Informations
Titre : Le refuge des affligés
Auteur : Céline Servat
Éditeur : Taurnada
Nombre de pages : 258 pages
Formats et prix : poche 10.90 € / numérique 7.99 €
Date de publication : 12 février 2026
Genre : thriller psychologique
Résumé
Alors que Gabrielle, gendarme à la brigade de recherches de Muret, enquête sur le meurtre atypique d’un SDF, Marco et son amie Manue participent à une retraite spirituelle.
Mais rien ne se passe comme prévu dans ce coin perdu des Pyrénées, et le besoin de se ressourcer est compromis par le meurtre de l’un des occupants des lieux…
Le danger guette et personne n’est à l’abri.
Mon avis
Une suite qui peut se lire indépendamment
« Le refuge des affligés » fait revenir certains personnages de « La vallée des égarés », notamment Marco, que l’on retrouve dans un contexte totalement différent. Les lecteurs qui ne connaissent pas le premier roman peuvent tout à fait entrer dans cette nouvelle enquête : Céline Servat a pris soin de poser les personnages et l’univers sans nécessité de lecture préalable. Les habitués retrouveront toutefois avec plaisir Marco et son humour si particulier, ainsi que certains clins d’œil à ses aventures passées.
Une retraite… ou un cauchemar ?
Vous rêvez d’une retraite spirituelle loin de votre portable, à faire du yoga, à méditer et à vous recentrer sur vous-même ? Bienvenue au refuge de la Henne Morte (bon, j’en conviens, le nom plante le décor dans le savoir…) !
Marco, lui, n’était absolument pas au courant que Manue les avait inscris à ce stage. Cela partait pourtant d’une bonne intention : elle voulait l’aider à maîtriser son don… car Marco voit les morts. Une idée qui, sur le papier, semblait brillante. Sur le terrain, elle s’avère… beaucoup moins relaxante.
« Pendant des mois, elle avait peaufiné son plan, puis, des jours durant, elle avait ressassé la façon dont elle lui dévoilerait le pot aux roses, tournant et retournant les mots dans sa tête. »
Entre exercices de méditation, séances de yoga et silence obligatoire, Marco se retrouve coincé dans un lieu qu’il n’a pas choisi, essayant de rester zen pendant que Manue tente de le canaliser. Et pour corser le tout, un meurtre survient parmi les participants. Ce refuge, censé apaiser les esprits, se transforme rapidement en piège psychologique, où le danger rôde à chaque coin et où personne n’est vraiment à l’abri.
« -Nous sommes en zone blanche, dans un endroit sain, non pollué par les ondes. Vous êtes ici pour couper avec ce qui vous parasite et les portables en sont une partie intégrante. »
Une double intrigue captivante
D’un côté, Gabrielle, gendarme à la brigade de recherches de Muret, enquête sur le meurtre atypique d’un SDF, qui semble au départ marginal, mais qui cache des implications plus profondes et inquiétantes. À travers cette disparition, l’auteure met en lumière ces invisibles que sont les SDF, ceux que l’on croise sans les voir, et leur redonne une existence, une dignité et une place dans le regard de la société.
De l’autre, Marco et Manue, pris au piège dans le refuge, tentent de survivre à la tension qui monte tout en affrontant les manifestations du don de Marco et leurs propres peurs.
Ces deux fils narratifs avancent en parallèle, maintenant le lecteur dans état d’alerte constant. La montagne n’est pas qu’un décor : elle enferme et amplifie le danger, rendant le refuge totalement menaçant.
Des personnages riches et attachants
Gabrielle reste une enquêtrice solide et perspicace, confrontée à des situations complexes.
Marco et Manue apportent humour et humanité. L’humour décalé de Marco est un vrai contrepoint aux moments de tension. Ses remarques sarcastiques ou ses réactions face aux situations étranges apportent des respirations savoureuses dans un récit par ailleurs sombre.
