Mon blog, ce refuge contre la dictature de l’instantané

Coucou la Book Team, aujourd’hui, je vous propose une réflexion sur le blog et les réseaux sociaux. A l’heure où tout se scrolle et s’oublie, le blog serait-il dépassé ?

On me dit parfois que je suis ringarde parce que je tiens un blog. Que tout le monde est passé aux vidéos, aux stories, aux formats qui s’oublient aussi vite qu’ils apparaissent. Je comprends : les réseaux sont enthousiasmants. Ils font rire, font partager, font cliquer. J’en suis addict comme vous tous, j’aime les vidéos courtes, l’humour, les formats visuels.

Mais les réseaux ne remplacent pas la possibilité de rester, de revenir, d’argumenter. Tenir un blog, pour moi, c’est offrir un espace où la lecture peut prendre son temps et où je peux expliquer pourquoi un livre m’a dérangée, touchée, irritée ou bouleversée, sans raccourci ni posture spectaculaire.

Voici pourquoi je tiens à conserver cet espace long-format vivant sans passer pour une dinosaure du web :

Sur Instagram et TikTok, on capte l’attention en quelques secondes. C’est excellent pour donner envie. Mais le fond, l’analyse fouillée, la contextualisation, les nuances, ça demande du temps, de l’espace. Un article de blog me permet de :

  • poser un cadre historique ou éditorial (qui a écrit quoi, pourquoi, dans quel contexte)
  • citer, développer, nuancer (oui, on peut expliquer pourquoi on n’a pas aimé un livre sans être méchant)
  • montrer le travail de lecteur : l’argumentation, les références, le cheminement intellectuel.

C’est justement là que la critique gagne en crédibilité : le lecteur repart avec des éléments qui lui permettent de se forger une opinion, pas seulement une impression.

Les réseaux scrollent. Le blog archive.
Quand, dans six mois, quelqu’un cherchera une chronique sur tel roman, il tombera sur un article organisé, titré, catégorisé, et pas sur une story éphémère ayant expiré il y a belle lurette. Le blog devient une bibliothèque, un carnet de lectrice public : précieux pour moi (relecture, réemploi), mais également pour les lecteurs (référence) et pour les professionnels (éditeurs, libraires, journalistes).

Sur les réseaux, l’algorithme dicte ce qui marche. Sur mon blog, c’est moi qui décide :

  • du rythme (longueur des textes, fréquence)
  • de la forme (chronique, dossier, retour de salon, article littéraire)
  • du ton (satirique, intime, académique)
  • de la monétisation éventuelle (publicité, partenariats clairement indiqués, newsletter payante ou gratuite).

Je contrôle aussi l’expérience de lecture (police, mise en page, images), ce qui compte pour des articles longs.

Au fil des années, j’ai compris que tenir un blog, c’est aussi construire une forme de crédibilité.
Les lecteurs qui passent ici savent qu’ils trouveront des avis sincères, mais aussi argumentés. J’aime prendre le temps d’expliquer ce qui m’a touchée dans un roman, ce qui m’a dérangée, ou pourquoi je suis restée partagée. Parce qu’à mes yeux, la valeur d’une chronique se mesure à sa justesse, pas à son enthousiasme.

Sur les réseaux, tout va très vite : on partage une émotion, une couverture, un coup de cœur instantané. C’est vivant, mais éphémère. Le blog, lui, me permet d’aller plus loin : de montrer le travail derrière chaque lecture, de relier une histoire à son contexte, d’analyser le style ou la construction d’un récit. Cette profondeur, je crois qu’elle inspire confiance.

Et cette confiance, je la ressens aussi dans mes échanges avec les maisons d’édition et les auteurs. Certains m’écrivent après avoir lu une chronique, d’autres m’invitent à des rencontres ou me confient un service presse parce qu’ils savent que je prendrai le temps d’en parler sérieusement, sans langue de bois mais toujours avec respect. C’est une forme de reconnaissance qui me touche, parce qu’elle repose sur la constance et la rigueur.

