« La gardienne » de Sonja DELZONGLE

Informations 

Titre : La gardienne

Auteur : Sonja Delzongle

Éditeur : Fleuve

Nombre de pages : 432 pages

Formats et prix : broché 21.95 € / numérique 9.99 €

Date de publication : 5 février 2026

Genre : thriller psychologique

Résumé

Au cœur d’une sombre forêt du Morvan, tout près d’un lac aux eaux opaques, se dresse une maison en bois. C’est là que les Olsen s’installent, un jour de printemps. Le père, d’origine norvégienne, a imposé cet isolement à sa famille à la suite de la brutale agression subie à l’école par Rune, sa fille préférée qu’il a élevée comme un garçon.

Pour fuir ce monde hostile et violent, ils vivront désormais loin de tous, dans ces bois retirés. Leur Petite Norvège, comme il l’appelle, est une promesse d’autonomie et de sécurité. Mais certaines promesses sont des mensonges. Et, les filles Olsen vont bientôt le découvrir, la vie en vase clos peut aussi devenir le pire des pièges…

Mon avis

« La gardienne » de Sonja Delzongle est un roman qui s’insinue lentement sous la peau, comme une humidité froide qui ne vous quitte plus. Un huis clos familial noir, profondément psychologique, où la nature devient décor, refuge… puis menace. Un roman d’atmosphère, de tension et de domination, où le malaise psychologique prime largement sur l’action.

Un huis clos au cœur d’une forêt menaçante

Dans une forêt dense et inquiétante du Morvan, près d’un lac aux eaux opaques, s’élève une maison en bois coupée du monde. C’est là que la famille Olsen s’installe, fuyant une société jugée dangereuse après une agression brutale.

Ce déménagement n’est pas un simple exil : il devient un projet idéologique, un fantasme de protection et de contrôle. Frode, le père, rêve d’une « Petite Norvège », un refuge autonome, pur, sécurisé. Mais très vite, le lecteur comprend que cette promesse de protection dissimule une dérive plus sombre : celle de l’isolement imposé, du repli autoritaire et d’une emprise psychologique étouffante.

La nature n’est pas neutre : elle devient complice du silence.

Un thriller psychologique sur l’emprise et la peur

Le roman explore la frontière entre protection et enfermement. Ce qui devait sauver la famille devient un piège. Le huis clos familial se transforme progressivement en terrain de tensions, de secrets et de violences. Sonja Delzongle dissèque la peur du monde extérieur, la construction d’une paranoïa, la manipulation au sein du noyau familial, la manière dont un parent peut façonner, voire déformer, l’identité de ses enfants.

Les filles Olsen ne tardent pas à comprendre que la menace ne vient peut-être pas seulement de l’extérieur, mais aussi de l’intérieur même de leur foyer.

Sonja installe un malaise progressif. Frode ne crie pas, ne frappe pas (du moins pas frontalement), ne s’impose pas par la force brute. Il agit autrement, sournoisement.

C’est une violence structurelle, une violence invisible, psychologique, insidieuse. Et c’est précisément ce qui rend le roman si dérangeant : rien n’est spectaculaire, tout est lent, progressif, normalisé.

Des personnages marqués par le trauma et le silence

Rune est l’un des personnages les plus troublants du roman. Élevée comme un garçon, blessée par la violence du monde, elle incarne une identité fracturée, tiraillée entre ce qu’elle est, ce qu’on attend d’elle et ce qu’on lui impose.

Chacun porte ses blessures, ses illusions, ses contradictions. Frode, notamment, est un personnage ambivalent : à la fois protecteur et tyrannique, aimant et inquiétant.

Ce qui frappe, c’est la progression psychologique : la tension ne repose pas uniquement sur l’intrigue, mais sur l’évolution intérieure des personnages, leur peur, leur lucidité progressive et leur désir de liberté.

« Chacun de nous a des parts obscures, et d’autres plus lumineuses. Parfois, c’est l’ombre qui l’emporte. »

Le refuge, promesse ou piège ?

La grande force du roman, c’est ce renversement symbolique : ce qui est censé protéger devient ce qui enferme, ce qui est censé sécuriser devient ce qui détruit, ce qui est censé sauver devient ce qui abîme.

La « Petite Norvège » n’est pas un refuge. C’est une bulle de contrôle. Un micro-monde où une seule vision est autorisée.
Une réalité unique, imposée, verrouillée.

Et c’est là que « La gardienne » devient profondément politique et sociologique : le roman parle de famille, mais aussi de radicalisation douce, de repli identitaire, de peur de l’autre, de construction idéologique par l’isolement.

Écriture, rythme et atmosphère

La plume de Sonja Delzongle est froide, tendue, sensorielle. Tout est dans l’ambiance, le non-dit,  les silences, les regards, les tensions diffuses.

Le rythme est volontairement lent, c’est une lente descente, une pression continue, un étouffement progressif. Un roman qui n’explose pas : il asphyxie.

