de longueurs, d’un personnage central peu engageant et d’une fin  décevante. Une lecture qui, en ce qui me concerne, n’a pas su exploiter tout son potentiel. Ceci n’est que mon ressenti personnel, si le sujet vous intéresse, je vous invite à ouvrir ce roman et à vous faire votre propre opinion. 

« Et puis, il y a les codes tacites. Ici, une femme ne se barre pas en laissant un homme à la maison. Elle doit rester, quoi qu’il en coûte, quitte à se bousiller elle-même. Ce sont les mâles qui ont le droit de prendre la tangente et de recommencer leur vie s’ils le souhaitent. »

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En bref…

Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : j’ai été attirée par son résumé et par la promesse d’un roman intimiste autour de la famille et de la disparition. Cette lecture s’est naturellement imposée lors de mes insomnies, dans un moment où je cherchais un texte plutôt calme et introspectif.

Auteur connu : « Quatre jours sans ma mère » est le premier roman de Ramsès Kefi.

Émotions ressenties lors de la lecture : frustration, agacement, ennui. 

Ce que j’ai moins aimé : trop de longueurs, le personnage de Salmane, le manque d’intensité, la fin. 

Les plus : l’idée de départ, les thématiques, la plume.

Si je suis une âme sensible : ce roman aborde des thèmes liés à l’abandon, à l’absence maternelle et aux fragilités familiales. À aborder avec précaution si ces sujets sont sensibles pour vous.

 

Une réflexion sur “« Quatre jours sans ma mère » de Ramsès KEFI

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