« Memento Vivere » d’Ismaël LEMONNIER

Informations 

Titre : Memento Vivere

Auteur : Ismaël Lemonnier

Éditeur : Taurnada

Nombre de pages : 384 pages

Formats et prix : broché 11.90 € / numérique 7.99 €

Date de publication : 12 juin 2025

Genre : thriller

Résumé

Et si la vérité était au-delà du supportable ?
Une enquête qui, très vite, va se transformer en compte à rebours.

Vitry-sur-Seine. Un bébé est retrouvé mort dans la cuvette des toilettes d’un bar sordide.
Lucien, un flic psychorigide et proche de la retraite, et Anaïs, dernière recrue au look provocateur et au comportement borderline, sont appelés sur cette scène de crime pour le moins singulière, le genre d’affaire que personne ne convoite.
Découvrant que le fœtus a été génétiquement modifié, les deux enquêteurs devront mettre de côté leurs différends et plonger dans les abysses de la folie humaine.
En parallèle, un individu sème la terreur dans la ville avec son chien-loup en laissant derrière lui des cadavres.
Et si les deux affaires étaient liées ?

Mon avis

Un thriller déjanté, intelligent, et profondément humain.

Dès les premiers chapitres, « Memento vivere » donne le ton : un nourrisson retrouvé mort dans les toilettes d’un bar miteux à Vitry-sur-Seine, une scène de crime dérangeante et deux flics qu’on n’aurait jamais pensé associer ensemble : Lucien, vieux briscard psychorigide au bord de la retraite, et Anaïs, nouvelle recrue au comportement instable, au look provoc’ et à la répartie cinglante. Une enquête peu reluisante au départ… et pourtant, c’est une bombe à retardement qui vient d’exploser.

Une intrigue captivante, aux frontières de l’éthique médicale

Ce qui m’a tout de suite happée dans ce roman, c’est son intrigue autour de la manipulation génétique. Je suis toujours très attirée par les thématiques médicales, et ici, l’auteur mêle avec brio le polar noir et la biologie avancée. Lorsque l’on découvre que le fœtus a été génétiquement modifié, l’enquête prend une autre ampleur, bien plus vertigineuse (et moi, j’ai des paillettes dans les yeux !).

Et ce n’est pas juste une accroche pseudo-scientifique : la rigueur des éléments médicaux et biologiques est bluffante et parfaitement intégrée au récit. Un exemple ? Ce passage sur la méthylation de l’ADN, qui permet de dater l’âge d’un individu en observant les résidus chimiques qui s’accumulent au fil des années : une vulgarisation réussie, ni trop technique ni simpliste, qui donne au roman un ancrage scientifique crédible.

« L’ADN que l’on a retrouvé (…) nous permet aussi de connaître son âge avec une marge d’erreur assez limitée. C’est grâce à la méthylation. C’est un procédé qui se base sur la modification chimique de l’ADN. Tu vois, au cours de notre vie, notre ADN vieillit et, chimiquement, il se charge de microrésidus, ce que l’on appelle la méthylation, qui s’accrochent tout au long de notre existence, permettant ainsi une datation assez précise selon l’évolution ou la cible de ces résidus. »

On plonge ainsi dans les dérives de la science, dans ce qu’elle peut avoir de fascinant mais aussi de terrifiant. Les questions éthiques sont omniprésentes, mais jamais assénées comme des leçons : elles surgissent naturellement de l’enquête, de ses rebondissements et surtout des personnages eux-mêmes.

Deux affaires, une seule folie ?

En parallèle, un autre mystère plane : un homme rôde dans la ville avec un chien-loup et sème des cadavres derrière lui. Il y a là quelque chose d’instinctif, presque animal, qui contraste avec la froideur clinique de la manipulation génétique.

Au fil des chapitres, les deux affaires se frôlent, se répondent, jusqu’à s’emboîter de manière glaçante. Et c’est là que le roman excelle : dans sa capacité à tisser un fil rouge entre le monstrueux et le tragiquement humain, entre la science et la folie, entre l’humour et l’effroi.

Un duo explosif : Lucien & Anaïs

Un des énormes points forts du roman, c’est le duo formé par les deux enquêteurs. Lucien, avec sa raideur, sa pudeur, sa lassitude… Il est parfois agaçant, souvent attendrissant. Il semble figé dans le passé, jusqu’à ce que le lecteur découvre son histoire personnelle dans un final bouleversant, qui m’a tout simplement fait pleurer. Ce qu’il cache, ce qu’il endure en silence, donne au personnage une profondeur inattendue.