Tenir un blog, c’est donc plus qu’un simple loisir : c’est un engagement vis-à-vis de la littérature et de ceux qui la font vivre. Une manière de dire : « Je lis avec attention et je prends le temps de comprendre avant de juger. »
Et à une époque où tout s’efface si vite, cette exigence, tranquille, patiente, vaut peut-être plus que jamais.

Pendant longtemps, on a opposé les deux : les réseaux sociaux d’un côté, perçus comme légers, rapides, parfois superficiels ; et le blog de l’autre, plus lent, plus fouillé, mais aussi plus confidentiel. En réalité, l’un ne remplace pas l’autre, ils se complètent.

Les réseaux offrent l’amplitude : ils permettent de toucher davantage de lecteurs, de créer le lien immédiat, d’attirer la curiosité. Une courte vidéo où mon chat « commente » ma lecture, une story avec une citation marquante, un carrousel Instagram qui résume mon ressenti : ces formats ouvrent la porte, donnent envie, suscitent la conversation.

Le blog, lui, donne la profondeur : c’est là qu’on s’arrête. Là qu’on développe une idée, qu’on prend le temps d’argumenter, d’expliquer un ressenti, d’explorer un thème en lien avec le roman. C’est le lieu de la réflexion, de la trace, de la mémoire, celui où le lecteur revient quand il veut comprendre, pas seulement consommer.

En liant les deux, j’offre un parcours complet : le réseau attire, le blog ancre. L’un capte l’attention, l’autre la fidélise. Ensemble, ils forment une circulation idéale : on découvre une lecture sur Instagram, on en savoure la chronique complète sur le blog, puis on en parle à nouveau sur les réseaux.

Ce va-et-vient entre instantané et durable, entre image et mot, crée une véritable harmonie littéraire dans ma manière de parler de livres. Et c’est peut-être là, dans cet équilibre, que réside la vitalité du blog aujourd’hui.

Et vous, qu’en pensez-vous ? J’espère que cet article vous aura plu. A bientôt pour de nouvelles aventures littéraires.

31 réflexions sur “Mon blog, ce refuge contre la dictature de l’instantané

  1. Oui tout à fait d’accord avec l’analyse. Que d’échanges formidables avec le blog. Instagram est bien aussi pour la photo à partir de la couverture du livre. Je viens de créer un lien entre entre mon blog et Instagram… Ainsi les deux se complètent. J’aime beaucoup les commentaires et contacts avec les écrivains, les services de presse éventuels aussi. Bonnes lectures et partagés 😀

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  2. Bien d’accord avec toi, d’autant que je ne suis pas du tout sur les réseaux. Même si j’y pense parfois. Je préfère le temps long et l’analyse. Donc j’apprécie ce support de préférence.

    Merci pour cet article clair et bien structuré.

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  3. je suis heureuse de te lire car ton post est en total adéquation avec ce que je pense. Aujourd’hui le blog et les réels et les story se complètent mais le travail du ou de la blogueuse n’est pas reconnu de la meme façon que le paraître qui lui vaut tout l’or du monde et accorde tous les partenariats souhaités sans parler des followers qui ne veulent a mon sens pas dire grand chose. Aujourd’hui le paraître a pignon sur rue alors que tenir un blog , faire une chronique demande plus de temps qu’une belle photo mise en situation.On peut avoir peu de followers mais partager un titre de livre avec plus d’impact de bien d’autre façon. Tout comme toi mon blog faut partie de mon quotidien et j’y tiens.

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    1. Merci Laurence pour ton message ! En effet, le travail derrière un blog, c’est du temps (beaucoup de temps !), de la réflexion et une vraie passion pour la lecture. Ce n’est pas toujours reconnu à sa juste valeur, surtout face au « paraître » plus visible sur les réseaux. Mais comme toi, je crois profondément à la valeur de ce que l’on construit dans la durée. Un blog, ça laisse une empreinte différente, plus intime, plus durable. Et on y tient !! Passe un bon week end avec un peu d’avance.

