Informations
Titre : Addictions : il a suffit d’une fois…
Auteur : Mathieu Delormeau
Éditeur : Leduc
Nombre de pages : 192 pages
Formats et prix : broché 19.90 € / numérique 12.99 €
Date de publication : 23 avril 2026
Genre : témoignage
Résumé
« Toute ma vie, j’ai choisi la facilité. La gloire, l’argent, les garçons… Je ne sortais jamais de ma zone de confort. Le jour où j’ai chuté, j’ai encore une fois choisi la facilité : la drogue. On me dit : “Bravo pour ton combat”. Mais le vrai courage ce n’est pas d’arrêter, c’est de ne jamais se laisser entraîner. »
Pour la première fois, Matthieu Delormeau revient avec sincérité sur les trois dernières années de sa vie. L’addiction à la cocaïne, au GHB, aux médicaments. Les mécanismes insidieux. Les rechutes. La perte de repère. Le silence.
Derrière l’image publique, il raconte la fragilité, les choix, les failles et la lente reconstruction. Sans chercher d’excuse. Sans se dérober. Jamais.
Ce livre n’est pas un règlement de compte. C’est une mise à nu. Un témoignage cru et lucide sur l’engrenage de l’addiction et sur ce qu’il faut de volonté pour reprendre sa vie en main. Un récit nécessaire, qui alerte autant qu’il éclaire.
Matthieu Delormeau est animateur de télévision, chroniqueur et producteur. Ancien analyste financier, il se reconvertit dans les médias au début des années 2000. Il fonde en 2011 sa société de production Mad Productions, qui sera à l’origine d’émissions à succès comme Tellement vrai. Il est connu pour la présentation de programmes comme Le Mag ou Les Anges de la téléréalité, et ses chroniques dans Touche pas à mon poste ! et plus récemment Tout beau, tout neuf sur W9, dans lesquelles il assume son franc-parler et son goût pour la provocation.
Mon avis
Une descente brutale, racontée sans filtre
Dans « Addictions : il a suffit d’une fois… », Matthieu Delormeau propose un témoignage à la fois court et frontal, qui ne laisse que très peu de place pour le confort du lecteur. En 192 pages, il revient sur trois années marquées par une spirale addictive qui s’installe progressivement, sournoisement, jusqu’à devenir incontrôlable.
Le récit avance de manière directe, presque sèche, on sent que Mathieu, notre narrateur, cherche avant tout à dire les choses telles qu’elles sont, sans détour. Cette sobriété dans la narration renforce d’ailleurs la dureté des faits : plus le ton est simple, plus la réalité qu’il décrit paraît brutale.
On est loin de l’image médiatique souvent associée à l’animateur. Ici, il n’est plus question de provocation ou de divertissement, mais d’un retour sur soi, parfois inconfortable mais toujours très lucide.
« Dans ce livre, j’avais promis de dire toute la vérité. Toutes mes vérités. De ne pas mentir. Et c’est ce que j’ai fait. J’ai bien conscience que ce que j’écris peut choquer. »
Une lecture d’une traite… mais pas sans impact
Le format joue énormément dans l’expérience de lecture. Avec ses 192 pages et son style très fluide,ce livre se lit extrêmement vite, presque trop vite, en réalité. Je me suis laissée happer par cette écriture sans filtre, comme une confession.
Tu avances, page après page, avec une certaine facilité… mais le fond, lui, est loin d’être léger. Car derrière cette apparente simplicité se cache une vraie violence émotionnelle. Ici, l’addiction est insidieuse, répétitive, presque banale dans sa manière de s’installer.
Et c’est précisément ce qui met mal à l’aise. Il n’y a pas de grand basculement soudain, pas de moment clé clairement identifiable : tout glisse lentement, jusqu’à ce que la chute soit déjà bien entamée. Cette absence de rupture nette rend le récit d’autant plus crédible… et inquiétant.
Car derrière cette fluidité, il y a une violence sourde. Celle de la dépendance qui s’installe sournoisement, celle des rechutes, celle du silence aussi. Matthieu Delormeau raconte, simplement.
Comprendre les mécanismes de l’addiction
L’un des aspects les plus intéressants du livre réside dans cette tentative de mise en lumière des mécanismes de l’addiction. Matthieu Delormeau ne se contente pas de raconter ce qu’il a vécu : il cherche aussi à comprendre comment il en est arrivé là.
Il montre bien à quel point l’entrée dans la dépendance peut sembler anodine. Une première fois. Une envie de relâcher la pression. Un contexte festif. Et puis, sans vraiment s’en rendre compte, l’habitude s’installe, les repères se brouillent et le besoin prend le dessus.
