Informations
Titre : Bagarre
Auteur : Emilia Petrakis
Éditeur : Les Avrils
Nombre de pages : 224 pages
Formats et prix : broché 20 € / numérique 14.99 €
Date de publication : 12 février 2026
Genre : roman français
Résumé
Sara Fereira, 38 ans, s’entraîne tous les soirs à l’Alpha Team, dans la banlieue Nord de Paris. Après avoir perdu un combat décisif de MMA (Mixed martial arts), elle affronte ses doutes ainsi que ses blessures du passé, entre les encouragements du coach, la fougue des membres du club ou encore l’arrivée d’Amandine au cours des MMA Girls.
Mon avis
Un roman de combat intérieur et de sororité
Avec « Bagarre », Emilia Petrakis signe un roman percutant, ancré dans le réel, qui mêle MMA, quête de soi et reconstruction intime. Loin de l’image spectaculaire et virile souvent associée aux sports de combat, l’auteure propose un texte profondément humain, centré sur une femme cabossée qui tente de se relever, autant sur le ring que dans la vie.
Une héroïne en lutte contre elle-même
Sara Ferreira a 38 ans. Tous les soirs, elle s’entraîne à l’Alpha Team, dans la banlieue nord de Paris. Le MMA est son exutoire, son refuge, son moyen de tenir debout. Mais après la perte d’un combat décisif, quelque chose se fissure. Le corps lâche par moments, les blessures se réveillent, celles qui se voient, et surtout celles qui ne se disent pas.
Sara n’est pas une héroïne idéalisée. Elle doute, elle encaisse, elle se tait souvent. Et c’est précisément ce qui la rend crédible. Emilia Petrakis prend le temps de montrer l’après, ce moment rarement raconté où l’adrénaline retombe et où l’on doit faire face à soi-même. Le combat n’est plus seulement sportif : il devient intérieur.
« Arrêter d’attendre. Profiter du chemin. »
Le MMA comme miroir des failles
Le grand point fort de « Bagarre » réside dans sa manière de traiter le MMA. Emilia s’attarde sur la discipline, la rigueur, la fatigue, les douleurs physiques, mais aussi sur ce que ce sport exige mentalement. Chaque entraînement devient une métaphore : tomber, se relever, apprendre à encaisser sans se perdre.
Le coach joue ici un rôle essentiel. Figure de soutien, parfois rude mais profondément juste, il incarne cette présence discrète qui croit encore en vous quand vous commencez à douter. Les membres du club, avec leur énergie brute et leur solidarité, apportent une dimension collective bienvenue : Sara n’est pas seule, même quand elle se sent isolée.
« Elle n’a plus l’habitude de ressentir des choses. Des émotions. Elle s’est blindée ces dernières années. Une armure épaisse. »
MMA Girls : quand la sororité entre en scène
L’arrivée d’Amandine et la création du groupe MMA Girls marquent un tournant dans le récit. Le roman s’ouvre alors à une autre dynamique, que j’ai trouvé plus apaisée. Ces femmes, toutes différentes, partagent pourtant quelque chose de commun : un besoin de reprendre possession de leur corps, de leur espace, de leur voix.
Emilia traite cette dimension avec finesse. La sororité se construit dans les gestes, les regards, les entraînements partagés. Elle n’efface pas les blessures, mais elle permet de les porter autrement.
J’ai beaucoup aimé ces passages, plus lumineux, presque suspendus, où la force naît du collectif et non plus seulement de l’affrontement.
« Depuis l’entrée au collège, elle se renferme, se fait discrète, silencieuse, pour qu’on l’oublie même si elle sait que c’est impossible de complètement disparaître. »
Affronter l’héritage familial
Brouillée avec son père depuis longtemps, Sara voit son passé ressurgir brutalement lorsqu’il est victime d’un AVC et qu’il réclame sa fille. Cette thématique de l’AVC et du lien parent-enfant a vraiment résonné en moi, pour des raisons personnelles.
Emilia prend le temps de suivre, pas à pas, le cheminement intérieur de Sara : les résistances, les peurs, les questions sans réponse, mais aussi cette lueur d’espoir qu’elle tente de contenir.