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    1. Oh oui Nathalie, je le sais bien. C’est aussi ce que j’aime dans le blog : ces liens qui se tissent au fil des lectures partagées. Ce n’est pas juste un espace personnel, c’est une vraie petite communauté pleine de bienveillance et de passion. Bises

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  4. Autant je peux me passer des réseaux, ne pas publier, j’ai même envisager d’arrêter, Autant il est impossible pour moi de ne plus venir sur le blog. Mon blog a 12 ans maintenant et il fait parti de mon quotidien. C’est une page ouverte sur ce que j’aime, ce qui me tient à coeur, et aussi une page sur mes avis de façon beaucoup plus dense.
    Finalement les deux sont complètementaires et ce que je publie sur le blog je le fais sur les réseaux mais de manière différente.
    Longue vie aux blogs 🙂

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  5. Je plussoie ton article. Je suis sur insta et je scroll c’est vrai. Mais mes lectures c’est majoritairement sur le blog que je les partage. Après en parallèle c’est aussi sur les réseaux mais j aime préparer ma chronique, ne pas me limiter si j ai envie d’en dire beaucoup parce que le post est réduit. Le blog c’est se libérer du format de tout le monde, la liberté d’en faire un article court ou long et surtout pas forcément dans la tendance du moment. TON blog c’est aussi TON choix ;).
    Continué surtout.

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    1. Merci beaucoup pour ton message. Le blog, c’est cet espace de liberté où l’on écrit comme on veut, autant qu’on veut, sans format imposé, sans pression de la tendance. C’est un vrai plaisir de pouvoir développer une pensée, une émotion, une lecture à son rythme. Cette liberté vaut tout l’or du monde !

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  6. Coucou ! Tu as dit beaucoup de choses qui résonnent en moi. Je suis en particulier attachée à la liberté d’expression, car sur Insta, la plateforme que j’investis beaucoup, il y a des mots et des contenus qui ne passent pas, qui sont censurés par l’algorithme (par exemple la Palestine).

    L’autre point qui me touche beaucoup aussi est de garder des traces de ce que j’ai lu, sinon à quoi bon emmagasiner tant de récits, tant de voix, si c’est pour ne plus s’en souvenir, ne pas pouvoir en tirer une analyse à confronter avec d’autres lectures futures et passées ?

    Je te mets ici mon article sur le même sujet : https://bibliolingus.fr/pourquoi-chroniquer-des-livres-mes-5-raisons-a215451817

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    1. Merci pour ton message qui fait écho à beaucoup de choses que je ressens aussi. La liberté de s’exprimer sans filtre, sans craindre que des mots soient effacés ou invisibilisés, c’est précieux et le blog reste l’un des rares endroits où cette parole peut exister pleinement. Et oui… nos chroniques, ce sont aussi des archives intimes, des mémoires de lectures et de pensées que les réseaux ne remplacent pas. Merci pour le lien, je vais de ce pas lire ton article.

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  7. Sonia, j’ai apporté la plus grande attention à ta réflexion quant à l’importance de maintenir des blogs tels que le tien.

    La lecture est, selon moi, un plaisir , que dis je : une nécessité pour qui veut s’ouvrir aux autres et au monde , conserver voire améliorer sa connaissance de la langue et, ces dernières années : une des dernières activités qui est incompatible avec l’emballement , la trépidation des humains. (même si je me reproche encore de lire trop vite).

    Il fut une époque (avant internet), où l’on ne découvrait les livres que par trop « mediums » : les critiques littéraires (en général plus orientées idéologiquement selon les journaux en France qu’en Belgique) , la radio et la télévision (Bernard Pivot, Bernard Rapp etc…) et le bouche-à-oreille parce que la littérature était encore un sujet de conversation fréquent. La presse écrite s’est effondrée (sauf si on la lit sur…Internet), les émissions littéraires se font rares à la télévision et , selon moi, manquent de ce je ne sais quoi que l’on ressentait à Apostrophes/Bouillon de culture, à l’Assiette anglaise etc… même quand « çà pétait sur les plateaux ».

