Informations
Titre : Nous étions une histoire
Auteur : Olivia Elkaim
Éditeur : Stock et Points
Nombre de pages : 216 pages
Formats et prix : broché 21.50 € / poche 7.90 € / numérique 7.99 €
Date de publication : 26 février 2014 pour le broché et 2 janvier 2026 pour la version poche
Genre : littérature française
Résumé
Quand Anita accouche d’un petit garçon, toute sa famille se réjouit. Pas elle. Angoisses, nuits sans sommeil, hallucinations… Le présent se dérobe, le passé refait surface. D’où vient un tel désarroi ? Anita quitte son mari et son bébé pour fuir vers Marseille, ville qui fut le théâtre d’un psychodrame familial. Elle tente de comprendre comment, entre sa mère, l’omniprésente et égocentrique Rosie, et sa grand-mère, Odette, séductrice et alcoolique, elle peut trouver sa place.
Être une femme et une mère. Aimer les siens et les détester. Se souvenir et oublier. Percer les secrets qui font notre identité.
Dans ce roman sensible et violent, tendre comme un chagrin d’enfant, Olivia Elkaim dresse le portrait de trois femmes au bord de la crise de nerfs.
Mon avis
Avec « Nous étions une histoire », Olivia Elkaim signe un roman d’une intensité rare sur la maternité, la mémoire et l’héritage émotionnel. À travers le portrait de trois femmes, Anita, sa mère Rosie et sa grand-mère Odette, l’auteure explore les fractures intimes qui se transmettent de génération en génération. C’est un texte court, dense, qui frappe par sa lucidité et sa violence contenue.
Une plongée vertigineuse dans la dépression post-partum
Ce qui frappe immédiatement dans « Nous étions une histoire », c’est la manière dont Olivia Elkaim aborde la maternité. Pas la maternité idéalisée. Pas la version lisse et rassurante.
Ici, la naissance ne répare rien. Elle ouvre une brèche.
Anita ne reconnaît pas son bonheur supposé. Elle ressent une étrangeté face à son propre enfant. Le roman décrit avec une justesse troublante la dépression post-partum : la fatigue extrême, la perte de repères, l’impression de dissociation, la culpabilité immense.
Rien n’est exagéré. Rien n’est complaisant.
C’est cru, parfois inconfortable, mais profondément humain.
Olivia Elkaim met des mots sur une réalité encore trop tue : devenir mère peut réveiller des traumatismes enfouis. La maternité agit comme un révélateur brutal du passé.
« Depuis la naissance d’Orson, le sommeil, cette évidence, s’est échappé. »
Trois générations de femmes au bord de la rupture
Le roman repose sur un triptyque féminin puissant :
- Anita, fragile, lucide, au bord de la rupture.
- Rosie, la mère, envahissante, narcissique, incapable de laisser de l’espace.
- Odette, la grand-mère, séductrice et alcoolique, figure instable et fascinante.
Ce qui rend le roman si fort, c’est que personne n’est totalement coupable. Personne n’est totalement innocent.
Olivia Elkaim montre comment les blessures se transmettent. Comment les silences deviennent des fardeaux. Comment les secrets façonnent l’identité. Les dialogues sont tendus. Les non-dits pèsent plus lourd que les mots.
« Ma mère ne parle jamais de sa mère. A personne. Ni à ses amis, ni à mon père, ni à moi, comme si elle n’avait pas de mère, comme si elle ne s’inscrivait dans aucune histoire familiale. Odette est le tabou absolu. »
Marseille : décor et mémoire
La fuite d’Anita vers Marseille n’est pas anodine. La ville devient un espace mental. Un lieu de confrontation avec l’enfance, les souvenirs, les scènes jamais digérées.
Marseille n’est pas décrite de manière touristique. Elle est rugueuse, presque étouffante. Elle incarne la mémoire familiale, les cris, les disputes, les blessures jamais refermées.
Le passé n’est pas un souvenir lointain : il est vivant. Il infiltre le présent.
Une écriture tendue, sensible et sans concession
Olivia Elkaim écrit avec une grande précision émotionnelle. Les phrases sont souvent courtes, incisives. Il y a quelque chose de tranchant dans le rythme, comme si le texte lui-même portait la nervosité des personnages.
