Informations
Titre : L’affaire de la Croix-Rousse
Auteur : Stanislas Petrosky
Éditeur : Afitt
Nombre de pages : 275 pages
Formats et prix : broché 20 €
Date de publication : 12 septembre 2025
Genre : polar historique
Résumé
Été 1889, Lyon souffre de la canicule.
Des marins déposent le corps d’un homme mutilé à la morgue flottante.
Ange-Clément identifie l’individu comme l’un de ses amis, un dessinateur de presse qui officie dans des journaux anarchistes.
De l’affaire Marial à l’affaire de la malle à Gouffé, en passant par l’avanie du père Bérard et une excursion à l’Exposition universelle, Ange-Clément n’aura aucun répit dans sa quête de justice…
Mon avis
Quatrième enquête d’Ange Clément et du Professeur Lacassagne (peut se lire indépendamment).
Avec « L’affaire de la Croix-Rousse », Stanislas Petrosky signe le quatrième volet des aventures d’Ange Clément et du professeur Alexandre Lacassagne. Une série que je suis depuis ses débuts et que j’aime pour sa rigueur historique et son atmosphère unique. Roman policier historique solidement documenté, cette nouvelle enquête nous plonge dans un Lyon étouffant, en plein été 1889, où la justice se heurte aux tensions politiques et sociales de la fin du XIXe siècle.
Un polar historique ancré dans le Lyon de 1889
Été 1889. La ville de Lyon suffoque sous la canicule. Des marins déposent à la morgue flottante le corps atrocement mutilé d’un homme. Très vite, Ange Clément identifie la victime : un dessinateur de presse, proche des milieux anarchistes… et son ami.
À partir de ce point de départ glaçant, l’enquête prend une dimension à la fois intime et politique. L’émotion personnelle d’Ange donne une densité supplémentaire au récit : ici, il ne s’agit plus seulement de résoudre un crime, mais de rendre justice à un homme engagé, à une voix contestataire réduite au silence.
Le quartier de la Croix-Rousse, haut lieu ouvrier et berceau des luttes sociales, devient un personnage à part entière. Stanislas restitue avec précision l’atmosphère fiévreuse d’une époque traversée par les idéaux anarchistes, la peur des attentats et la méfiance des autorités. On sent le travail de documentation derrière chaque page : les rues, les journaux, les débats politiques, les mentalités… tout sonne juste.
Le Professeur Lacassagne : la science au service de la vérité
Impossible d’évoquer cette série sans parler du professeur Alexandre Lacassagne, figure historique majeure de la médecine légale lyonnaise.
Alexandre Lacassagne n’est pas ici un simple personnage de fiction : il fut l’un des pionniers de la criminologie moderne. Son approche scientifique, rationnelle, presque clinique, contraste avec la sensibilité d’Ange Clément.
Dans « L’affaire de la Croix-Rousse« , et comme dans toute la série, la médecine légale joue un rôle central. L’examen du corps, les analyses, les hypothèses sur les mutilations : tout participe à ancrer le roman dans une réalité scientifique passionnante. C’est d’ailleurs l’un des grands atouts de cette saga : elle montre la naissance d’une discipline qui va révolutionner l’enquête criminelle.
Entre faits divers réels et fiction romanesque
« L’affaire de la Croix-Rousse » mélange subtilement la fiction et les affaires criminelles authentiques. Stanislas Petrosky ne se contente pas de planter un décor historique : il insère son intrigue dans un tissu d’événements bien réels qui ont marqué la fin du XIXe siècle.
L’affaire Marial, l’affaire de la malle à Gouffé ou encore l’avanie du père Bérard ne sont pas de simples références jetées en arrière-plan. Elles participent pleinement à la construction du récit. Elles rappellent combien cette période est traversée par une fascination grandissante pour le crime, pour la presse à sensation, pour les grandes affaires judiciaires qui captivent l’opinion publique.
Ce travail d’ancrage historique donne au roman une densité particulière. On sent que chaque détail (procédures, mentalités, rôle des journaux, pression politique) repose sur une réalité documentée. Cela renforce la crédibilité de l’enquête d’Ange Clément et du professeur Lacassagne, tout en montrant l’émergence progressive d’une justice plus scientifique, plus méthodique.
