« Nora Beady : Chirurgienne à Bologne » d’Audrey BLAKE

Informations 

Titre : Nora Beady : Chirurgienne à Bologne – tome 2

Auteur : Audrey Blake

Éditeur : Hachette

Nombre de pages : 464 pages

Formats et prix : broché 22.90 € 

Date de publication : 7 janvier 2026

Genre : roman historique

Résumé

1847. Nora Beady est la seule étudiante de la prestigieuse université de médecine de Bologne. Son ambition de devenir chirurgienne, à une époque où la place des femmes est auprès des enfants, dérange les hommes qui l’entourent. Ses succès sont chaque fois minimisés et elle n’a pas droit à la moindre erreur, au risque de renforcer l’idée que les femmes ne sont pas faites pour la médecine.

Sa rencontre avec Magdalena Morenco, seule femme à exercer la médecine à l’hôpital de Bologne, bouleverse sa vision des choses. Ensemble, elles travaillent avec acharnement à l’amélioration des techniques de césarienne. Cette opération chirurgicale est extrêmement dangereuse et les recherches sont éreintantes, mais le plus difficile est de faire face aux réactions masculines virulentes ; les hommes sont nombreux à refuser que leurs épouses soient opérées, qui plus est par des femmes.

Confrontée à des résistances de toutes parts, Nora doit faire un choix crucial lorsque la vie d’une de ses patientes dépend de cette opération. Si elle réussit, son travail pourrait changer le monde. Mais en cas d’échec, elle risque de tout perdre : des vies précieuses, sa carrière et l’avenir des femmes en médecine.

Mon avis

Après avoir adoré le premier tome « Nora Beady : Chirurgienne de l’ombre », j’étais impatiente de retrouver cette héroïne hors du commun. Ce second volume reprend l’histoire de Nora là où nous l’avions laissée, mais lui fait franchir une étape décisive : celle de l’exposition au grand jour. Finie l’ombre rassurante de la clinique du Dr Croft, finies les dissections clandestines dans un Londres victorien corseté. À Bologne, Nora devient visible, trop visible et c’est là que commence véritablement son combat.

Une héroïne confrontée à un monde qui ne veut pas d’elle

Nous voici en 1847. Nora Beady est désormais la seule femme admise à l’université de médecine de Bologne, un espace prestigieux mais implacable. Dès les premières pages, on sent que tout est plus difficile ici : les regards, les remarques, les doutes, la moindre maladresse qui est épiée et disséquée. Si dans le premier tome elle brillait en secret, ici elle doit briller à découvert et cela change tout.

J’ai aimé voir cette transition : Nora n’est plus seulement la jeune prodige formée dans l’ombre par Croft. Elle devient une femme qui doit affronter la misogynie institutionnelle, l’orgueil masculin et les traditions que l’on brandit comme des vérités immuables. Sa marge de manœuvre est mince, presque inexistante : un succès sera toujours minimisé, mais une erreur, une seule, suffira à condamner définitivement l’idée même de femme médecin.

Cette pression constante est l’un des fils conducteurs du roman et Audrey la rend palpable, presque étouffante.

Magdalena Morenco : une rencontre déterminante et bouleversante

L’un des plus beaux aspects de ce tome est sans doute l’arrivée de Magdalena Morenco, seule femme à exercer au sein de l’hôpital de Bologne. Sa présence est un électrochoc pour Nora, mais aussi pour le lecteur. Elle incarne tout ce que Nora pourrait devenir, mais aussi tout ce qu’elle risque de perdre : respect, liberté, temps, énergie, santé…

Leur relation m’a profondément touchée. Il y a à la fois de l’admiration, de la solidarité, de la lucidité et une forme d’épuisement partagé. Magdalena n’idéalise rien. Elle sait ce que le monde attend des femmes : qu’elles se taisent, qu’elles obéissent, qu’elles reculent. Et pourtant, elle avance. Ensemble, elles créent une dynamique lumineuse, un duo de femmes déterminées dans un univers qui voudrait les effacer.

« Elle avait raison, bien sûr : le courage et une carapace solide sont des éléments essentiels aux femmes qui osent emprunter une autre voie que les chemins étroits que leur réserve la société. »

La césarienne, au cœur d’une bataille scientifique et humaine

Audrey nous plonge ici au cœur d’un enjeu médical absolument passionnant : l’amélioration de la technique de la césarienne au XIXᵉ siècle. Une opération alors extrêmement dangereuse, presque toujours mortelle, entourée de croyances archaïques et de peurs irrationnelles.

Ces chapitres m’ont tenue en haleine, moi qui adore la médecine. On suit Nora et Magdalena dans leurs recherches, leurs tentatives, leurs échecs, leurs intuitions. On voit les résistances féroces des médecins, mais surtout celles des maris, seuls décisionnaires du sort de leurs épouses. Alors même que la femme risque de mourir en couches, emportant parfois son enfant avec elle, elle n’a aucun droit de regard : on lui refuse une opération qui pourrait pourtant sauver une ou deux vies, simplement parce qu’elle serait pratiquée par une femme.