Manue, à la fois douce et résolue, pousse Marco à se confronter à ses angoisses tout en veillant à préserver la cohésion précaire de leur relation. Céline excelle à dévoiler les failles, les doutes et les peurs de chacun, tout en les confrontant à des situations extrêmes.
Un huis clos psychologique glaçant
Ce qui frappe dans ce roman (et ce que j’ai adoré !), c’est la manière dont Céline exploite l’isolement. Le décor pyrénéen, loin d’être un simple arrière-plan, devient un véritable personnage. La montagne enferme, coupe du monde, amplifie les peurs et exacerbe les tensions. Le refuge, censé protéger les âmes en souffrance, se transforme progressivement en piège.
Céline s’intéresse moins à l’action pure qu’à ce qui se joue à l’intérieur des personnages. Les non-dits, les fêlures, les motivations troubles prennent une place centrale. La dimension spirituelle de la retraite ajoute une couche supplémentaire de malaise : foi, croyances, besoin de rédemption… tout peut devenir un levier de manipulation ou de basculement.
« Le gourou commença par des exercices de respiration, suivis par des étirements. Sa voix profonde et son débit maîtrisé exacerbaient son charisme. »
Une plume immersive et maîtrisée
La plume de Céline Servat est efficace, précise, sans fioritures inutiles. Elle sait installer une atmosphère lourde, presque étouffante, en jouant sur les silences, les regards, les sensations. La tension monte progressivement avec une vraie maîtrise du rythme.
Céline prend le temps de poser son décor et ses personnages, ce qui renforce l’impact des événements lorsqu’ils surviennent. On sent une volonté de ne pas sacrifier la psychologie au profit du simple suspense et c’est l’un des grands points forts du roman.
Entre frissons et émotions
En lisant « Le refuge des affligés », j’ai ressenti ce mélange étrange de tension, d’admiration et d’affection pour les personnages. Marco m’a fait sourire autant qu’il m’a serré le ventre : son humour décalé dans ce refuge improbable est un vrai souffle dans l’horreur qui l’entoure. Il a réussi à me faire rire !
J’ai été touchée par la manière dont chacun porte ses blessures, parfois ses regrets, et comment ces failles les rendent terriblement humains. Ce n’est pas un thriller qu’on lit pour s’évader : c’est un roman qui fait réfléchir, qui met mal à l’aise, mais qu’on n’arrive pas à lâcher. Et moi, j’ai eu ce sentiment de gratitude envers l’auteure, pour cette lecture qui m’a fait vibrer, rire et frissonner en même temps.
« Le refuge des affligés » est un thriller psychologique qui interroge la notion même de refuge. Peut-on vraiment se mettre à l’abri de soi-même ? De ses fautes, de ses croyances, de ses démons ? Ce roman dérange, met mal à l’aise, et c’est précisément ce qu’on attend d’une histoire de ce genre.
Un texte sombre, tendu, profondément humain et qui joue habilement avec les nerfs du lecteur.
« Il lui souriait, mais la sensation de malaise s’en trouva amplifiée : la noirceur de ses yeux ne correspondait pas au message que véhiculait le reste de son visage. »
Je remercie les Editions Taurnada pour cette lecture.
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En bref…
Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : son résumé m’a de suite interpellée, j’ai senti que l’intrigue, mêlant enquête criminelle et quête spirituelle, promettait un thriller psychologique ancré dans un décor fort, loin des sentiers battus.
Auteur connu : retrouvez ma chronique de « La vallée des égarés », la première enquête de Marco.
Émotions ressenties lors de la lecture : malaise, tension, inquiétude, curiosité, joie, envie.
Ce que j’ai moins aimé : RAS
Les plus : l’atmosphère, le décor, la profondeur psychologique, la tension, la plume, la construction, les personnages, la fin.
Si je suis une âme sensible : rien de particulier, mais les thématiques liées à la souffrance humaine et à la manipulation spirituelle peuvent heurter les plus fragiles.

