« La poussière des morts » de Cécile CABANAC

Informations 

Titre : La poussière des morts

Auteur : Cécile Cabanac

Éditeur : Michel Lafon

Nombre de pages : 400 pages

Formats et prix : broché  20.95 € / numérique 14.99 €

Date de publication : 16 octobre 2025

Genre : thriller

Résumé

Dans une maison abandonnée de la banlieue de Lille, un jeune fan d`urbex découvre le corps d`un homme décharné et ligoté, aux portes de la mort. Le supplicié décède quelques heures plus tard à l`hôpital. Son autopsie révèle un étrange message contenu dans son estomac :  » L`éternité aux élus « . Le commandant Xavier Ducastaing, son équipière, la capitaine Nadia Vernois, et la stagiaire de l`école de police Sybille Kervasdoué veulent croire à un lien entre le propriétaire des lieux, un ancien militaire délirant aux idées sectaires, et cette mise à mort ritualisée. Combien de temps le supplicié a-t-il été retenu prisonnier et privé de nourriture ? Était-il victime ou consentant ? Commence une enquête aux ramifications tentaculaires jusqu`au tréfonds du darknet, un jeu de piste entre présent et passé qui passe au crible la relation toxique d`un détenu pour meurtre et de sa visiteuse de prison.

Une enquête vertigineuse dans les recoins les plus sombres de l`âme humaine.

Mon avis

Dans ce nouveau roman, Cécile Cabanac nous livre un thriller sombre, ambitieux et d’une maîtrise narrative étonnante. Dès les premières pages, elle installe une atmosphère délétère qui ne se dissipera plus : un squat à l’abandon, un corps exsangue, un message autant mystique qu’inquiétant retrouvé au cours de l’autopsie… On comprend immédiatement que ce roman ne nous ménagera pas et c’est précisément ce qui le rend si addictif.

Une intrigue tentaculaire, minutieusement construite

L’histoire démarre par une découverte macabre : un homme, décharné et ligoté, réduit à l’état de vestige humain, comme si sa vie lui avait été arrachée morceau par morceau. Cette scène fondatrice donne le ton. Cécile ne place pas seulement ses personnages face à un meurtre : elle les plonge au cœur d’un rituel, d’une idéologie, d’un fanatisme qui dépasse l’individu.

Cécile tisse ensuite une toile narrative où chaque fil semble conduire vers une vérité différente. Les ramifications s’étendent des milieux de l’urbex aux zones les plus opaques du web, en passant par des obsessions humaines qui dérivent dangereusement. On sent que chaque piste peut mener à un gouffre différent, sans jamais réellement savoir où on pose le pied.

Ce flou constant est d’ailleurs l’un des ressorts les plus brillants du roman : jusqu’aux dernières pages, le doute persiste. Qui manipule qui ? Qui est sincère ? Cécile joue avec nos certitudes, les renverse, les fissure et parvient à créer une véritable zone grise où rien n’est jamais aussi simple qu’il n’y paraît. Cette ambiguïté volontaire donne au roman une tension psychologique redoutable et j’ai adoré me laisser piéger par ces jeux d’ombre et de lumière.

L’intrigue navigue entre passé et présent, multipliant les fausses pistes et les révélations fragmentaires.

La construction chorale est également l’un des points forts du roman. Rien n’est laissé au hasard. Chaque élément, même anecdotique en apparence, trouve sa place au sein de l’architecture globale. On sent la volonté de l’autrice de construire une enquête ample, presque tentaculaire, où la noirceur n’est jamais gratuite mais toujours porteuse de sens.

Je passe volontairement sous silence les autres protagonistes pour ne rien dévoiler de l’intrigue, mais croyez-moi : eux aussi réservent de belles surprises.

Un trio d’enquêteurs profondément humain

Le roman repose, entre autre, sur l’équipe d’enquêteurs et Cécile les traite avec une justesse remarquable.

Xavier incarne la rigueur, le doute et une forme de lassitude face à une humanité qui ne cesse de lui montrer ses failles. Il avance sans illusions mais avec une détermination presque instinctive, comme si renoncer équivalait à laisser gagner les monstres. Nadia apporte un contrepoint plus tranchant. Elle observe, analyse, tranche, sans jamais se laisser happer par les apparences. Son pragmatisme, parfois rude, équilibre parfaitement la réserve de Xavier. Sybille est sans doute la révélation du trio. Elle incarne l’entrée dans le métier, avec tout ce que cela implique : la fragilité, la fascination pour l’enquête, le choc face à la violence réelle. Elle est notre porte d’entrée émotionnelle, celle qui nous rappelle que rien n’est normal dans ce qu’ils affrontent, même si les policiers expérimentés tendent parfois à l’oublier.

