La note parfaite existe-t-elle ? Réflexion sur la notation des livres

Coucou la Book Team, que l’on soit lecteur passionné, blogueur littéraire ou simple curieux, difficile d’échapper aux fameuses étoiles et aux notes chiffrées sur Babélio, Goodreads ou Amazon. Véritables boussoles pour certains, gadgets sans intérêt pour d’autres, ces notes façonnent pourtant la perception d’un livre avant même qu’on ouvre la première page. Mais que valent-elles vraiment ? Et pourquoi la note de 3/5, en particulier, suscite-t-elle tant de malentendus ?

Sur Babélio ou Goodreads, les notes façonnent la réputation d’un livre. Un roman fraîchement sorti avec plusieurs 5 étoiles se retrouve propulsé dans les recommandations. À l’inverse, quelques notes plus basses en début de carrière peuvent le pénaliser durablement : un 3/5 ou un 2/5 suffit à faire baisser une moyenne, même si le commentaire est constructif. Cette importance des premiers lecteurs est telle que certains éditeurs incitent à « ne rien publier en dessous de 4 ». Ce phénomène crée une inflation de notes élevées et peut donner une image faussement positive d’un roman.

La note est-elle vraiment un outil objectif ? Chaque lecteur apporte ses goûts, son humeur du moment, son vécu. Un roman peut bouleverser un lecteur, en ennuyer un autre. Deux critiques peuvent donner des arguments valables, mais arriver à des notes diamétralement opposées. Noter un livre, c’est donc avant tout noter une expérience de lecture personnelle, pas un produit fini universel. Vouloir une vérité absolue à travers une moyenne de notes est donc illusoire.

Par exemple, j’ai attribué 5/5 à « Et chaque fois mourir un peu » de Karine Giebel, car il m’a bouleversée, mais je connais des lecteurs qui n’ont pas supporté la violence psychologique du récit. À l’inverse, j’ai mis 3/5 à « Galette au miel » de Haruki Murakami : j’ai aimé la délicatesse du propos, mais l’histoire ne m’a pas totalement emportée. Ce n’est pas un mauvais livre, loin de là, mais je n’y ai pas trouvé ce que j’espérais.

Attribuer un 3/5, c’est dire qu’on a passé un moment agréable, qu’on a apprécié l’histoire ou l’univers, même si certains éléments nous ont moins convaincus. Pour moi, un 3/5 est une bonne note : elle signifie que le livre est au-dessus de la moyenne. Il n’est pas inoubliable, mais il n’est pas mauvais du tout. C’est un roman qui a su retenir mon attention, même si je n’ai pas ressenti le coup de cœur. Pourtant, pour de nombreux lecteurs, une note inférieure à 4/5 ressemble à une critique sévère. J’ai souvent entendu des commentaires du type « Pourquoi tu l’as autant descendu ? » alors qu’un 3/5, pour moi, est la preuve d’une lecture globalement positive.

Lorsque je note un livre, je le fais en toute sincérité. Je refuse de gonfler artificiellement mes notes pour plaire à un auteur, une maison d’édition ou pour me conformer à une tendance. Mes notes reflètent mon ressenti réel : elles sont le fruit d’une lecture attentive et d’une envie de partager mon expérience de manière authentique. Pour moi, un 3/5 est une bonne note, un 5/5 est le singe d’un coup de cœur.

Je crois qu’être honnête dans ses chroniques, c’est respecter le livre, l’auteur et surtout les lecteurs qui me font confiance pour les guider dans leurs choix. Même si cela signifie parfois attribuer un 2 ou un 3, je préfère rester fidèle à ce que j’ai ressenti.

Face à ces limites, rien ne vaut une chronique détaillée. Un texte argumenté permet de nuancer, de dire ce qu’on a aimé ou moins aimé, de replacer l’ouvrage dans un contexte, d’expliquer pourquoi il nous a touché ou laissé sur notre faim. La note seule ne raconte rien : un 3 peut venir d’un style ardu, d’une intrigue trop lente ou simplement d’un sujet qui nous parle moins. Exprimer ces nuances dans une chronique aide les lecteurs à savoir si le roman pourrait leur plaire, même s’il ne nous a pas totalement convaincus.

10 réflexions sur “La note parfaite existe-t-elle ? Réflexion sur la notation des livres

  1. Bonjour Sonia! Je ne note pas sur mon blog, et pas non plus sur les réseaux sociaux de type Livraddict: c’est toujours délicat… sans compter que l’évaluation peut aussi dépendre de la résonance à long terme du livre, qui n’est pas forcément fonction de l’enthousiasme qu’il aura procuré sur le moment: il y a des livres que j’ai trouvés mauvais qui me hantent encore (ce qui est un mérite, quand même), et des livres que j’ai vraiment aimés lire et que j’ai à présent oubliés (ce qui n’est pas top). Bonne fin de semaine!

