« La menteuse » de Sophie STAVA

Chronique du roman la menteuse de sophie stava

Informations 

Résumé

Une menteuse compulsive s’immisce dans la vie d’un couple aisé… mais elle n’est pas la seule à mentir.

Sloane Caraway est une menteuse. Rien de bien méchant : ses petits mensonges sont inoffensifs, destinés à embellir sa vie tristement banale, comme elle dit. Alors, quand Sloane aperçoit une fillette en larmes dans un parc, elle ne peut pas s’en empêcher : elle dit au (très séduisant) père de l’enfant qu’elle est infirmière et l’aide à retirer un dard d’abeille du pied de sa fille.

Grâce à cette rencontre fortuite, Sloane devient la nounou des riches et privilégiés Jay et Violet Lockhart. Ils ont tout : les montres de luxe et les tenues haute couture, la maison new-yorkaise digne d’un magazine déco, la meilleure école privée pour leur fille…

Sloane les envie et elle est prête à mentir sur tout, ou presque, pour faire partie de leur famille. Mais à mesure que la liste de ses mensonges s’allonge, le vernis lisse des apparences se craquelle. Et si Sloane n’était pas la seule à mentir ?

Mon avis

Mon point sur la narration :

La narration de « La menteuse » s’articule en trois parties distinctes, chacune adoptant un point de vue et un narrateur différent.

La première est racontée sous l’œil de Sloane, portée par une narratrice dont la voix installe progressivement l’atmosphère et le malaise. Cette première partie prend le temps de poser les bases, avec un rythme plutôt lent mais maîtrisé, qui permet de s’attacher au personnage et de s’habituer à cette voix unique.

La seconde partie, centrée sur Violet, apporte un changement de perspective intéressant et modifie subtilement le rythme, en introduisant une lecture plus distante, plus froide aussi.

Enfin, la troisième partie adopte le point de vue de Jay, avec un narrateur masculin.

Ce basculement m’a dans un premier temps déstabilisée, car je m’étais pleinement habituée à la voix de la narratrice incarnant Sloane. Malgré cela, l’ensemble reste cohérent : les changements de voix servent la construction du récit et renforcent l’idée que chacun détient sa part de vérité, ou de mensonge, même si l’adaptation demande un léger temps d’ajustement à l’écoute.

Mon avis sur le roman :

Habituellement, je chronique mes lectures de manière assez classique. Pour « La menteuse », j’ai ressenti le besoin de faire autrement. Cette lecture audio m’a accompagnée, m’a tenue, m’a embarquée… jusqu’à une fin qui a profondément modifié mon ressenti. Plutôt qu’un avis structuré en points positifs et négatifs, j’ai choisi la forme de la lettre ouverte : une manière plus intime, plus honnête aussi, de parler d’un roman que j’ai aimé, mais qui m’a laissée sur le seuil. Ce texte n’est donc pas un jugement, mais un échange de lectrice à livre, entre attachement et frustration.

Lettre ouverte à « La menteuse« 

Je t’ai écoutée avec attention, presque avec abandon.
En version audio, tu t’es installée dans mon quotidien, portée par des voix qui savent capter l’attention et installer une proximité immédiate avec les personnages. Dès les premières heures d’écoute, j’ai accepté ce pacte implicite : te suivre dans un récit où le mensonge n’est pas un simple ressort narratif, mais une matière vivante, mouvante, profondément humaine.

Ce qui m’a d’abord séduite, c’est la manière dont tu abordes le mensonge chez ton personnage principal. Il ne s’agit pas d’une manipulation froide ou d’un calcul cynique, mais d’un mécanisme presque pathologique, intime, incontrôlé. Mentir devient pour Sloane une façon d’exister autrement, de se donner une place, d’échapper à une réalité trop banale. Cette fragilité rend Sloane complexe et, surtout, crédible. On ne l’excuse pas forcément, mais on la comprend. Et cette nuance est précieuse.

