« Une fin heureuse » de Maren UTHAUG

Informations 

Titre : Une fin heureuse

Auteur : Maren Uthaug

Éditeur : Gallmeister

Nombre de pages : 432 pages

Formats et prix : poche11.90 € / numérique 7.99 €

Date de publication : 15 janvier 2025

Genre : littérature danoise

Résumé

Croque-mort désormais à la tête de la florissante entreprise familiale, Nicolas est obsédé par des pulsions inavouables. Tandis qu’il emmène ses enfants en voyage, il tente de comprendre cette part d’ombre en retraçant l’histoire de ses aïeux, qui ont exercé le même métier que lui sur sept générations.

Mon avis

Un point de départ dérangeant

« Une fin heureuse » débute sur une situation en apparence banale : Nicolas, croque-mort, dirige désormais l’entreprise familiale, transmise de génération en génération depuis sept lignées. Père de famille, professionnel reconnu, il semble avoir trouvé sa place dans un cadre social et familial stable. Pourtant, dès les premières pages, on comprend que cette stabilité n’est qu’une façade. Nicolas est rongé par des pulsions qu’il ne parvient ni à nommer ni à accepter.

« C’est en 1986 que le contact d’une peau froide m’a fait vibrer pour la première fois. J’avais fêté mes quatorze ans deux semaines plus tôt et n’avais encore jamais envisagé ce genre de choses. J’ai vite compris que c’était un vice que je porterais seul. »

Nicolas va remonter le fil de son histoire, s’interroger sur ses origines et sur le poids de cette lignée de croque-morts. Le roman prend alors une dimension introspective, chaque chapitre revenant sur une génération. 

La mort comme quotidien

La mort est omniprésente dans le roman, il faut le savoir et accepter de vivre à ses côtés le temps de la lecture. Maren la montre dans sa dimension la plus ordinaire, presque bureaucratique. Les corps deviennent des éléments à gérer, à préparer, à transmettre. Ce traitement froid et distancié accentue le malaise : à force de banaliser la mort, que devient le rapport au corps, à l’éthique, à la transgression ? Le métier de croque-mort, loin d’être un simple décor, irrigue profondément la réflexion du roman.

Héritage familial et répétition des schémas

L’un des grands sujets de « Une fin heureuse » nous plonge dans la question de la transmission. En retraçant l’histoire de ses aïeux, Nicolas cherche à comprendre si ses propres dérives sont le fruit d’un héritage familial ou d’une singularité personnelle. Le roman met en lumière la répétition des gestes, des silences et des non-dits à travers les générations. La famille apparaît alors non pas comme un refuge, mais comme un système clos, où les individus héritent autant de métiers que de failles.

Une construction passionnante et une plume maîtrisée

La construction du roman est l’un de ses points forts. Chaque chapitre, volontairement long, retrace la vie d’une génération de croque-morts, depuis les ancêtres jusqu’à Nicolas. Ce choix narratif donne au récit une ampleur presque romanesque, tout en renforçant l’idée de répétition et de fatalité. Cette traversée des générations est passionnante : elle permet de comprendre l’évolution des mentalités, des pratiques, mais aussi la permanence de certains schémas. Loin d’alourdir le rythme, cette structure donne au roman une profondeur supplémentaire et maintient l’intérêt du lecteur, qui avance avec curiosité d’une époque à l’autre, conscient que chaque histoire éclaire un peu plus la situation présente.

La plume de Maren est précise, dépouillée, souvent teintée d’un humour noir discret mais redoutablement efficace (j’adore !). Et j’ai trouvé que cette neutralité de ton installait un malaise durable chez le lecteur.

Un titre à l’ironie glaçante

Le titre résonne tout au long du roman comme une provocation. Il interroge la notion même de bonheur et de résolution, dans un récit où les certitudes s’effritent les unes après les autres. Maren joue avec cette attente implicite du lecteur pour mieux la détourner. 

« Mais pour que la vie ait un sens, les humains ont besoin d’avoir peur de quelque chose, aussi misa-t-on plein pot sur la terreur de la mort. »

Une réflexion au long cours

Le roman aborde des thématiques complexes et rarement traitées avec une telle frontalité. La transmission familiale, au cœur du récit, est envisagée sous son angle le plus sombre : ce que l’on hérite malgré soi, ce qui se transmet en silence, ce qui s’inscrit dans les corps et les esprits sans jamais être formulé. À cela s’ajoutent la question de la normalité, de la morale, du rapport au corps et à la mort, ainsi que celle de la responsabilité individuelle face à un héritage pesant. Maren pousse le lecteur à réfléchir plutôt que de juger, ce qui rend la lecture d’autant plus percutante.

Une immersion fascinante

La lecture de « Une fin heureuse » s’est révélée particulièrement stimulante et enthousiasmante sur le plan intellectuel. Loin de me mettre mal à l’aise, le roman m’a au contraire captivée par sa finesse d’analyse et la maîtrise du sujet. Maren aborde des sujets complexes autour de la mort et des défunts. J’ai pris un réel plaisir à suivre le cheminement de Nicolas et à explorer, génération après génération, les mécanismes de transmission et de répétition familiale. 

Une lecture exigeante et marquante

« Une fin heureuse » est un roman qui dérange par ses thèmes, par son refus de juger, par la radicalité de son regard sur la transmission et la normalité. C’est sombre, intelligent et confronte le lecteur à des zones d’ombre rarement explorées en littérature. Une lecture que je recommande si vous aimez les récits intergénérationnels, les structures narratives originales et les textes qui font réfléchir. Quant à la fin heureuse promise par le titre, disons simplement que Maren a un sens très personnel de l’ironie… et qu’elle laisse au lecteur le soin de décider ce que le bonheur signifie réellement. En tous cas, perso, j’ai kiffé la fin !

« Dans notre culture, les cadavres ne sont-ils pas des organismes sans vie ? Une coquille vide, qui abritait autrefois une âme. »

#Unefinheureuse  #MarenUthaug  #Gallmeister

En bref…

Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : attirée par la couverture, puis par le résumé, j’avais envie de découvrir cette saga familiale atypique et son angle original autour du métier de croque-mort. 

Auteur connu : ce n’est pas le premier roman de Maren, je vais étudier sa bibliographie plus précisément !

Émotions ressenties lors de la lecture : curiosité, empathie, envie, admiration, joie. Beaucoup d’émotions positives, malgré le sujet ! Comme quoi !

Ce que j’ai moins aimé : RAS

Les plus : le sujet, la construction, la plume, l’ironie, le côté romanesque, les personnages, la fin. 

Si je suis une âme sensible : rien de particulier, si ce n’est les thématiques assez sombres liées à la mort, au corps et aux dérives associées aux défunts. 

5 réflexions sur “« Une fin heureuse » de Maren UTHAUG

Répondre à La p'tite autiste Annuler la réponse.