« Des nœuds d’acier » de Sandrine COLLETTE

Chronique du roman des nœuds d'acier de Sandrine Collette

Informations 

Titre : Des nœuds d’acier

Auteur : Sandrine Collette

Éditeur : Le livre de poche

Nombre de pages : 264 pages

Formats et prix : poche 8.70 € / numérique 3.49 €

Date de publication : 29 janvier 2014

Genre : roman noir

Résumé

Avril 2001. Dans la cave d’une ferme miteuse, au creux d’une vallée isolée couverte d’une forêt dense, un homme est enchaîné. Théo, quarante ans, a été capturé par deux frères, deux vieillards qui ont fait de lui leur esclave. Comment a-t-il basculé dans cet univers au bord de la démence ? Il n’a pourtant rien d’une proie facile : athlétique et brutal, Théo sortait de prison quand ces vieux fous l’ont piégé au fond des bois. Les ennuis, il en a vu d’autres. Alors, allongé contre les pierres suintantes de la cave, battu, privé d’eau et de nourriture, il refuse de croire à ce cauchemar. Il a résisté à la prison, il se jure d’échapper à ses geôliers.

Mon avis

Quand la réalité dépasse l’insoutenable

Avec « Des nœuds d’acier », Sandrine Collette signe un roman d’une violence sèche et frontale, d’autant plus glaçante qu’il est basé sur une histoire vraie. Un détail qui change tout. Parce que ce que l’on pourrait juger excessif, presque irréaliste, devient soudain insupportablement possible.

Un point de départ ancré dans la réalité

Théo sort de prison après dix-huit mois d’incarcération. Il a gravement blessé son frère, qui entretenait une liaison avec sa compagne. À sa sortie, il veut se faire oublier, vivre pour lui, reprendre possession de son corps et de son esprit.

Il loue une chambre d’hôtes isolée, en pleine campagne, loin de tout. Il marche, randonne, s’enfonce dans la nature. Une parenthèse qu’il croit réparatrice. C’est là qu’il croise deux vieux frères, figures inquiétantes surgies de ce décor rural figé hors du temps. Des hommes qui vont le piéger, le kidnapper et faire basculer sa vie dans un autre enfer, bien pire que celui vécu en prison.

« D’habitude je marche vite, les yeux rivés au sol, avançant d’un pas militaire et concentré. La marche, ça n’est pas un plaisir. C’est un exercice mécanique et monotone par lequel j’expie mes pensées noires et mes sombres humeurs. »

Un enfermement qui dépasse la prison

Enchaîné dans la cave d’une ferme délabrée, battu, affamé, privé d’eau, Théo entame un nouveau combat. Et c’est là que le roman devient particulièrement troublant : il a déjà connu l’enfermement, il sait ce que c’est que perdre sa liberté. Mais ce qu’il vit ici n’a rien de comparable.

Sandrine Collette montre une violence quotidienne, répétitive, épuisante. Pas de grands éclats, pas de scènes spectaculaires : juste la domination, l’usure, l’humiliation. Une violence qui s’installe, qui s’infiltre, qui broie lentement.

« Avec la prison j’ai pensé que c’était fini, plus jamais on ne me considérerait comme une cible facile, j’avais perdu le profil (…). Aujourd’hui ma victoire sur les autres, il n’en reste rien. Et pour cela, il a suffit de deux vieux fous. »

Une lecture impossible à lâcher

J’ai attaqué ce roman un début de soirée et je n’ai pas pu le lâcher avant la dernière page. Littéralement. « Des nœuds d’acier » m’a happée pour ne plus me quitter. La tension est constante, le rythme implacable. Je voulais savoir jusqu’où cela irait. Jusqu’où Théo pouvait tenir. Jusqu’où l’humain pouvait résister.

Et pourtant… j’ai aussi trouvé ce roman un peu too much. Certaines scènes vont très loin, trop loin peut-être. À plusieurs reprises, je me suis dit : ce n’est pas possible. Avant de me rappeler que si. Si, justement. Que cette histoire est véridique. Et cette pensée glace le sang bien plus que n’importe quelle scène de fiction.

« Tout cet équilibre entre la vie et la mort tenait à un fil. Je ne voulais pas le rompre en basculant d’un côté ou de l’autre. »

Une plume brutale, sans concession

La plume de Sandrine Collette est sèche, tendue, presque minérale. Elle ne cherche jamais à ménager le lecteur. Les phrases sont courtes, efficaces. Ce style direct renforce l’impression d’étouffement : il n’y a aucun espace pour respirer, ni pour Théo, ni pour nous.

La nature, omniprésente, n’est jamais apaisante. Elle isole, elle enferme, elle devient complice silencieuse de l’horreur. Le décor rural, souvent idéalisé, se transforme ici en piège implacable.

Un roman qui dérange profondément

« Des nœuds d’acier » n’est pas un roman confortable. Il dérange, il met mal à l’aise, il questionne notre rapport à la violence, à la domination, à la survie. Jusqu’où peut-on aller pour rester vivant ? Que reste-t-il de soi quand tout est arraché, jour après jour ?

Le fait de savoir que cette histoire s’inspire du réel empêche toute mise à distance. Ce n’est plus seulement un roman noir efficace : c’est une plongée dans quelque chose de profondément humain et profondément effrayant.

Pourquoi « Des nœuds d’acier » est un roman marquant

« Des nœuds d’acier » est une lecture marquante, éprouvante, parfois presque insoutenable. Un roman que l’on dévore malgré soi et dont la lecture laisse des traces. Même si j’ai trouvé certains passages excessifs, je ne peux pas nier la puissance de ce texte, ni son impact émotionnel.

Un livre qui serre la gorge et qui rappelle que la réalité, parfois, dépasse largement la fiction.

« Nous retournons à un étrange état animal (…). Nous nous défions les uns des autres, en nous reniflant comme si nous pouvions deviner de quoi sera fait demain (…). Nous oublions le langage. Le temps s’étire, curieusement long. Dehors le soleil brille avec constance et les hortensias sont en fleur. Des fleurs bleues, immenses. »

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En bref…

Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : j’ai lu « Des nœuds d’acier » sur les conseils du 13h pile de décembre, un rendez-vous que je suis avec confiance. Attirée par la promesse d’un roman noir intense et par l’auteure.

Auteur connu : retrouvez ma chronique de « Ces orages-là ». J’ai pu rencontrer Sandrine à plusieurs reprises dans les salons.

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Émotions ressenties lors de la lecture : tension, angoisse, peur, effroi, dégoût, colère, incrédulité.

Ce que j’ai moins aimé : sentiment de « trop » par moments.

Les plus : la tension, le rythme, la plume, l’ancrage dans le réel, la nature, la fin. 

Si je suis une âme sensible : ce roman n’est pas à mettre entre toutes les mains. La violence est omniprésente, psychologique et physique, sans concession. L’enfermement, la privation, l’humiliation sont décrits avec un réalisme qui peut être difficile à supporter.

 

Chronique du roman des nœuds d'acier de Sandrine Collette

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