Informations
Titre : Apnée
Auteur : Sonja Delzongle
Éditeur : Fleuve Noir
Nombre de pages : 544 pages
Formats et prix : broché 22.90 € / numérique 9.99 €
Date de publication : 6 février 2025
Genre : thriller
Résumé
Sur les bords de la mer Rouge, en Égypte, Lukas Berger s’élance pour battre le record du monde d’apnée, un moment auquel ce jeune prodige s’est préparé toute sa vie. Devant lui s’ouvre le Blue Hole, un gouffre mythique réputé pour sa beauté autant que pour sa dangerosité.
Lukas n’en remontera pas. Il disparaît purement et simplement, comme si le gouffre l’avait absorbé. A-t-il dérivé ? A-t-il eu un malaise qui l’a entraîné vers le fond ? Mais alors pourquoi sa montre est-elle accrochée au câble qui le reliait à la surface ?
Quand, peu après, le corps mutilé d’un autre plongeur est découvert dans les profondeurs, cette fois la femme de Lukas en est persuadée : il ne s’agit pas d’un accident. Et chercher la vérité va faire émerger de bien sombres histoires…
Mon avis
Un plongeon dans les abysses du mystère et de la beauté.
Certaines lectures ne se contentent pas de nous emporter : elles nous immergent, nous happent dans un univers dont il est difficile de remonter à la surface. C’est exactement l’effet qu’a eu « Apnée » sur moi. Dès les premières pages, j’ai ressenti cette fascination pour l’immensité bleue qui m’avait captivé lorsque j’allais voir « Le Grand Bleu » au cinéma, ce vertige face à l’immensité de l’océan, cette beauté hypnotique qui cache en son sein un danger insidieux.
Ici, cette ambiance est sublimée par une intrigue haletante et un cadre aussi sublime que mortel : le Blue Hole, gouffre mythique de la mer Rouge, ce trou bleu, fascinant et redouté, est lieu de légende dans le monde de la plongée. Un lieu où certains voient une porte vers l’infini, tandis que d’autres y laissent leur vie.
Ce roman explore un univers peu traité (voire jamais) dans le thriller : la compétition d’apnée, un sport extrême où la moindre erreur peut être fatale, où la rivalité ne se joue pas seulement contre les autres, mais aussi et surtout. Ce n’est pas qu’un sport, c’est un art, une philosophie… mais aussi une lutte constante contre les limites humaines.
Lukas Berger, jeune prodige de l’apnée, s’élance dans le Blue Hole pour battre un record qui pourrait marquer l’histoire. Mais sa tentative prend une tournure tragique : Lukas disparaît, littéralement englouti par le gouffre. Son corps ne remonte pas. A-t-il été victime d’un simple accident, ou est-ce quelque chose de plus sinistre ? Pourquoi retrouve-t-on sa montre accrochée au câble de sécurité ?
Quelques jours plus tard, un autre plongeur est découvert atrocement mutilé dans les abysses, confirmant que ces disparitions ne sont pas le fruit du hasard. Cela ouvre la voie à une enquête complexe qui mêle les secrets personnels, les rivalités du monde de l’apnée et les dangers insoupçonnés des profondeurs.
Le Blue Hole s’impose comme un personnage à part entière, à la fois sublime et terrifiant. Les descriptions de Sonja capturent à merveille l’ambivalence de cet endroit : une beauté à couper le souffle, mais aussi un danger omniprésent, comme si l’océan lui-même était un prédateur.
Dans ce milieu ultra-exigeant, les records se battent à coups de secondes, et chaque descente est un bras de fer avec la mort. Le corps souffre, le cerveau manque d’oxygène, la frontière entre l’ivresse et la perte de contrôle est infime. Les champions d’apnée flirtent avec cet état second, où la conscience vacille, où l’on danse avec ses propres démons dans le silence abyssal. Sonja décrit avec brio ce monde où la gloire se mesure en mètres et en minutes et où l’échec signifie parfois la mort. Et lorsque les enjeux dépassent le simple sport, que des intérêts extérieurs s’en mêlent, la pression devient insoutenable. Jusqu’où est-on prêt à aller pour être le meilleur ?