Et pourtant, au cœur de cette violence sourde, surgissent des moments d’une grande tendresse. Des fragments d’enfance. Des gestes minuscules. Des élans contradictoires.
Le roman est à la fois dur et délicat.
Tendre comme un chagrin d’enfant, mais capable de gifler le lecteur.
« N’oublie pas d’où tu viens Anita, si tu veux savoir où tu vas. »
Les thèmes majeurs du roman
Pour celles et ceux qui cherchent un roman contemporain sur la maternité et la filiation, « Nous étions une histoire » explore des sujets graves : la dépression post-partum, les secrets de famille, la transmission intergénérationnelle, la construction de l’identité féminine ou encore la difficulté d’être mère quand on a manqué de stabilité.
Ce n’est pas un roman confortable. Mais il est nécessaire.
Mon avis sur « Nous étions une histoire«
C’est un texte qui dérange. Et c’est précisément pour cela qu’il est important.
En tant que mère, cette lecture m’a forcément touchée d’une manière particulière. Je n’ai pas connu la dépression post-partum, mais je me suis pourtant reconnue dans Anita. Pas dans ses hallucinations ni dans sa fuite, mais dans ce vertige immense que représente l’arrivée d’un enfant. Devenir mère, même quand tout va bien, n’est jamais un long fleuve tranquille. C’est un bouleversement identitaire, physique, émotionnel. C’est une fatigue que l’on n’imagine pas, des doutes qui surgissent sans prévenir, la peur de mal faire. À travers Anita, j’ai retrouvé cette fragilité universelle que l’on traverse toutes, à des degrés différents.
Et c’est peut-être là que le roman de Olivia Elkaim est le plus juste : il montre que la maternité n’est pas qu’un instinct, c’est aussi un apprentissage, parfois chaotique. Elle ne sacralise pas la maternité. Elle l’a met à nu.
Ce que j’ai également apprécié, c’est la complexité des personnages féminins. On pourrait facilement juger Rosie. On pourrait condamner Odette. Mais le roman nous oblige à regarder plus loin, à comprendre les mécanismes de la répétition.
J’ai parfois ressenti une forme d’oppression dans la lecture, comme si l’air manquait. Mais c’est cohérent avec le sujet. On sort de ce roman un peu bousculé, un peu triste, mais aussi plus conscient de ce que signifie « hériter ».
À qui s’adresse ce roman ?
Je recommande « Nous étions une histoire » si vous aimez :
- Les romans psychologiques intenses
- Les récits sur les liens mère-fille
- Les textes courts mais denses
- Les romans contemporains centrés sur l’intime
- Les histoires de secrets de famille
En revanche, si vous cherchez une lecture légère ou apaisante, ce n’est pas le bon moment.
Pourquoi lire « Nous étions une histoire » ?
Parce qu’il parle de ce que l’on tait.
Parce qu’il ose dire qu’aimer peut coexister avec la colère.
Parce qu’il montre que devenir mère ne nous libère pas forcément de notre histoire et que parfois, cela la réveille.
Olivia Elkaim dresse le portrait de femmes imparfaites, blessées, vibrantes. Des femmes qui tentent, malgré tout, de ne pas reproduire exactement ce qu’elles ont subi.
Un roman court, dense, sensible et violent.
Une lecture qui ne s’oublie pas facilement.
« Je débouche la bouteille de parfum. J’en hume les effluves. Ma grand-mère émerge du vaporisateur comme le génie de sa lampe merveilleuse. »

En bref…
Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : offert par mon amie Annick, le résumé m’a interpellée : j’avais envie d’explorer une représentation réaliste et non idéalisée de la maternité.
Auteur connu : je ne connaissais pas Olivia Elkaim. Pourtant elle a publié plus d’une dizaine de livres. Une belle découverte.
Émotions ressenties lors de la lecture : malaise, tristesse, colère, compassion, impuissance, tension, frustration, empathie, oppressions.
Ce que j’ai moins aimé : RAS
Les plus : les sujets abordés, frontalement et sincèrement, les personnages, la plume.
Si je suis une âme sensible : ce n’est pas un roman doudou ! Si ces thèmes résonnent douloureusement dans votre histoire personnelle, la lecture peut s’avérer éprouvante.
