« Monts mers et géants » d’Alfred DÖBLIN

Chronique du roman Monts mers et géants de Doblin

Informations 

Titre : Monts mers et géants

Auteur : Alfred Döblin 

Éditeur : Gallimard

Nombre de pages : 608 pages

Formats et prix : broché 26 € / numérique 18.99 €

Date de publication : 2 octobre 2025

Genre : littérature allemande

Résumé

En 1924, Alfred Döblin publie un roman dans lequel il imagine ce qu’est devenu le monde après le vingt-troisième siècle. Les humains, voulant domestiquer la planète pour y exercer leur pouvoir sans limites, ont déclenché une série de catastrophes : réchauffement climatique, migrations forcées et violentes, manipulations génétiques et armes chimiques, sur fond d’une guerre qui oppose l’Est à l’Ouest. Le chaos s’intensifie jusqu’au jour où les puissants ont l’idée de faire fondre les glaces du Groenland pour s’y installer, générant d’inimaginables dangers pour l’espèce humaine.
Cent ans plus tard, ce roman visionnaire est enfin traduit en français. On y découvre le Döblin d’avant le mythique Berlin Alexanderplatz, dont l’imagination débordante sert une analyse de la démesure des hommes, et qui avait compris dès l’entre-deux-guerres les menaces que l’humanité faisait peser sur elle-même.
Dystopie littéraire dont, un siècle après sa publication, une partie des prémonitions s’est réalisée, Monts Mers et Géants est une stupéfiante épopée de l’avenir qui dialogue avec des chefs-d’œuvre du vingtième siècle tels que Nous de Zamiatine et 1984 d’Orwell. Sa lecture, qui nous fait traverser des territoires situés entre le roman d’aventures, la fable et la science-fiction, est une expérience vertigineuse.

Mon avis

Quand la vision fascine plus qu’elle n’émeut

Roman d’anticipation publié en 1924, « Monts, mers et géants » d’Alfred Döblin impressionne d’emblée par son ambition. Fresque monumentale imaginant l’avenir de l’humanité sur plusieurs siècles, ce texte visionnaire explore le progrès technique, la domination de la nature, les mouvements de masse et les dérives idéologiques bien avant que ces thématiques ne deviennent centrales dans la littérature dystopique. Sur le papier, tout était réuni pour susciter mon intérêt. Pourtant, après avoir lu les deux premières parties, la rencontre ne s’est pas faite.

Un roman visionnaire et d’une étonnante modernité

Il est impossible de nier la puissance intellectuelle de « Monts, mers et géants ». Alfred Döblin anticipe avec une lucidité troublante les excès de la modernité : exploitation des ressources, gigantisme industriel, déshumanisation, conflits provoqués par la course au progrès. Certaines intuitions résonnent aujourd’hui avec une force particulière, notamment sur notre rapport à la nature et aux technologies, faisant de ce roman une œuvre presque prophétique.

Sur le plan des idées, le texte est foisonnant, dense, parfois vertigineux. On sent la volonté de l’auteur de penser le monde dans sa globalité, à travers des cycles historiques, des bouleversements géopolitiques et des mutations profondes de l’humanité.

Une expérience de lecture exigeante et déroutante

Mais cette richesse conceptuelle a un revers : la lecture se révèle exigeante, parfois aride. La narration est fragmentée, le récit avance par blocs, par visions successives, sans véritable continuité romanesque. Les personnages, nombreux et souvent éphémères, peinent à s’incarner durablement. Je les ai croisés au fil des pages sans parvenir à marcher à leurs côtés.

Très vite, je me suis rendu compte que je lisais davantage une démonstration qu’un roman au sens émotionnel du terme. L’écriture privilégie la fresque collective au détriment de l’intime, ce qui crée une distance constante entre le texte et le lecteur.

Une distance émotionnelle difficile à franchir

C’est sans doute là que la lecture s’est grippée pour moi. Malgré l’intérêt intellectuel indéniable, je n’ai pas ressenti d’attachement, ni de véritable immersion. L’émotion n’a pas trouvé sa place. Faute de personnages auxquels m’accrocher ou de fil narratif porteur, j’ai eu l’impression de rester spectatrice, tenue à l’écart de ce monde pourtant foisonnant.

« Monts, mers et géants » se contemple plus qu’il ne se ressent. Or, même face à une œuvre ambitieuse et reconnue, je reste avant tout une lectrice en quête de vibration, de trouble, de lien émotionnel. Ici, la froideur du dispositif a pris le dessus sur le plaisir de lecture.

Un livre qui demande le bon lecteur… et le bon moment

Je suis convaincue que ce roman peut profondément marquer certains lecteurs. Il séduira sans doute ceux qui aiment la littérature expérimentale, les œuvres intellectuelles, les grandes fresques d’idées, ou encore les amateurs de dystopies anciennes et de littérature allemande du XXe siècle.

En revanche, les lecteurs en quête d’émotion, d’incarnation ou de narration fluide risquent, comme moi, de rester à distance. Ce n’est pas un défaut en soi, mais une question de sensibilité et de moment.

Une rencontre manquée, sans renier la valeur de l’œuvre

J’ai donc choisi de mettre cette lecture en pause après les deux premières parties. Non par rejet, mais par lucidité : je sentais que je lisais avec la tête plus qu’avec le cœur. « Monts, mers et géants » demeure une œuvre impressionnante, audacieuse, importante dans l’histoire de la littérature d’anticipation. Simplement, la rencontre n’a pas eu lieu.

Peut-être qu’un jour, dans un autre contexte de lecture, j’y reviendrai. Pour l’instant, je referme ce livre avec respect, mais sans l’émotion que j’espérais y trouver.

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Une réflexion sur “« Monts mers et géants » d’Alfred DÖBLIN

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