« De la plateforme flottante sur laquelle il est assis, concentré à l’extrême, Lukas bascule de tout son poids dans l’œil sombre et froid du Blue Hole, le corps tendu comme une arbalète, se servant de la gravité qui, peu à peu, diminuera, afin de descendre le plus rapidement possible. Un record en apnée ne tient pas seulement à la profondeur atteinte mais aussi au temps de parcours. Dès le premier contact avec l’eau, chaque seconde devient aussi précieuse qu’un diamant. »
On retrouve Hanah Baxter, personnage emblématique des premiers romans de Sonja. Toutefois, elle demeure en retrait cette fois-ci, laissant l’enquête entre les mains d’Albane, une détective privée engagée par l’un des protagonistes.
Sonja joue avec les nerfs du lecteur. Les rebondissements sont nombreux, mais toujours crédibles. Un bon point pour le retournement de situation survenant au quart du roman. À chaque nouvelle révélation, le lecteur est forcé de revoir ses hypothèses. L’auteure parvient également à ancrer son récit dans une réalité troublante, celle des records à tout prix, des dangers sous-estimés de la plongée extrême, mais aussi des enjeux environnementaux et humains qui se jouent en mer.
« Lukas longera le filin, sa ligne de vie, pieds nus, tête la première vers le néant, là où meurt la lumière. Là où c’est à l’intérieur de soi qu’il faut la chercher. »
« Apnée » n’est pas qu’un thriller captivant ; c’est aussi une réflexion sur les limites que l’homme s’impose ou cherche à repousser. Pourquoi certains cherchent-ils à aller toujours plus loin, toujours plus profond, au risque de tout perdre ? À travers Lukas et les autres personnages, Sonja interroge cette quête de dépassement, cet appel de l’absolu qui pousse certains à défier l’impossible, quitte à y laisser leur vie. Loin de tout jugement, elle dépeint avec finesse la dualité de cette ambition : la grandeur qu’elle incarne et les drames qu’elle peut engendrer.
Sonja explore aussi la manière dont l’homme tente de dompter un élément qui lui est naturellement hostile. L’apnée est une discipline fascinante, mais cruelle : elle récompense les plus résistants, mais ne pardonne aucune erreur.
La plume de Sonja est une plongée sensorielle et hypnotique. Elle nous fait ressentir physiquement l’immersion, le froid qui mord la peau, la pression qui s’accentue sur les tempes, le silence absolu des profondeurs. Et elle capte cette étrange sérénité qui envahit les apnéistes au fil de leur descente, cette osmose entre le corps et l’eau, ce moment suspendu où tout devient calme… avant que la panique ne menace. Elle alterne entre contemplation et urgence, entre fascination et angoisse.
« Apnée » est un roman qui se lit d’une traite, tant l’histoire est captivante et l’atmosphère envoûtante. Sonja réussit le pari de conjuguer suspense, poésie et profondeur émotionnelle. Pour moi, cette lecture a eu la capacité à réveiller en moi cette fascination pour l’immensité et les mystères de la mer.
Si vous avez aimé « Le Grand Bleu », ou si vous cherchez un thriller original et immersif, prenez une grande inspiration et plongez sans hésiter dans « Apnée ». Mais attention : vous risquez de ne pas vouloir revenir à la surface.
« Araignée ou mite, laquelle correspond le mieux à celle qui l’a enfantée ? Claire hésite. Quoi qu’il en soit, un être obscurité et d’invisibilité. Un être de néant. Et le néant avale tout, absorbe tout. C’est un trou noir dans lequel disparaît toute forme de vie. Un gouffre mortel. »
Je remercie NetGalley et Fleuve Noir pour cette lecture.
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En bref…
Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : l’auteure, et cette couverture sublime. Pas besoin de lire le résumé d’un livre de Sonja, je sais d’emblée que je vais passer un excellent moment de lecture.
Auteur connu : retrouvez ici tous les articles relatifs aux romans de Sonja. La dernière rencontre avec cette auteure que je suis depuis ses débuts avait eu lieu l’an dernier à la Librairie de Paris.

Émotions ressenties lors de la lecture : oppression, fascination, angoisse, tristesse, frustration, mais aussi une étrange sérénité, un calme absolu.
Ce que j’ai moins aimé : RAS
Les plus : l’univers fascinant et original, l’ambiance, les rebondissements, la plume, les thématiques.
Si je suis une âme sensible : quelques scènes peuvent heurter les plus sensibles.

Je suis en plein dedans !
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