« Il me semble, jeune homme, que c’est la première fois que l’on utilise ce procédé dans une expertise médico-légale ! »
Ce que j’apprécie particulièrement, c’est que la fiction ne s’efface jamais derrière l’Histoire. Au contraire, elle s’y insinue avec intelligence. Les personnages évoluent dans un monde crédible, vivant, traversé par de vraies tensions sociales et judiciaires. Ce n’est pas un simple décor : c’est une narration qui nourrit l’intrigue et lui donne une ampleur presque documentaire.
Une parenthèse parisienne : l’Exposition universelle de 1889
Au cœur de cette enquête lyonnaise étouffante, Stanislas Petrosky nous entraîne brièvement à Paris, en pleine effervescence de l’Exposition universelle de 1889. Le contraste est saisissant.
Alors que Lyon suffoque sous la canicule et que la violence politique gronde, Paris célèbre le progrès, l’innovation, la modernité. La toute nouvelle Tour Eiffel domine la capitale comme un symbole triomphant d’un siècle qui croit encore à la toute-puissance de la science et de l’industrie.
Cette excursion parisienne n’est pas qu’un décor prestigieux : elle souligne l’écart immense entre le discours officiel du progrès et la réalité sociale. D’un côté, une France qui s’expose au monde ; de l’autre, des quartiers populaires marqués par la misère, la colère et les idéaux anarchistes.
J’ai trouvé cette transition particulièrement habile. Elle élargit le cadre du roman, lui donne une dimension nationale et rappelle que les bouleversements de l’époque dépassent largement les frontières de la Croix-Rousse.
Ange Clément : un héros en profondeur
Ce que j’aime profondément dans cette série, c’est l’évolution d’Ange Clément. Dans ce quatrième opus, il gagne encore en épaisseur. Son attachement à la victime rend l’enquête plus douloureuse, plus viscérale.
Ange n’est pas un enquêteur froid. Il doute, il s’emporte, il s’implique. Son humanité le rend profondément attachant. Et face à lui, Lacassagne incarne la méthode, la distance, la science. Leur duo fonctionne toujours aussi bien : complémentaire, nuancé, crédible.
Une atmosphère suffocante et maîtrisée
La canicule n’est pas qu’un décor : elle imprègne le récit. On ressent la chaleur, les odeurs de la morgue flottante, la tension des rues. Cette ambiance lourde accompagne parfaitement la noirceur de l’enquête.
La plume de Stanislas est précise et immersive, au service de l’histoire et des personnages. Le rythme est soutenu, ponctué de révélations, de fausses pistes et de rebondissements qui maintiennent l’intérêt jusqu’au bout.
« Tout en parlant, nous étions arrivés, une légère bruine s’élevait du Rhône, créant un voile spectral autour de la morgue flottante. Une douce odeur de café qui s’échappait du bureau nous flatta les narines lorsque nous fumes dans l’entrée. »
Une postface éclairante et précieuse
Comme dans les tomes précédents, le roman se conclut par une postface du docteur Amos Frappa, qui vient prolonger l’expérience de lecture de manière particulièrement intéressante.
Cette postface n’est pas un simple complément anecdotique : elle reprend avec rigueur le contexte historique et expose, de façon factuelle, les éléments réels de l’affaire de la Croix-Rousse. Là où la fiction a tissé son intrigue, le docteur Frappa replace les événements dans leur réalité judiciaire et sociale.
J’apprécie beaucoup cette démarche. Elle témoigne du sérieux du travail documentaire de Stanislas Petrosky et permet au lecteur de distinguer clairement ce qui relève de la création romanesque et ce qui appartient à l’Histoire. Cette transparence renforce encore la crédibilité de la série.
C’est aussi une manière élégante de refermer le livre : après l’émotion, la tension et les rebondissements, la postface apporte un éclairage presque universitaire, qui donne envie d’aller plus loin, de s’intéresser davantage aux grandes affaires criminelles de la fin du XIXe siècle.
Pourquoi lire « L’affaire de la Croix-Rousse » ?
- Pour découvrir un excellent polar historique français
- Pour explorer le Lyon de 1889 et ses tensions sociales
- Pour suivre un duo d’enquêteurs attachant et crédible
- Pour plonger dans les débuts de la médecine légale
- Pour savourer une intrigue nourrie de faits divers réels
Pourquoi lire toute la série ?