Progressivement, tu élargis le regard. Le mensonge n’est plus isolé : il circule, se transmet, se répond. Les relations se construisent sur des non-dits, des faux-semblants, des vérités partielles. J’ai beaucoup aimé cette idée que personne n’est totalement sincère, que chacun réécrit sa propre version des faits pour préserver une image, un confort, une illusion. Ce jeu de dupes, discret mais constant, est l’un des grands points forts du roman.

La construction en plusieurs parties, chacune portée par un point de vue différent, renforce cette impression. En version audio, ce choix est particulièrement marquant. La première partie installe une voix, un rythme, une intimité. On s’y habitue, on s’y attache. Les changements de narrateurs et de perspectives peuvent déstabiliser au départ, mais ils finissent par enrichir la lecture en offrant un éclairage différent sur les personnages et leurs intentions. Le rythme varie selon les points de vue, oscillant entre lente montée psychologique et tensions plus frontales, sans jamais perdre totalement le fil.

Ta plume est fluide, efficace, résolument tournée vers la psychologie des personnages. Elle avance avec précision, en laissant les gestes, les pensées et les silences faire leur travail. J’ai apprécié cette écriture qui privilégie l’ambiance et l’observation plutôt que l’action brute et qui installe une tension progressive, presque insidieuse. Les descriptions restent mesurées, toujours au service du malaise et des rapports de pouvoir entre les personnages.

Longtemps, j’ai eu le sentiment que tu me faisais confiance. Tu me laissais dans l’incertitude, dans l’observation, dans l’interprétation. En audio, cette liberté est renforcée par le jeu des voix, des silences, des intonations. Le malaise s’installe sans être souligné, l’ambiguïté devient presque confortable. Je n’avais pas besoin de réponses immédiates : le doute faisait partie intégrante de l’expérience.

Tout était donc presque parfait….Presque…Car tu m’a totalement perdue dans la dernière partie…

Sans dévoiler les événements, j’ai eu le sentiment que l’intrigue devenait inutilement complexe, presque artificielle. Là où tu t’appuyais jusque-là sur une mécanique psychologique crédible, tu as basculé dans des enchaînements que j’ai trouvés trop tarabiscotés pour être pleinement convaincants. Cela a fragilisé la cohérence globale de l’histoire et la crédibilité des personnages.

Ce n’est pas tant l’idée de la conclusion qui m’a dérangée, que sa mise en œuvre. J’ai eu l’impression que tu cherchais à aller toujours plus loin, là où une résolution plus sobre, plus resserrée, aurait été bien plus efficace. En voulant complexifier à l’excès, tu perds, à mes yeux, une partie de ta justesse initiale.

Je ne ressors pas indifférente de « La menteuse ». J’ai aimé son atmosphère, son travail sur les apparences, cette réflexion sur le mensonge comme construction identitaire et sociale. En version audio, l’immersion fonctionne indéniablement. Mais je referme cette écoute avec une frustration réelle : celle d’un roman prometteur, porté par de très bonnes idées, qui s’égare dans une conclusion complètement alambiquée pour être crédible.

Je recommande « La menteuse » aux lecteurs qui aiment les thrillers psychologiques centrés sur les faux-semblants, les jeux d’apparences et les personnages ambigus. C’est un roman qui fonctionne particulièrement bien en lecture audio, grâce à son atmosphère et à sa construction en plusieurs points de vue.

Je remercie Lizzie et NetGalley pour cette lecture.

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En bref…

Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : la première phrase du résumé m’a convaincue. Elle promettait pour un thriller centré sur le mensonge, l’identité et les apparences. La lecture audio m’attirait également, car ce type de récit se prête bien à une écoute immersive, portée par les voix et l’atmosphère.

Auteur connu : « La menteuse » est le premier roman de Sophie.

Émotions ressenties lors de la lecture : curiosité, malaise, attachement, puis déception et frustration.

Ce que j’ai moins aimé : la fin ! Pas du tout crédible pour moi.

Les plus : l’idée de départ, l’atmosphère, la construction, la plume, la version audio.

Si je suis une âme sensible : RAS. Tout est psychologique, mais j’avoue que cette lecture peut créer un malaise durable.

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