« Capillarités » d’Hélène CARBONNEL

Informations 

Titre : Capillarités

Auteur : Hélène Carbonnel

Éditeur : Double ponctuation

Nombre de pages : 150 pages

Formats et prix : broché 16 € 

Date de publication : 25 mars 2025

Genre : essai

Résumé

Pendant un an, Hélène Carbonnel est devenue assistante coiffeuse dans un salon parisien. Prenant la forme d’un « shag », de cheveux longs très lisses ou d’un « razor mullet », nos coiffures dessinent un modèle de femme conforme, qui se décline en plusieurs coupes mais qui ne doit pas franchir certaines limites capillaires. À travers le regard souvent tendre qu’elle pose sur des clientes ou sur ses collègues, l’autrice observe avec humour la manière dont le patriarcat s’insinue en nous – par capillarité. De la racine à la pointe, elle explore quelques stratégies pour en déjouer les mécanismes. La dimension littéraire et autobiographique, ainsi que la mobilisation de nombreuses sources (légères ou plus sérieuses) rendent cet ouvrage très agréable à lire. Il révèle à la fois les normes qui pèsent sur nous tout en témoignant de l’importance de ces moments où l’on prend soin de soi.

Mon avis

Quel est le point commun entre le féminisme et une coupe de cheveux ?

À première vue, rien. Et pourtant… »Capillarités » est un essai aussi inattendu que passionnant. Pendant un an, Hélène Carbonnel a endossé le tablier d’assistante coiffeuse dans un salon parisien. De cette expérience immersive, elle tire une réflexion à la fois intime, sociale et politique sur nos cheveux… et ce qu’ils disent de nous.

Une plongée au cœur du salon

Derrière les bacs à shampoing, les coups de ciseaux, les brushings ou les balayages, se cache un monde de normes et de symboles. Hélène nous invite dans les coulisses d’un salon de coiffure, espace apparemment anodin mais profondément révélateur. Elle y observe avec acuité les corps et les postures, les paroles échangées, les regards et surtout les demandes des clientes : des coupes qui ne doivent pas trop changer, pas trop choquer, qui doivent rentrer dans le cadre. Comme si les ciseaux ne devaient jamais trop trancher avec les attentes sociales.

À travers des portraits tendres ou caustiques de clientes et de collègues, Hélène dresse un inventaire sensible et souvent drôle de ce qui se joue dans ces instants de transformation. Elle capte l’intime tout autant que l’implicite : la pression sociale, les canons de beauté, la peur d’oser, le regard des autres et bien sûr celui des hommes. Elle met en lumière la manière dont le patriarcat s’immisce dans les détails, jusqu’au bout des pointes.

Le politique dans le capillaire

« Capillarités » démontre que le cheveu n’est jamais neutre. Il est codé, normé, surveillé. Une frange trop courte, une nuque rasée, une couleur trop vive et c’est tout un système qui réagit, s’inquiète ou juge. Hélène mobilise des références variées, allant de la culture pop aux travaux de sociologie et de philosophie, pour décrypter ces mécanismes d’adhésion (ou de résistance) aux injonctions de genre.

Le terme capillarités n’est pas choisi au hasard : il évoque cette manière insidieuse et diffuse dont les normes s’infiltrent en nous, souvent sans qu’on s’en rende compte. Mais il suggère aussi qu’il est possible de les faire circuler autrement, de les détourner, de les subvertir. Une mèche rebelle, une coupe qui ne plaît qu’à soi, un effilage inattendu deviennent alors des gestes de résistance douce.

« Le fait de porter le cheveu gris ou blanc exige une certaine dose de confiance. Là encore, c’est une manière d’être « différente » au sens employé par Bahissé : revendiquer sa singularité. Aux injonctions racistes et sexistes qui pèsent sur les femmes s’ajoute l’âgisme. »

Hélène montre que même le choix de ne pas teindre ses cheveux devient un acte de revendication. Refuser de masquer les signes du temps, c’est s’affirmer dans une société où les femmes sont constamment sommées de paraître jeunes, séduisantes et discrètes. À ces injonctions sexistes s’ajoutent des attentes racistes et âgistes, qui pèsent encore plus lourdement sur certaines femmes. Revendiquer ses cheveux blancs, c’est assumer sa singularité et s’affranchir des normes dominantes. Un geste capillaire, donc, mais profondément politique.

