Informations
Titre : Bouts de ficelles
Auteur : Jacques Vazeille
Éditeur : L’Harmattan
Nombre de pages : 88 pages
Formats et prix : broché 13 € / numérique 9.99 €
Date de publication : 5 mars 2026
Genre : nouvelles
Résumé
C’est pratique les bouts de ficelles. Ça sert toujours. Il y en a de toutes les longueurs, de toutes les couleurs. Fines, torsadées, nouées, grosses ficelles, en pelote… On peut les attacher, les enrouler… on les conserve dans un tiroir… et un jour, un petit bout de ficelle nous tire d’embarras.
Les histoires de ce recueil sont un peu comme des petits bouts de ficelles. Certains les aimeraient plus longues.
Qu’à cela ne tienne. Chacun peut ajouter son brin.
Je commence, vous continuerez : Bout de ficelle, sel de table, tableau noir…
Mon avis
Un recueil de nouvelles qui joue avec nos attentes
Avec « Bouts de ficelles », Jacques Vazeille propose un objet littéraire à part. Ici, pas de grande fresque romanesque ni de récit linéaire : le livre rassemble 21 nouvelles courtes, presque comme des éclats, des fragments de vie ou de pensée. Il invite à une lecture active, où l’imagination du lecteur est constamment sollicitée.
Et c’est justement là que réside toute sa singularité.
L’auteur joue avec une idée simple mais évocatrice : chaque texte est un « bout de ficelle », une amorce, un point de départ. À partir de quelques mots, d’une situation, il tisse des histoires ouvertes, parfois déroutantes, souvent inachevées… volontairement.
Des bouts d’histoires… qui ne le sont pas toujours
Au premier abord, chaque nouvelle semble indépendante, construite autour d’une idée simple. Le format est court, parfois très court, et donne cette impression de fragments, de petites esquisses narratives.
On se prépare alors à une lecture faite de ruptures, où chaque histoire s’arrête presque brutalement.
Et pourtant…
Une continuité inattendue qui change tout
C’est là que le recueil révèle toute sa subtilité.
À plusieurs reprises, je me suis résignée à quitter des personnages, parfois à regret, avec ce sentiment frustrant de ne pas en avoir assez vu, pas assez su. Puis, en tournant la page, une surprise : l’histoire continue.
Sans annonce, sans transition évidente, Jacques Vazeille reprend un fil narratif là où on pensait qu’il s’était arrêté. Une nouvelle devient alors la prolongation de la précédente.
Et là, tout change. Parce que ce qui ressemblait à des fragments devient peu à peu une toile, ce qui semblait frustrant devient finalement satisfaisant et ce qui paraissait décousu prend du sens.
Cette construction est particulièrement réussie, car elle joue avec les attentes du lecteur. On pense refermer une porte… mais une autre s’ouvre, sur le même univers, les mêmes personnages.
C’est une excellente surprise et clairement l’un des points les plus marquants du recueil.
« Aujourd’hui, bignole, c’est mon métier. On pourrait dire aussi, pipelette, princesse des escaliers, grande prêtresse des boîtes aux lettres, ou encore cheffe de l’orchestre des poubelles…on m’appelle aussi concierge.. »
Une lecture participative et intelligente
Au-delà de cette continuité cachée, « Bouts de ficelles » repose sur une idée forte : le lecteur n’est pas passif.
Jacques Vazeille laisse volontairement des zones d’ombre, où chaque nouvelle agit comme une impulsion, une amorce. Au lecteur d’imaginer la suite, de combler les vides, d’interpréter.
C’est une lecture qui demande un peu d’implication, mais qui se révèle très stimulante.
Une écriture au service de l’idée
La plume est épurée, directe, sans fioritures. Cette simplicité rend le recueil accessible, fluide et facile à picorer
Mais elle peut aussi donner une impression de légèreté sur certains textes. Tout repose finalement sur les idées et sur la construction globale, plus que sur une recherche stylistique poussée.
« Le jour s’est levé. Moi aussi, pas bien frais. Aujourd’hui c’est ma première danse…et peut-être bien la dernière. Je jette un œil par la fenêtre. Il est déjà là. Tout le monde l’évite, fait semblant de ne pas le voir. Je m’habille. J’ajuste le colt à ma ceinture. »
Ce que j’ai ressenti
Ce recueil m’a un peu déstabilisée au départ. J’avais cette sensation de rester sur le seuil des histoires, de ne faire qu’y entrer avant qu’on ne m’en retire. Une frustration réelle, presque répétitive, à devoir quitter trop vite des personnages que je commençais à peine à apprivoiser.
Et puis, progressivement, quelque chose s’est inversé.
Quand certaines nouvelles se prolongent sans prévenir, j’ai ressenti une vraie surprise, presque un petit plaisir complice. Comme si l’auteur me faisait un clin d’œil : « Tu croyais que c’était fini ? Pas encore ». Retrouver ces personnages, replonger dans leur histoire, c’est venu adoucir cette frustration initiale, et même lui donner du sens.
Ce fonctionnement m’a d’ailleurs fait penser à « Trois petits chats », cette comptine qu’on chantait dans la cour de récréation. Chaque mot en entraîne un autre, chaque idée rebondit sur la précédente, créant une sorte de chaîne inattendue. Et c’est exactement ce que j’ai ressenti ici : une succession d’histoires qui s’accrochent entre elles, parfois là où on ne les attend pas.
Au fil des pages, je me suis laissée prendre au jeu. J’ai accepté de ne pas tout maîtriser, de ne pas tout comprendre immédiatement. Et c’est là que la lecture devient intéressante : dans cet équilibre entre manque et satisfaction, entre frustration et récompense.
Au final, je ressors avec un sentiment assez rare : celui d’avoir été un peu bousculée dans mes habitudes de lecture, mais aussi agréablement surprise par l’intelligence de la construction.
À qui s’adresse « Bouts de ficelles » ?
Ce recueil plaira particulièrement si vous aimez :
- les nouvelles courtes et originales
- les livres qui cassent les codes traditionnels
- les lectures où il faut réfléchir et interpréter
- les constructions narratives un peu atypiques
« Bouts de ficelles » est un recueil malin, surprenant, qui ne se livre pas immédiatement.
Ce qui pourrait apparaître comme un défaut (des histoires trop courtes) devient finalement une force grâce à cette continuité inattendue entre certaines nouvelles.
Jacques Vazeille réussit à créer un jeu avec son lecteur, une ficelle invisible que l’on prend plaisir à suivre… sans toujours savoir où elle va nous mener.
Une lecture originale, qui demande d’accepter de lâcher prise, mais qui réserve de belles surprises.
« Miraculeusement, c’est à cette époque que sa vie a basculé. Chose incroyable, il a rencontré cette belle Marguerite et il lui a plu. Ils ont commencé à se voir de temps en temps, puis de plus en plus souvent, et ils ne se sont plus quittés. »
Je remercie Jacques et les Editions L’Harmattan pour cette lecture.

En bref…
Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : pour découvrir un recueil de nouvelles différent, basé sur un concept original et sortir de mes habitudes de lecture.
Auteur connu : retrouvez la page du blog où vous pourrez lire tous les articles et chroniques des romans de Jacques Vazeille.
Émotions ressenties lors de la lecture : curiosité, frustration, surprise, satisfaction, intrigue, plaisir.
Ce que j’ai moins aimé : légère frustration au début, par rapport au format nouvelles.
Les plus : le concept original, l’effet de surprise, participation active du lecteur, la plume.
Si je suis une âme sensible : RAS