Faut-il répondre à l’appel ? Peut-on réparer ce qui a été abîmé ? Le roman ne tranche jamais trop vite et évite toute facilité émotionnelle. Il montre avec justesse combien les relations familiales, et en particulier les conflits entre parents et enfants, laissent des traces durables, même à l’âge adulte. Cette ligne narrative, délicate et douloureuse, fait écho au reste du texte : affronter le passé demande parfois autant de courage que monter sur un ring.
Une écriture brute et immersive
La plume d’Emilia est directe, sans fioritures inutiles. Elle va à l’essentiel, en étant parfois sèche, souvent intense. Elle épouse le rythme des entraînements et des combats, tout en laissant la place à l’introspection. « Bagarre » est un roman qui cogne juste.
Si l’on peut parfois ressentir une certaine retenue émotionnelle, notamment sur le passé de Sara, évoqué par touches successives, cela participe aussi à la cohérence du personnage, pudique, peu encline à se livrer frontalement.
Le roman est également ponctué d’intermèdes singuliers : des extraits d’entretiens menés avec différentes personnes, ainsi que des citations issues d’interviews. Ces paroles viennent aérer le récit et lui donner une résonance supplémentaire. J’ai particulièrement apprécié ces respirations. Elles permettent de ralentir, de prendre du recul, presque de suspendre le temps. Ces voix extérieures, inspirantes, élargissent le propos et invitent le lecteur à réfléchir au-delà de l’histoire de Sara. Elles donnent au roman une dimension plus universelle, comme si chaque combat individuel faisait écho à d’autres trajectoires.
Une découverte marquante
Je referme « Bagarre » avec le sentiment d’avoir découvert un univers que je ne connaissais pas du tout. Le MMA m’était totalement étranger avant cette lecture, et pourtant, jamais je ne me suis sentie exclue. Au contraire, j’ai aimé apprendre, comprendre les codes, les exigences, la discipline que demande ce sport. Mais au-delà de la découverte du MMA, ce sont surtout les personnages qui m’ont touchée. Sara, dans ses failles et sa pudeur, Amandine dans sa fragilité en construction, m’ont semblé profondément humaines. J’ai été sensible aux thématiques abordées : la reconstruction, les blessures invisibles, les tensions familiales, la sororité, traitées avec justesse et sans excès. Et puis il y a la plume d’Emilia, qui laisse respirer les émotions sans jamais les forcer. « Bagarre » est pour moi une très belle surprise, un roman sans artifices ni bruits inutiles, mais avec une vraie puissance d’impact.
Un roman engagé sans être démonstratif
« Bagarre » parle de résilience, de corps meurtris, de femmes dans un univers encore largement masculin, mais aussi de transmission et de confiance retrouvée. C’est un roman qui montre que la force ne réside pas uniquement dans les poings, mais dans la capacité à continuer malgré les échecs.
Sans jamais donner de leçons, Emilia Petrakis propose un texte sincère, profondément incarné, qui trouvera un écho particulier chez celles et ceux qui connaissent le doute, la fatigue morale, ou le besoin vital de se battre pour rester soi-même.
En conclusion
« Bagarre » est un roman intense et humain, qui détourne les clichés du sport de combat pour mieux parler de combat intérieur. À travers le parcours de Sara, Emilia Petrakis livre un texte juste, emmené par une plume sobre et une belle attention portée aux relations humaines.
Un roman qui frappe là où ça fait mal… mais aussi là où ça répare.
« C’est le jeu. Même dans la défaite, il y a perdre et perdre. »
Un grand merci aux Editions Les Avrils et à la Masse critique Babélio pour cette lecture.
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En bref…
Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : pour son sujet atypique. Pour ce qu’il promettait au-delà du sport : des femmes, des failles, des combats intimes.
Auteur connu : « Bagarre » est le premier roman d’Emlia Petrakis. Pas le dernier, j’espère !
Émotions ressenties lors de la lecture : empathie, tendresse, mélancolie, curiosité.
Ce que j’ai moins aimé : RAS
Les plus : l’univers du MMA, l’approche réaliste du sport, les personnages, le sujet des traumatismes de l’enfance, des relations compliquées parents-enfants, la plume, la fin.
Si je suis une âme sensible : certaines thématiques peuvent faire écho à des vécus personnels. C’est un roman parfois rude, mais toujours respectueux.