    Nous reste Internet et, heureusement, les Blogs dont certains, comme le tien, demeurent neutres idéologiquement et ne se contentent pas d’une systématique hagiographie mais osent reconnaître une déception. La logique , diantre ! , avec une offre littéraire pléthorique et certains auteurs publiant trop , trop vite ou trop de « siamois » (c’est pour cela que je suis un adepte , hormis que je sois géographe de formation, d’une itinérance dans les polars : passer de l’Islande (Indridason) à l’Italie (Varesi) puis aux Etats-Unis (Johnson) en revenant par le Royaume-Uni (McDermid) et en me risquant même dans des polars africains, antillais ou asiatiques)

    J’abrège : continue ton blog :il est, tu es INDISPENSABLE et je t’admire toujours pour ton énorme travail de défrichement . Un seul exemple : sans toi, je n’aurais jamais lu Sonia Dezongle.

    Bien à toi. Michel (Liège, Belgique)

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    1. Michel… merci pour ces mots qui me vont droit au cœur. Ton message me touche énormément.
      Je me retrouve tellement dans ce que tu écris… et je dois te dire : j’ai été biberonnée à « Bouillon de culture » et aux émissions de Bernard Pivot ! Que de souvenirs… et comme tu le dis, ces moments manquent aujourd’hui, cette parole littéraire généreuse et vivante qui faisait rêver et réfléchir à la fois.
      Savoir que mon blog peut, à sa petite échelle, créer un peu de ce lien et permettre des découvertes d’auteurs me motive à continuer chaque jour.
      Merci infiniment pour ta fidélité !

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  8. Coucou Sonia. Moi j’aime ton blog. Ne change rien. J’apprécie tes explications et ton travail. Bien souvent cela m’aide à choisir ou non le livre que tu résumes parfaitement. Merci Sonia pour ton travail et ta disponibilité pour nous donner envie de lire. Bonne semaine à toi. Bises

    Domi ton ancienne collègue qui aime te rencontrer à travers tes lectures👍🏼👍🏼🥰🥰

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  9. Merci Sonia pour cet article très complet et super intéressant.

    Ton analyse est juste, les deux se complètent. J’aime beaucoup les blogs que je suis, et j’apprécie de lire des chroniques circonstanciées et honnêtes

    Merci 🙏🏻

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    1. Merci beaucoup Céline pour ton retour.
      Je suis ravie que l’article t’ait plu ! Oui, je pense vraiment que blogs et réseaux se complètent, chacun apportant sa propre valeur. Et c’est exactement ce qui me motive à écrire : partager des chroniques honnêtes (c’est le plus important, je trouve) et circonstanciées qui donnent envie de lire et de réfléchir un peu plus. Bon week end.

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  10. Hello Sonia 🌞 Quel belle chronique, comme toujours 🤩

    Je me retrouve totalement dans ta réflexion. Pour ma part, j’ai découvert le blogging tardivement, en 2022, et depuis, ma vie a changé — mon rythme de lecture aussi. Le blog m’a offert un espace de création, d’expression, de partage sincère, loin de la frénésie des réseaux.

    Cet été, j’ai lancé @aikabouquine sur les réseaux sociaux, juste pour voir, « histoire de » mais très vite, j’ai compris : jamais je n’échangerai le blogging contre l’instantané. Tu as raison, là-bas tout va trop vite. Ici, on approfondit, on prend le temps, on échange vraiment, on construit une mémoire collective.

    Et puis, quelle richesse dans notre communauté de blogueur·euse·s : soudée, patiente, fidèle, passionnée. Et cela n’a pas de prix. Merci pour ton travail inspirant, pour ta constance, pour cette profondeur que tu offres à chaque chronique.

    ✨Longue vie au blogging, longue vie à ton blog✨

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    1. Hello ma belle !
      Merci beaucoup pour ton message, il me touche énormément.
      Oui, le blog offre un espace où l’on peut prendre le temps, approfondir nos lectures et créer de vrais échanges, loin de la frénésie des réseaux. Je suis ravie que tu aies trouvé ton univers avec @aikabouquine tout en gardant cette liberté et cette profondeur que le blogging permet.
      Cette communauté de blogueurs et blogueuses est un vrai trésor : fidèle, généreuse et passionnée . Merci à toi aussi pour ton enthousiasme et tes mots si encourageants !
      Longue vie à nos blogs et à nos lectures partagées ! Passe un bon week end, peuplé de belles lectures !

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