Si « L’affaire de la Croix-Rousse » peut se lire indépendamment, commencer la série dès le premier tome permet d’en apprécier toute la richesse.
- Suivre l’évolution d’Ange Clément : son regard, ses doutes, son rapport à la justice gagnent en profondeur à chaque enquête. Lire la série dans l’ordre permet de mesurer son évolution humaine et morale.
- Comprendre la dynamique du duo : la relation entre Ange et le professeur Alexandre Lacassagne s’installe progressivement. Leur complémentarité prend tout son sens sur la durée.
- S’immerger dans la naissance de la criminologie moderne : au fil des tomes, on assiste à l’émergence d’une méthode scientifique appliquée à l’enquête judiciaire. Chaque tome présente un aspect spécifique de la criminologie, permettant de découvrir progressivement les fondements de cette discipline pionnière.
- Explorer la fin du XIXe siècle à travers ses grandes affaires : chaque roman s’ancre dans un contexte historique et judiciaire précis, formant une fresque cohérente et passionnante.
- S’attacher à un univers : Lyon, ses quartiers, ses tensions sociales, ses figures historiques deviennent familiers. On ne revient pas seulement pour l’intrigue, mais pour retrouver une atmosphère.
Lire la série depuis le début, c’est donc bien plus que suivre des enquêtes : c’est accompagner des personnages dans le temps et observer, presque pas à pas, la transformation d’une époque.
Mon avis
Je suis cette série depuis le premier tome et ce quatrième opus confirme tout ce que j’y aime : une intrigue solide, des personnages profondément humains et un ancrage historique d’une grande précision.
Avec « L’affaire de la Croix-Rousse« , Stanislas Petrosky ne se contente pas de raconter une enquête. Il fait revivre une époque, ses tensions sociales, ses débuts scientifiques, ses grandes affaires judiciaires. L’émotion d’Ange Clément face à la mort d’un proche donne au récit une intensité supplémentaire, tandis que la rigueur du professeur Lacassagne ancre l’ensemble dans une démarche presque pionnière de la criminologie.
Et puis il y a cette postface du docteur Amos Frappa, fidèle aux tomes précédents, qui vient refermer le roman avec un éclairage historique précis et factuel. Elle rappelle que derrière la fiction se cache une réalité judiciaire bien tangible. Cette articulation entre roman et Histoire est, à mes yeux, l’une des grandes forces de la série.
C’est un polar historique exigeant, documenté, intelligent, mais aussi profondément incarné. Une saga que je continue de suivre avec enthousiasme, et qui confirme, livre après livre, sa qualité et sa cohérence.
Si vous aimez les romans policiers historiques, les enquêtes ancrées dans la réalité et les personnages forts, « L’affaire de la Croix-Rousse » est une lecture incontournable.
« Lacassagne était absent depuis plus d’une dizaine de jours et il ne s’était pas passé grand-chose pendant ce temps. Quelques autopsies de femmes qui avaient recours à des faiseuses d’anges et qui en étaient décédées, ce qui était malheureusement chose assez courante…La dernière en date était morte dans d’atroces souffrances après avoir reçu une injection intraveineuse d’eau de saturne, une substance vénéneuse qui ne devait être utilisée qu’en usage externe dans les contusions et les foulures. »

En bref…
Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : je suis cette série depuis le premier tome et que j’y ai trouvé une qualité constante. Cette saga permet de comprendre une époque, ses tensions, ses avancées scientifiques. Il était tout à fait logique pour moi de découvrir ce nouveau volet.
Auteur connu : découvrez mes chroniques des romans de Stanislas Petrosky. Je l’ai rencontré de nombreuses fois en salon, la dernière en date étant lors des Gueules Noires du Polar de Saint Etienne à l’automne dernier.

Émotions ressenties lors de la lecture : fascination, admiration, passion, envie, curiosité, et un peu d’angoisse et de tristesse.
Ce que j’ai moins aimé : RAS
Les plus : l’immersion historique, l’intégration du récit dans les faits réels, les personnages, la rigueur scientifique, la postface.
Si je suis une âme sensible : si l’on est très sensible aux descriptions médico-légales ou aux violences physiques, certaines scènes peuvent être dérangeantes.
