« Je suis Romane Monnier » de Delphine De VIGAN

Informations 

Résumé

« Les gens ne comprennent pas. Ils pensent que j’exagère. Mais en fait, je cherche quelque chose qui a disparu. Quelque chose de pur, de limpide… qui n’existe plus. » Qui est Romane Monnier ? D’elle, il ne reste qu’un téléphone portable. Des notes, des messages, des souvenirs, des enregistrements, autant de traces confiées à un inconnu, un samedi soir dans un bar.

Mon avis

Quand un smartphone devient le miroir de toute une vie

Avec « Je suis Romane Monnier », Delphine de Vigan propose un roman court, contemporain et vraiment troublant sur l’identité, la disparition volontaire et notre dépendance au numérique.

Un téléphone portable. Des notes. Des messages. Des enregistrements.

Et une femme qui semble s’être effacée.

Ce concept minimaliste donne naissance à un texte captivant, presque dérangeant, qui nous oblige à regarder en face ce que contient réellement notre smartphone : presque toute notre vie.

Un téléphone comme point de départ

Après une soirée, et tout à fait par hasard (enfin, ça, c’est ce qu’il croit…), Thomas, se retrouve en possession d’un smartphone qui n’est pas le sien, celui de Romane, qui contient l’intimité entière d’une femme dont il ne sait presque rien.

Romane disparaît. Il ne reste que son téléphone.

À partir de là, Thomas va méthodiquement explorer l’appareil. Messages, notes, fichiers audio… Il élabore une stratégie, presque scientifique, pour pénétrer l’univers de cette inconnue. Peu à peu, il devient addict à cette intrusion.

Et le lecteur avec lui.

Un concept brillant : l’intimité numérique mise à nu

Ce qui m’a immédiatement séduite, c’est l’idée centrale du roman.

Nous confions tout à nos téléphones : nos pensées les plus intimes, nos photos, nos conversations, nos recherches nocturnes, nos fragilités, nos colères, nos secrets.

Si quelqu’un tombait dessus, que découvrirait-il ? Une vérité ? Une version de nous ? Ou un assemblage fragmenté, incomplet ?

À travers Thomas, Delphine de Vigan explore ce vertige contemporain : notre identité est désormais stockée dans un objet que nous gardons en permanence sur nous.

Le téléphone devient une extension du corps. Presque une mémoire externe. Presque une âme numérique.

Thomas : le voyeur malgré lui

Le personnage de Thomas est fascinant. Au départ, il semble simplement curieux. Mais très vite, il met en place une méthode. Il organise, classe, analyse. Il avance par étapes. Il s’impose une rigueur. Cette dimension méthodique rend son comportement encore plus troublant. Il ne fouille pas au hasard. Il dissèque.

Et dans cette exploration, il devient dépendant. Comme si comprendre Romane lui devenait indispensable.

Mais cette aventure ne se limite pas à une simple intrusion. Elle agit aussi comme un miroir. À travers les fragments de vie de Romane, Thomas est amené à faire le point sur la sienne. Lui qui a élevé seul sa fille, dans un quotidien parfois lourd et exigeant, se retrouve confronté à ses propres choix, à ses manques, à ses renoncements. Cette quête devient alors une forme d’introspection silencieuse.

Il y a un vrai côté voyeur dans ce roman. On lit par-dessus son épaule. On partage cette intrusion. Et forcément, cela met mal à l’aise. Parce que nous participons, nous aussi, à cette violation d’intimité.

C’est extrêmement bien vu.

La disparition volontaire : fantasme ou nécessité ?

Romane parle d’un monde où quelque chose de pur aurait disparu. Elle semble chercher une forme d’absolu, d’authenticité, peut-être impossible aujourd’hui.

La disparition volontaire devient alors une question centrale : peut-on encore disparaître à l’ère numérique ?
Peut-on s’effacer quand chaque message, chaque photo, chaque trace est sauvegardée quelque part ?

Le roman ne donne pas de réponse définitive. Et c’est précisément ce qui le rend intéressant. Il ouvre un espace de réflexion sur notre époque saturée d’informations, d’exposition permanente et de connexions constantes.

Une plume sobre et efficace

Delphine de Vigan adopte une plume épurée, précise, presque clinique par moments. Tout repose sur la suggestion et sur ce qui se joue entre les lignes. Cette écriture, volontairement retenue, renforce le sentiment d’observation et d’analyse qui traverse le roman.

Le rythme est mesuré, progressif, presque méthodique (à l’image de Thomas lorsqu’il explore le téléphone), ce qui installe une tension discrète mais constante. Ce tempo lent participe au malaise : il laisse le temps à la curiosité de se transformer en obsession et au lecteur de prendre conscience qu’il devient lui aussi voyeur.

Ce n’est pas un thriller. Ce n’est pas un roman à rebondissements. C’est une exploration psychologique contemporaine.

Ce que je pense de « Je suis Romane Monnier »

J’ai vraiment aimé le concept. L’idée qu’un téléphone puisse contenir l’essentiel d’une vie est à la fois évidente et terrifiante.

Le glissement progressif de Thomas vers une forme d’addiction est particulièrement réussi. On sent qu’il dépasse une limite invisible et pourtant on comprend sa fascination.

Ce roman m’a fait réfléchir à ma propre relation au smartphone. À ce qu’il contient. À ce que je laisserais derrière moi.

Il ne m’a pas bouleversée émotionnellement, mais il m’a questionnée. Et parfois, c’est tout aussi fort.

Pourquoi lire « Je suis Romane Monnier » ?

  1. Pour son concept intelligent et actuel
  2. Pour sa réflexion sur l’identité numérique
  3. Pour son exploration du voyeurisme contemporain
  4. Pour son questionnement sur la disparition volontaire

En conclusion

« Je suis Romane Monnier » est un roman court, moderne, et subtilement dérangeant. Il nous met face à une évidence : nous avons déposé nos vies dans un objet fragile. Et il suffit qu’il change de main pour que tout bascule

En bref…

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