Et Anaïs, oh Anaïs ! Quel personnage ! Exubérante, incontrôlable, sarcastique, et surtout drôlissime. À plusieurs reprises, elle m’a fait éclater de rire. La course-poursuite en voiture ? Un moment complètement barré, inoubliable. J’ai adoré cette liberté dans le ton, ce refus de se prendre au sérieux malgré la gravité de l’enquête. Anaïs, c’est une femme instable, sensible, en décalage, qui n’obéit à aucun code, n’entre dans aucun moule, et que j’ai trouvée extrêmement touchante. 

Elle m’a littéralement conquise. J’ai ressenti un vrai attachement personnel à Anaïs. Je me suis reconnue en elle à plusieurs reprises, notamment dans son addiction au sucre (les amateurs de douceurs se reconnaîtront !)

« Le sucre était pour elle comme une drogue. Si elle n’avait pas sa dose, cela pouvait tourner très vite à l’obsession. Elle ne pensait plus qu’à ça, le manque parasitant les cellules de son cerveau, court-circuitant toute réflexion. »

La dynamique entre ces deux-là, c’est du feu et de la glace. Ça clashe, ça explose, ça s’apprivoise peu à peu, et surtout, ça fonctionne à merveille. Leur relation évolue subtilement, sans jamais tomber dans la caricature ou l’attendu. Croyez-moi, c’est un vrai bonheur à suivre.

« Sur le chemin, le regard des passants s’attardaient sur ce couple improbable : une adolescente sortie tout droit d’un manga et un grabataire en chemise en flanelle et chaussures bateau. « Sûrement encore un mec qui a du pognon et qui roule en Porsche », murmura un des flâneurs à sa femme, avec une pointe de jalousie.

S’il savait… »

Un thriller nerveux, drôle et percutant

La plume d’Ismaël est à l’image de son intrigue : rythmée, visuelle, et pleine de mordant. L’auteur n’hésite pas à balancer des scènes aussi intenses qu’absurdes et franchement, la course-poursuite en voiture vers la fin est un moment d’anthologie ! J’ai ri à gorge déployée, complètement emportée par ce chaos maîtrisé.

Ce mélange des genres, entre polar, anticipation médicale et comédie noire, fonctionne étonnamment bien. Le récit est ébouriffant, parfois barré, souvent grinçant, mais toujours profondément humain. Et puis, au-delà du rire, il y a aussi cette fin bouleversante, qui nous prend par surprise. On comprend enfin ce que cache Lucien, et là… le masque tombe. C’est touchant, vrai. Et ça donne une toute autre dimension à l’histoire.

C’est rare de lire un thriller aussi original, aussi libre. Je suis passée non loin du coup de cœur (peut-être à cause de quelques longueurs dans le milieu), je garde de cette lecture une impression extrêmement positive. L’auteur réussit à allier le fond (des sujets de société cruciaux) et la forme (un style vif, drôle, parfois acide) avec une grande intelligence.

En conclusion

« Memento vivere » est un roman dense, drôle, intelligent et émouvant, porté par un duo de choc que je nuis pas près d’oublier (mention spéciale à Anaïs, mon héroïne sucrée et sans filtre) et une intrigue qui interroge sans jamais ennuyer.

J’ai adoré l’énergie, l’humour noir, la tension constante et la profondeur émotionnelle qui surgit là où on ne l’attendait pas. Un vrai tour de force.

Un thriller hybride, à la croisée des genres, qui m’a fait rire, réfléchir et pleurer, que je ne peux que vous recommander !

« Elle semblait aussi imprévisible que la date de la fin du monde. Et il détestait infiniment l’imprévisibilité. Mon Dieu, qu’est-ce que j’ai fait pour mériter un tel châtiment ? »

Un grand merci aux Editions Taurnada pour cette lecture.

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En bref…

Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : je suis attirée par tout ce qui touche au domaine médical et le résumé parlait de manipulation génétique. Je ne pouvais pas passer à côté !

Auteur connu : « Memento vivere » est le troisième roman d’Ismaël. Inutile de vous préciser qu’il tombe directement dans ma liste d’auteurs à suivre !

Émotions ressenties lors de la lecture : angoisse, tension, fascination, empathie, attachement, rire, envie, curiosité. 

Ce que j’ai moins aimé : quelques longueurs mais je pinaille…

Les plus : le duo de personnages, l’humour, le thème, l’originalité de l’intrigue, la plume, les émotions, la fin.

Si je suis une âme sensible : ce n’est pas un roman à mettre entre toutes les mains. Certaines scènes sont dures, voire choquantes.

 

7 réflexions sur “« Memento Vivere » d’Ismaël LEMONNIER

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