Ce trio fonctionne grâce à leurs dissonances, leurs contradictions, leurs limites. Leur humanité fissurée est ce qui rend l’enquête crédible et profondément incarnée.

« Vernois et Ducastaing se laissèrent ranimer par les contours de ce monde innocent. Chacun s’imaginait dans la chaleur confortable de son véhicule, loin des ronces voraces qui s’accrochaient à leurs vêtements, loin du néant. »

Une plume précise, nerveuse, maîtrisée

La plume de Cécile oscille entre la sobriété et l’intensité. Elle ne s’attarde jamais inutilement sur l’horreur, mais elle ne la contourne pas non plus. Ses descriptions sont visuelles, efficaces, parfois traumatisantes, mais toujours justifiées.

Elle restitue aussi très bien la complexité des mécanismes d’emprise, des dérives sectaires et des relations pathologiques. Tout en évitant le piège du sensationnalisme et en privilégiant l’analyse, le détail, la nuance. On sent un véritable travail de documentation derrière chaque chapitre.

Le rythme est parfaitement contrôlé : alternance de scènes d’enquête, explorations psychologiques, immersions dans les zones d’ombre. Cela crée une tension permanente, un sentiment de vertige qui colle au thème central du roman : la descente aux enfers de l’âme humaine.

« A coup de ceinture et d’humiliation, il semblait souhaiter en faire un chien enragé. Sa femme comprit alors que non seulement elle partageait depuis trop d’années la vie d’un être méprisable, mais qu’il était grand temps pour elle d’organiser sa fuite. »

Une lecture éprouvante, intense, mais passionnante

Lire « La poussière des morts », c’est accepter une forme de dérangement. J’ai ressenti une tension presque physique, comme si chaque page me plongeait un peu plus dans un univers où les repères moraux se dissolvent. Il y a eu des moments d’écœurement, d’incompréhension, de colère, mais aussi de fascination.

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est cette manière qu’a Cécile d’aller plus loin que la violence apparente. Elle interroge les failles, les croyances, les obsessions qui conduisent des individus ordinaires vers l’horreur. C’est ce regard-là qui m’a le plus marquée : une exploration sans filtre, mais jamais gratuite.

Autre point : j’ai été particulièrement sensible aux thématiques abordées, qu’il s’agisse de l’emprise, de la manipulation, de la quête de sens ou de la manière dont certaines croyances peuvent déraper. Elles apportent une profondeur supplémentaire au récit et donnent matière à réflexion bien après la dernière page.

Certaines scènes m’ont obligée à lever les yeux du livre pour souffler. D’autres m’ont accroché durablement, notamment celles liées à l’emprise psychologique, toujours traitées avec une précision glaçante.

Quand le noir devient incontournable

« La poussière des morts » est un thriller dense, intelligent et profondément humain. Cécile Cabanac y explore la noirceur avec une justesse quasi chirurgicale, tout en construisant une intrigue solide, retorse et parfaitement maîtrisée.

Ce roman ne se contente pas de divertir : il dérange, questionne, bouscule. Et c’est précisément ce qui en fait sa force. Alors, il vous tente ?

« Il tâtonna vers la sortie et se tourna vers Nadia en murmurant : – Je souhaite à ce malade que vous le trouviez avant moi. »

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En bref…

Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : Cécile fait partie de ces auteurs que j’ai envie d’approfondir. Le résumé, avec son aspect rituel, sa dimension psychologique et sa promesse d’une enquête ambitieuse ont été autant d’éléments qui m’ont donné envie de plonger dedans.

Auteur connu : j’ai rencontré Cécile à plusieurs reprises, la dernière datant du mois dernier à la Fête du livre de Saint-Etienne. Retrouvez ma chronique de « La petite ritournelle de l’horreur ». Je ne fais qu’entamer ma découverte de cette auteure. 

Émotions ressenties lors de la lecture : fascination, malaise, admiration, angoisse. 

Ce que j’ai moins aimé : la richesse de l’intrigue peut parfois donner l’impression d’un trop-plein. Ce roman demande une attention soutenue. A lire au calme !!

Les plus : la solidité de l’intrigue, la tension, le rythme, la plume, le trio d’enquêteur, l’atmosphère. 

Si je suis une âme sensible : ce livre n’est pas à mettre entre toutes les mains. La violence y est rarement frontale, mais elle est surtout mentale, insinuante, parfois dévastatrice. Pour les lecteurs les plus sensibles, mieux vaut aborder cette histoire avec prudence, voire choisir un moment où l’on se sent suffisamment solide pour affronter une lecture aussi sombre.

 

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