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    1. Bonjour ! 😊
      Je comprends tout à fait ta position. Noter, c’est effectivement délicat et souvent réducteur. C’est aussi pour ça que je préfère un avis détaillé pour replacer la lecture dans son contexte personnel.
      Tu soulèves un point très juste : certains livres nous marquent longtemps, même s’ils nous ont déconcertés ou laissés perplexes sur le moment. Et à l’inverse, il y a des lectures très plaisantes sur l’instant… mais qui s’effacent aussitôt refermées. C’est fascinant, cette mémoire littéraire sélective !
      Merci pour ton message, je te souhaite un excellent week end.

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  2. Réflexion vraiment intéressante, Sonia . Etant d’une « autre génération » (pour ne pas dire un ancêtre ) , quand je lis des critiques de livres, je ne tiens jamais compte des notes et d’ailleurs je ne lis que les blogs ou les critiques, comme toi, argumentent leurs ressentis. Je suis globalement ennuyé avec les notes de toute sortes. A chacun de mes passages à la FNAC de Liège, je reçois sur mon mail une demande de notation : même si je ne suis pas à 100 % satisfait des renseignements obtenus ou du sourire de la crémière (pardon… la caissière) je leur mets 10/10 parce que je pense à leur carrière et parce que, déjà à 9 ou , horreur ,8, j’imagine qu’on pourrait leur chercher des poux dans la tête. Tu te demandes pourquoi 3/5 paraît une note faible. Et bien c’est un ancien prof et surtout le compagnon d’une prof ayant passé 42 ans dans le métier qui va tenter une explication. On côte beaucoup trop haut dans beaucoup d’endroits. Je ne vais pas me lancer ici dans une polémique sur le nivellement par le bas qui imposerait, pour sauver beaucoup de défaillant(e)s et leur mettre 10/20 ou 12/20 de surcoter les autres, non, je trouve seulement que l’on a tendance à surcoter partout. Pour obtenir une Dis (14/20) à mon mémoire de géographe en 1981, j’ai dû y passer deux ans et produire un travail dément. Je connais maintenant des universitaires qui reçoivent une GD (16/20) avec des textes torchés en quelques semaines. Et cela dérive via la cotation des livreurs , des Uber, des travailleurs de la FNAC et… des blogueuses littéraires et des lecteurs. Bref, revenons à l’essentiel : LES MOTS et PAS les chiffres. Bien à toi. Michel. (Liège, Belgique)

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    1. Bonjour Michel,
      Merci infiniment pour ce commentaire passionnant, et surtout si joliment écrit (on sent l’amoureux des mots derrière chaque ligne !). Je partage totalement ton point de vue : l’essentiel reste dans le ressenti, les nuances, les émotions,pas dans un chiffre figé.
      Ton parallèle avec la notation scolaire et professionnelle est vraiment éclairant. C’est vrai que la tendance à la surcotation se généralise, souvent par crainte de nuire, ou tout simplement parce qu’on a peur de « mal faire ». On se retrouve alors dans un système où un 3/5 devient presque un reproche .
      Et j’adore ton cri du cœur final : revenons aux mots, pas aux chiffres. Tout est dit.
      Bon dimanche à toi et un clin d’œil à Liège !

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  3. Merci pour cet article très intéressant.

    C’est très très compliqué de noter une lecture/un livre, tant, comme tu le soulignes, notre ressenti se fera par le prisme de nos vécus, expériences et attentes. Je le fais mais je t’avoue que j’hésite tellement que cela m’agace parfois, parce que je ne sais jamais comment faire. Alors qu’un avis peut être plus détaillé et plus représentatif de notre perception réelle

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    1. Merci beaucoup pour ton retour Céline ! 💛
      Je te comprends complètement : noter un livre, c’est souvent un vrai casse-tête. On voudrait être juste, fidèle à ce qu’on a ressenti, sans trop ou pas assez en faire… Et on finit par douter de chaque étoile 😅
      Comme tu le dis très bien, c’est souvent dans les mots qu’on transmet le mieux notre perception réelle, nos émotions, nos réserves aussi.
      Et puis, notre rapport à une lecture peut évoluer avec le temps, ce qui rend l’exercice encore plus subtil !
      Bon dimanche !

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    1. Exactement ! La note générale donne une tendance, mais elle ne raconte rien du pourquoi. Deux lecteurs peuvent mettre la même note pour des raisons totalement différentes. C’est là que les avis détaillés prennent tout leur sens : comprendre ce qui a plu… ou pas. 😊
      Profites bien de tes vacances bises.

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