Informations
Titre : Né d’aucune femme
Auteur : Franck Bouysse
Éditeur : La Manufacture de Livres et Le Livre de Poche
Nombre de pages : 336 pages pour le poche
Formats et prix : broché 20.90 € / poche 9.20 € / numérique 7.99 €
Date de publication : 10 janvier 2019 pour le broché et 19 août 2020 pour le poche
Genre : roman noir
Résumé
« – Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile.
— Et alors, qu’y-a-t-il d’extraordinaire à cela ? demandai-je.
— Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés.
— De quoi parlez-vous ?
— Les cahiers… Ceux de Rose. »
Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin.
Franck Bouysse, lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec ‘Né d’aucune femme’ la plus vibrante de ses œuvres.
Ce roman sensible et poignant confirme son immense talent à conter les failles et les grandeurs de l’âme humaine.
Mon avis
Alerte au coup de cœur !
Quand la voix d’une femme traverse le silence et la violence
Il y a des romans qui ne se contentent pas d’être lus. Ils s’imposent. « Né d’aucune femme » de Franck Bouysse fait partie de ceux-là. Un livre qui dérange, bouleverse, révolte parfois, mais qui surtout donne une voix à celle qu’on a voulu faire taire. Une voix féminine née dans la douleur, écrite dans l’urgence et transmise comme un dernier acte de résistance.
Les cahiers de Rose : une parole arrachée à l’oubli
Tout commence par une confidence étrange, presque murmurée, adressée à un prêtre : sous la robe d’une femme morte, internée à l’asile, sont dissimulés des cahiers. Ceux de Rose.
À travers ces écrits, Rose raconte son histoire. Une vie marquée par la violence, la domination, l’enfermement.
Franck Bouysse choisit une construction subtile, alternant les voix et les temporalités, pour faire émerger peu à peu la vérité. Le lecteur est happé, pris dans un étau émotionnel, incapable de détourner le regard.
Un roman sur la violence faite aux femmes
« Né d’aucune femme » est un roman profondément dur. Il parle de violences, d’emprise, de misogynie, dans un monde rural fermé, brutal, où le silence est une règle et la souffrance une habitude.
Mais jamais Franck Bouysse ne tombe dans le voyeurisme. La violence n’est pas là pour choquer gratuitement : elle est décrite avec retenue et c’est précisément cette sobriété qui la rend insupportable. On ressent l’étouffement, l’impuissance, la colère sourde.
Rose n’est pas une victime passive. Elle pense, analyse, résiste à sa manière et tente de s’en sortir. Son intelligence et sa lucidité contrastent violemment avec le sort qu’on lui impose. C’est cette tension qui rend le roman si puissant.
Une plume chorale et une construction narrative singulière
Franck Bouysse possède le talent de faire parler les silences. Chaque mot semble pesé, chaque phrase chargée de sens.
Sa plume se fait âpre, poétique, parfois presque mystique. Le cadre rural, sombre et oppressant, devient un personnage à part entière, reflétant l’isolement et la fatalité qui pèsent sur Rose.
Ce qui m’a frappée également dans « Né d’aucune femme », c’est sa construction singulière. Franck Bouysse fait le choix d’un roman choral, où chaque chapitre donne la parole à un personnage différent. Chacun raconte, se confie, tente de comprendre, dans une succession de voix qui se répondent et se complètent.
Autre parti pris marquant : l’absence de retours à la ligne dans les dialogues. Les paroles s’enchaînent, sans respiration apparente, renforçant le sentiment d’étouffement et de tension permanente. Ce procédé, déstabilisant au départ, devient rapidement une évidence tant il épouse le fond du récit et l’urgence de ce qui est dit.
« A force, j’ai fini par croire que je méritais tout ce qui m’arrivait, que j’étais venue au monde dans ce but-là, que c’était mon destin contre quoi je ne pouvais pas aller. »
Une fin inattendue, d’une justesse implacable
Et puis il y a cette fin. Une fin que je n’ai absolument pas vue venir. Franck Bouysse choisit de conclure son roman sans effets spectaculaires, mais avec une intelligence émotionnelle redoutable. Tout se resserre, tout prend sens et l’on comprend que ce que l’on croyait avoir saisi depuis le début n’était qu’une partie de la vérité. Ces derniers chapitres ne cherchent pas à apaiser : Franck ajoute une couche supplémentaire d’émotion, profondément bouleversante. Une fin qui ne soulage pas, mais qui devient une évidence cruelle et qui m’a laissée avec ce silence particulier que seuls les grands romans savent créer.
Une recommandation précieuse du 13h pile
« Né d’aucune femme » faisait partie de la sélection du 13h pile de décembre dernier, ce rendez-vous littéraire mensuel en librairie qui met en lumière des romans forts suivant une thématique chaque fois différente. Je reviens plus en détail sur cette rencontre et sur les autres titres présentés dans l’article consacré à cette sélection du 13h pile.
Pourquoi lire « Né d’aucune femme » ?
Parce que c’est un roman puissant et profondément humain, porté par une plume maîtrisée et une construction subtile. Parce qu’il interroge la condition féminine, le silence et la mémoire, mais aussi parce qu’il laisse une empreinte durable. À lire si vous aimez les romans noirs et psychologiques qui explorent les failles de l’âme humaine.
Pour moi, cette lecture a été un véritable coup de cœur. L’intensité de l’histoire, la force des personnages et l’écriture de l’auteur m’ont profondément touchée et marquée. C’est un roman que je n’oublierai pas de sitôt.
« Plus le jour pointait, plus ma détresse se transformait en une colère dure et froide, de quoi bien prendre appui dessus. Je savais pas encore ce qu’il y avait au-delà, de la colère, ni où ça me mènerait. »
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En bref…
Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : conseillé par les libraires du 13h pile !, ce roman m’attendait sagement dans ma bibliothèque depuis plusieurs années…L’occasion de le sortir des étagères pour le lire, enfin ! Je ne m’attendais pas à une lecture aussi intense, mais elle s’est imposée comme une évidence.
Auteur connu : c’est le premier roman de Franck que je lis. Une belle claque !
Émotions ressenties lors de la lecture : colère, injustice, tristesse, oppression, angoisse, admiration.
Ce que j’ai moins aimé : RAS
Les plus : la plume, la construction, les émotions, les thématiques, la fin.
Si je suis une âme sensible : Si les thématiques abordées sont difficiles pour vous, mieux vaut vous préparer ou passer votre chemin. « Né d’aucune femme » est un texte émotionnellement exigeant.


Entièrement d’accord avec votre retour de lecture « coup de cœur », Sonia. Ce texte est un monument. Merci d’avoir réveillé mes souvenirs
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Merci pour cette chronique ! Je partage tout à fait votre ressenti. Ce livre, lu au moment de sa parution il y a quelques années, m’a profondément marquée de son empreinte. Et quelle fin inattendue ! Un livre que je relirais volontiers.
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pas anonyme ! Je suis Jacques Vazeille, lecteur impénitent, et aussi un peu « écriveur ».
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Bonsoir.
Je l’ai lu il y à quelques années et j’avais eu des sentiments très forts suite à cette lecture.
Ton résumé m’a fait revivre cette lecture assez dure.
La violence sur les femmes sont inacceptables.
passe une bonne soirée et un bon week-end.
Bises.
Domi
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C’est un des romans les plus marquant et poignant que j’ai lu ! Il m’a broyé le coeur 🥲
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J’ai adoré ce roman ! Merci pour cette belle chronique Sonia
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