Un essai hybride et réjouissant

Ce qui rend ce livre particulièrement agréable, c’est sa forme hybride. Il mêle avec brio le récit autobiographique, l’enquête de terrain et l’analyse féministe. La plume est vive, souvent drôle. On sent qu’Hélène écrit avec ses yeux, ses mains, ses souvenirs et ses lectures. Elle partage des anecdotes personnelles touchantes. Et même si certains passages sont plus théoriques, le style reste fluide et accessible, comme une conversation bien menée entre amies.

Prendre soin de soi, c’est aussi penser à soi

« Capillarités » célèbre aussi ces moments précieux où l’on prend soin de soi. Aller chez le coiffeur, ce n’est pas seulement céder à une norme ou à une mode, c’est aussi, parfois, s’écouter, s’affirmer, se réinventer. Hélène rend hommage à cette ambivalence sans la juger. Elle n’oppose pas les femmes qui se conforment à celles qui résistent, elle observe, elle questionne, elle nuance. Et c’est précisément ce regard sans surplomb, à la fois bienveillant et critique, qui rend la lecture si riche.

Mon ressenti de lecture

J’ai refermé « Capillarités » avec le sentiment d’avoir lu un essai à la fois intelligent, accessible et profondément ancré dans le réel. Hélène m’a invitée à poser un nouveau regard sur un geste aussi quotidien qu’aller chez le coiffeur. Page après page, j’ai pris conscience de toutes ces petites injonctions invisibles qui pèsent sur nous, souvent à notre insu. J’ai aussi beaucoup apprécié le ton de l’autrice : jamais moralisateur, toujours nuancé, avec une pointe d’humour qui rend la lecture très fluide. Enfin, ce livre m’a donné envie de réfléchir différemment à mes propres choix capillaires et à ce qu’ils disent (ou ne disent pas) de moi. Une lecture aussi enrichissante qu’émancipatrice.

En résumé

« Capillarités » est un essai original, qui part d’un sujet en apparence léger pour explorer des questions de fond sur l’identité, le corps, les normes sociales et le féminisme. Hélène réussit le pari de faire coexister humour, érudition et émotion dans un texte sensible et engagé. Un livre qui nous fait réfléchir… en sortant de chez le coiffeur.

Je vous conseille cette lecture si vous aimez les essais féministes accessibles et incarnés, les regards décalés sur le quotidien, ou si vous vous êtes déjà demandé pourquoi vous n’osiez pas (encore) cette coupe que vous rêvez de faire depuis des années.

Je remercie les Editions Double Ponctuation pour cette lecture.

« La laideur s’apparente à une maladie, un handicap, une malformation, et porte en elle quelque chose de l’ordre du manque d’authenticité : un écart entre l’être et ce qu’il devrait être. »

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En bref…

Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : la curiosité. En effet, le sujet m’intriguait énormément : qu’est-ce que les cheveux peuvent nous dire sur la place des femmes dans la société ? 

Auteur connu : je ne connaissais pas du tout Hélène avant cette lecture. Autrice de podcast, « Capillarités » est son premier livre.  

Émotions ressenties lors de la lecture : intérêt, curiosité, colère, joie, apaisement.

Ce que j’ai moins aimé : RAS

Les plus : le sujet, la manière originale dont il est traité, la réflexion, les références, la plume.

Si je suis une âme sensible : pas d’inquiétude, le ton est léger. De quoi nourrir sa réflexion personnelle en douceur.

5 réflexions sur “« Capillarités » d’Hélène CARBONNEL

    1. Coucou 🌞 Je suis ravie qu’il te tente ! Hâte de savoir ce que tu en penseras ✨ Et merci pour le chat, il adore faire le beau quand il sent que c’est pour un livre (enfin, c’est ce que j’essaye de me persuader car il a un caractère de cochon)😉😻. Passe un bon week end.

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