« Le dernier festin des vaincus » d’Estelle THARREAU

sonia boulimique des livres

Titre : Le dernier festin des vaincus

Auteur : Estelle Tharreau

Éditeur : Taurnada

Nombre de pages : 250 pages

Formats et prix : poche 9.90 € / numérique 7.99 €

Date de publication : 2 novembre 2023

Genre : thriller

blog littéraire

Un soir de réveillon, Naomi Shehaan disparaît de la réserve indienne de Meshkanau.
Dans une région minée par la corruption, le racisme, la violence et la misère, un jeune flic, Logan Robertson, tente de briser l’omerta qui entoure cette affaire. Il est rejoint par Nathan et Alice qui, en renouant avec leur passé, plongent dans l’enfer de ce dernier jalon avant la toundra.
Un thriller dur qui éclaire sur les violences intracommunautaires et les traumatismes liés aux pensionnats indiens, dont les femmes sont les premières victimes.
« Au Canada, une autochtone a dix fois plus de risque de se faire assassiner qu’une autre femme. »

chroniques littéraires

Un thriller riche qui nous entraîne dans les méandres de la psychologie humaine.

Pour cette nouvelle intrigue, Estelle plante son récit dans un décor froid, dur, implacable. Bienvenue dans le Grand Nord, au Canada. Sa ville, Pointe-Carlier, sa réserve indienne, Meshkanau. Un programme économique est en projet et va bientôt sortir de terre : une gigantesque scierie desservie directement par une autoroute. Même si cela aura pour conséquences la destruction des territoires de chasse des autochtones. Mais qu’importe.

Naomi Shehaan, seize ans, disparaît le soir du réveillon du jour de l’An. Sa mère Michèle, alcoolique à ses heures perdues, ne s’inquiète pas outre mesure. La jeune fille a déjà fugué dans le passé. Personne ne fait cas de cette disparition, il faut préciser que Naomi fait partie de la communauté innue, ce peuple local. Naomi aurait été blanche, des recherches plus poussées auraient été menées et les médias se seraient emparés de l’affaire.

Marie Fontaine, animatrice à la radio locale, Alice Tremblay, Nathan Lebel, tous les deux étudiants et Logan Robertson, flic, sont les seuls à tenter de retrouver Naomi. Peu à peu nous découvrons qui ils sont, les secrets qu’ils tentent de dissimuler aussi bien aux autres qu’à eux-mêmes. En se servant de son émission radio, Marie va donner un coup de pied à la fourmilière et réveiller de vieilles haines que tous croyaient enfuies à jamais. Alice, innue, fait tout pour gommer sa différence avec les Blancs, méprisant ses origines et sa famille. Nathan, lui, est farouchement opposé au projet de la scierie. Logan ira à l’encontre des ordres de sa hiérarchie, refusant de classer l’affaire Naomi au plus vite, au détriment de l’enquête.Toutes et tous ont des convictions fortes et sont déterminés à les défendre jusqu’au bout. Y compris à dénoncer des disparitions et des violences faites aux femmes innues.

« Elle prenait des allures de croquemitaine, de fantôme que tout le monde connaît et craint, mais que personne ne saurait décrire. »

Estelle pointe le doigt sur les différences sociales et la vie dans les réserves indiennes. La pauvreté est omniprésente, l’alcool et la drogue pouvant devenir très vite les meilleurs amis de chacun.

L’objectif du gouvernement en créant ces réserves étant d’obliger les autochtones à se sédentariser. Les innus sont scolarisés dans des pensionnats, dont le seul but est d’endoctriner culturellement les enfants, hors du foyer familial, afin de leur inculquer une identité blanche. Dans « Le dernier festin des vaincus », ce fut le cas de Michèle et de son frère Peter. L’occasion pour le lecteur d’obtenir un témoignage poignant et déstabilisant de ce mode éducatif, dont les séquelles psychologiques sont terribles et expliquent bien des comportements. J’ai été choquée et terrifiée. Comment est-ce possible ? Les sévices physiques, psychologiques et sexuels sont quotidiens dans ces établissements.

Estelle mêle la fiction à la réalité et transporte son lecteur dans un lieu oppressant où la loi du plus fort prime sur le reste. Où le racisme, la corruption et les violences intracommunautaires font partie du quotidien. Une lecture bouleversante, une plume nette, incisive et riche. Des chapitres courts, un rythme rapide, et une disparition qui nous sert de fil conducteur pour découvrir tout un pan de l’histoire du Canada.

Un jeune mâle caribou, vénéré par les innus, est le témoin privilégié de tout ce qui se passe sur son territoire. Nous le retrouvons au début et à la fin du roman, lors des moments les plus terribles de certaines âmes. L’occasion de toucher du doigt le côté spirituel des croyances innus, où toute chose et toute personne a sa place et s’inscrit dans un cycle perpétuel : la naissance, la joie, la douleur et la mort.

« Le dernier festin des vaincus » est bien plus qu’un thriller. Sa lecture s’est révélée bouleversante et enrichissante. Je vous la conseille vivement !

« Seule sur des chaises ou des bancs, elle avait passé ses études en espérant s’en sortir sans faire de bruit pour qu’enfin on ne la voie plus, qu’on l’oublie. Ne plus lire sa différence dans les yeux des autres. Ne plus être jugée. Ne plus se sentir paria en ce monde. »

Je remercie les Éditions Taurnada pour cette lecture.

#Ledernierfestindesvaincus    #EstelleTharreau    #Taurnada

Le dernier festin des vaincus

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Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : Estelle tout simplement ! Elle fait partie de ma liste d’auteurs à suivre, avec lesquels je suis assurée de passer un très bon moment de lecture.

Auteur connu : j’ai lu de nombreux romans d’Estelle. Je vous laisse le lien de la page du blog où vous retrouverez tous mes retours lecture.

Émotions ressenties lors de la lecture : passionnée par le sujet, j’ai été étonnée, puis, révoltée. J’ai ressenti également beaucoup d’inquiétude, de peur, de pessimisme, et une belle dose d’effroi lors des passages dans le pensionnat.

Ce que j’ai moins aimé : RAS

Les plus : la richesse et l’originalité du sujet, le gros travail de documentation, la plume, les personnages. 

Si je suis une âme sensible : RAS

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Une réflexion sur “« Le dernier festin des vaincus » d’Estelle THARREAU

  1. Coucou Sonia je viens de terminer ce livre c’est noir mais j’aime ce lieu, impossible de ne pas penser à Olivier Truc. Un livre qu’il faut lire. Bon week-end à toi. Bolla

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