Ce que « La gardienne » raconte vraiment

« La gardienne » dissèque avec une précision glaçante les mécanismes d’une violence intime, invisible, profondément destructrice. Sonja Delzongle explore la domination familiale dans ce qu’elle a de plus insidieux : une autorité qui ne se revendique jamais comme telle, mais qui s’exerce au nom du bien, de la protection, de l’amour. Le contrôle parental devient ici un outil de pouvoir absolu, justifié par la peur du monde extérieur et par un traumatisme instrumentalisé. Peu à peu, cette peur est construite, entretenue, nourrie, jusqu’à devenir un cadre de pensée unique, un prisme à travers lequel tout doit être perçu.

L’isolement n’est alors plus seulement géographique, il devient idéologique. En coupant ses filles du monde, Frode façonne leur réalité, impose sa vision, verrouille toute possibilité de contradiction. C’est le cœur de l’emprise psychologique : faire croire qu’il n’existe pas d’alternative, que toute autre vie serait nécessairement dangereuse, violente, destructrice. Dans cet enfermement, les identités se dissolvent. Les filles Olsen ne sont plus libres de se construire ; elles sont remodelées selon une volonté qui n’est pas la leur. La dépossession identitaire est progressive, presque imperceptible, mais irréversible.

« La gardienne » raconte ainsi une manipulation sous couvert de protection, une violence qui ne crie pas, qui ne frappe pas, qui ne laisse aucune trace visible. Une violence lente, méthodique, normalisée, qui agit par le silence, la peur et la dépendance. C’est une violence qui ne fait pas de bruit.
Celle qui ne laisse pas de bleus sur la peau.
Celle qui, pourtant, détruit en profondeur.

La figure de la gardienne

Un autre niveau de lecture s’impose peu à peu, plus subtil, presque troublant : « La gardienne » n’est pas qu’un titre, c’est une présence. L’un des personnages endosse ce rôle, consciemment ou non, et veille sur quelque chose, ou sur quelqu’un. Garder, ici, ne signifie pas forcément protéger. Garder, c’est surveiller, retenir, préserver un ordre établi, empêcher le mouvement. Cette figure de la gardienne incarne cette frontière floue entre soin et contrôle, loyauté et soumission, protection et enfermement. Elle est à la fois rempart et verrou, témoin et actrice d’un système qui se perpétue parce qu’il est accepté, intériorisé, parfois même défendu. 

Mon ressenti de lectrice

J’ai trouvé « La gardienne »  puissant, sombre et dérangeant, dans le bon sens du terme. C’est un roman qui met mal à l’aise, qui pousse à réfléchir et qui interroge notre rapport à la protection, au contrôle et à l’éducation.

On n’en sort pas secoué par l’action, mais par la prise de conscience. Par ce que le livre montre de la famille, du pouvoir, de la peur, de la domination. C’est une lecture qui ne cherche pas à plaire. Elle cherche à déranger. Et, clairement, elle y arrive à la perfection !

Pourquoi je lis toujours les romans de Sonja Delzongle ?

Ce que j’aime profondément chez Sonja Delzongle, c’est sa capacité à ne jamais se répéter. À chaque nouveau roman, elle change de registre, de ton, de terrain, parfois même de manière radicale, prenant le lecteur à contre-pied là où il ne l’attend pas.

Elle explore d’autres thématiques, d’autres formes de noirceur, d’autres tensions, sans jamais s’installer dans une zone de confort. Et pourtant, malgré ces virages parfois à l’opposé de ses livres précédents, la magie opère toujours. Chaque lecture devient une nouvelle expérience, un nouvel enchantement, une promesse renouvelée. Lire Sonja Delzongle, ce n’est pas chercher à retrouver un schéma familier, c’est accepter de se laisser surprendre, bousculer, déplacer, et c’est précisément pour cela que je la suis, livre après livre, avec la même confiance et le même plaisir.

Pour qui ?

  •  Les lecteurs qui aiment les thriller psychologiques
  •  Ceux qui sont friands de huis clos
  •  Les amateurs de romans lents, tendus, oppressants
  •  Les lecteurs sensibles aux thématiques de domination, d’emprise, de violence invisible

Conclusion

« La gardienne » est un roman sombre, intelligent, dérangeant, profondément humain dans sa noirceur. Un roman qui laisse une trace. Silencieuse. Mais durable…

« Plus tu sais de choses, plus tu es libre. Ce que tu sais, on ne peut pas te l’enlever. »

Un grand merci à NetGalley et à Fleuve Noir pour cette lecture. 

#Lagardienne   #SonjaDelzongle   #Fleuve   #NetGalley

En bref…

Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : parce que j’adore Sonja Delzongle ! Sa plume, sa manière d’explorer la noirceur humaine, sa capacité à raconter des histoires qui interrogent autant qu’elles dérangent.

Auteur connu : retrouvez ici la page regroupant les chroniques des romans de Sonja. J’ai la chance de la rencontrer souvent lors de salons. 

Émotions ressenties lors de la lecture : colère, tristesse, angoisse, étouffement.

Ce que j’ai moins aimé : RAS

Les plus : l’atmosphère, la plume, les thématiques, la tension progressive, les rebondissements, la fin. 

Si je suis une âme sensible : rien n’est frontal ou gratuit, mais le malaise est réel et persistant.

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