Ces scènes sont d’une intensité exceptionnelle. On y ressent à la fois l’urgence médicale, l’injustice du patriarcat et la rage impuissante de Nora face à des arguments qui n’ont rien de scientifique.

Un dilemme moral profondément déchirant

Le roman s’articule progressivement autour d’une décision cruciale : une patiente dont la vie dépend de cette césarienne encore expérimentale. Nora peut sauver une, voire deux vies dans le meilleur des cas. Ou tout perdre.

Ce n’est plus seulement sa carrière qui est en jeu. Il y a désormais le destin de toutes les femmes en médecine, présentes et futures.

Ce dilemme est l’un des moments les plus forts du tome. Audrey parvient à faire ressentir le poids immense qui repose sur les épaules de Nora. J’ai trouvé cette partie absolument remarquable, tant par l’intensité émotionnelle que par la justesse historique.

Une suite plus dure, mais encore plus puissante

L’ambiance de Bologne est très différente de celle du premier tome. On perd la chaleur du foyer de Croft, la complicité avec Daniel, les odeurs familières du cabinet londonien. Ici tout est plus austère, plus hostile, parfois même plus glaçant. Mais c’est justement cette rudesse qui permet à Nora de révéler une autre facette d’elle-même : plus assurée, plus combative, plus radicale aussi.

Là où le tome 1 racontait la naissance d’une vocation, celui-ci raconte la conquête d’une place dans un monde qui ne veut pas la lui laisser. Il y a moins de douceur, mais beaucoup plus de courage.

Et pour moi, cette évolution est parfaitement maîtrisée.

Si vous aviez aimé Horace Croft et Daniel dans le premier tome, rassurez-vous : ils ne disparaissent pas totalement. On les retrouve en filigrane, dans une histoire parallèle qui crée un lien précieux avec le tome 1 et rappelle les racines du parcours de Nora. Leur présence est certes plus discrète, mais les chapitres relatifs à eux apportent une respiration bienvenue.

« N’oubliez jamais que vous êtes tout aussi capable que vos camarades, voire plus qu’eux dans certains cas. »

Un roman féministe, historique et profondément humain

Comme dans le premier tome, la documentation est exemplaire. Audrey mêle rigueur scientifique et émotion. On apprend, on frémit, on s’indigne, on espère.

Mais surtout, à travers Nora, c’est toute une génération de femmes oubliées qui renaît. Celles que personne n’a laissées entrer dans les amphithéâtres. Celles dont les découvertes ont été signées par d’autres. Celles dont le génie a été étouffé.

Ce tome rend hommage à ces pionnières avec une force encore plus grande que le premier.

Des notes historiques passionnantes pour prolonger l’expérience

À la fin du roman, Audrey propose des notes historiques particulièrement intéressantes. 

J’ai trouvé ces pages absolument passionnantes. Elles rappellent que si Nora est un personnage romanesque, son combat, lui, a bel et bien existé. Audrey s’est inspirée de faits réels, de pionnières oubliées et d’évolutions techniques authentiques.

Ces notes renforcent encore la portée du roman : elles donnent de la profondeur à la fiction, permettent de mesurer l’audace de celles qui ont osé défier leur époque et offrent une conclusion riche, historiquement parlant. C’est un véritable prolongement de la lecture, qui ancre cette histoire dans le réel et lui donne une résonance encore plus forte.

Une suite à la hauteur, plus sombre, plus mature et encore plus inspirante

« Chirurgienne à Bologne » est un second tome qui ne se contente pas de faire suite à l’histoire : il l’approfondit, la complexifie, la hisse à un niveau supérieur. Nora Beady y trouve non seulement un terrain d’apprentissage, mais aussi un terrain de lutte. Elle refuse désormais d’être invisible.

Cette lecture m’a émue, indignée à plusieurs reprises, mais aussi fascinée.

Une suite parfaitement réussie, qui confirme cette série comme l’un des plus beaux hommages littéraires aux femmes oubliées de la médecine.

Et puisque la sortie du tome 3 est prévue en février 2026 (en VO), je peux déjà vous dire que je me jetterai dessus dès sa sortie en version traduite, tant cette série me passionne et ne cesse de monter en intensité.

« Si l’on ne trace pas notre propre voie, personne ne le fera pour nous. »

Un grand merci à NetGalley et Hachette Fictions pour cette belle lecture. 

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En bref…

Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : je suis profondément attirée par les récits mêlant histoire de la médecine, pionnières oubliées et destins féminins forts. Et le premier tome de cette série m’avait passionnée. Il était évident pour moi de lire cette suite. 

Auteur connu : retrouvez ma chronique du tome 1, « Nora Beady chirurgienne de l’ombre »

Émotions ressenties lors de la lecture : admiration, curiosité, espoir, tristesse, colère, angoisse.

Ce que j’ai moins aimé : RAS

Les plus : le cadre historique, le personnage de Nora, la thématique, la plume, la fin.

Si je suis une âme sensible : ce roman aborde des actes médicaux lourds, des accouchements à risque, des scènes chirurgicales réalistes et des situations de souffrance féminine. Il faut le savoir avant d’attaquer cette lecture. 

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