Ce qui est particulièrement marquant, c’est la lucidité dont il fait preuve a posteriori. Il ne nie pas ses responsabilités, il ne se cherche pas d’excuses. Il parle de choix, de facilité, de fuite aussi. Et ce positionnement donne une dimension presque dérangeante au récit, parce qu’il renvoie chacun à une forme de vigilance personnelle.
« La culpabilité est tellement forte qu’il m’est impossible de dire quoi que ce soit. La façon dont les toxicomanes sont aujourd’hui considérés dans notre pays n’aide pas à se défaire de se sentiment. Le cancer, c’est pas de bol. La drogue, c’est ta faute, il ne fallait pas commencer. »
Une image publique fissurée
Quand on connaît Matthieu Delormeau à travers ses interventions télévisées, notamment dans « Tout beau, tout neuf », le contraste est saisissant.
L’image publique, souvent associée à la provocation, à l’ironie ou à une certaine légèreté, laisse place ici à quelqu’un de beaucoup plus fragile. Ce décalage crée une forme de surprise, désorientant le lecteur (pour moi en tous cas). J’ai découvert un homme qui doute, qui chute, qui se perd et qui tente de se reconstruire sans chercher à redorer son image.
Mathieu insiste sur ses erreurs, sur ses failles, sur cette tendance à choisir la facilité. Une idée qui revient comme un fil conducteur tout au long du livre.
Un témoignage utile… mais imparfait
Il faut être honnête : sur le plan purement littéraire, ce livre reste assez simple. La plume est efficace, mais sans réelle recherche stylistique. Certaines idées reviennent plusieurs fois, certains passages donnent une impression de répétition, comme si l’auteur tournait autour des mêmes constats.
Mais en même temps, cette répétition fait aussi écho à la réalité de l’addiction elle-même : un cycle, des rechutes, des pensées qui reviennent en boucle. Ce n’est peut-être pas totalement maîtrisé d’un point de vue narratif, mais ce n’est pas non plus dénué de sens.
Ce livre est là pour témoigner, alerter, faire réfléchir. Et sur ce point, il remplit parfaitement son rôle.
Je regrette juste que la partie consacrée à la reconstruction soit moins développée. Après une descente détaillée et incarnée, la remontée semble plus rapide, presque abrégée. J’aurai aimé rester davantage dans cette phase, comprendre plus finement les étapes, les difficultés, les éventuelles rechutes psychologiques.
Mon ressenti de lecture
J’ai lu ce livre d’une traite et c’est assez révélateur. Il y a quelque chose de très accrocheur dans cette parole directe, presque brute, qui donne envie d’aller au bout rapidement. Mais une fois le livre refermé, le ressenti est plus nuancé.
Je n’ai pas été bouleversée au sens émotionnel fort, mais plutôt marquée par un certain malaise. Pas un malaise négatif, plutôt une forme de prise de conscience. Ce n’est pas un livre qui cherche à tirer des larmes ou à choquer à tout prix, mais il laisse une impression persistante, un peu dérangeante.
Ce qui m’a le plus touchée, ce n’est pas tant la descente en elle-même, mais cette lucidité froide sur les propres choix de Mathieu. Le fait qu’il assume, sans détour, avoir choisi la facilité à plusieurs reprises, donne une dimension très humaine au récit.
En revanche, je reste un peu sur ma faim. J’aurais aimé ressentir davantage d’émotions, être plus immergée dans certaines phases, notamment la reconstruction. C’est un témoignage intéressant et nécessaire, mais qui, pour moi, n’exploite pas totalement tout son potentiel émotionnel.
Ce que j’en retiens
Ce qui frappe, c’est cette phrase :“Le vrai courage, ce n’est pas d’arrêter, c’est de ne jamais commencer.” Elle résume tout et remet en question la notion de courage, en la déplaçant vers la prévention plutôt que vers la réparation.
Mais au-delà de ça, ce livre rappelle quelque chose de plus large qui met mal à l’aise : l’addiction n’est pas un phénomène lointain, réservé à d’autres. Elle peut concerner tout le monde, sous des formes très différentes (drogue, alcool, médicaments, etc…) et s’installer beaucoup plus vite qu’on ne l’imagine, souvent sans même qu’on s’en rende compte.
Et c’est peut-être ça, au fond, ce qui reste après la lecture : cette idée que la frontière est bien plus fragile qu’on ne veut bien le croire.
« Ce que j’espère, c’est que ce livre serve à quelque chose. Que la police comprenne. Que la justice comprenne aussi. Un toxicomane, c’est un malade. Et ça ne sert à rien d’enfermer un malade en cellule pendant des heures, puis de le renvoyer chez lui sans médicaments, sans suivi, en lui disant juste : « Si tu recommences, gare à toi. » »

En bref…
Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : j’avais envie de découvrir le parcours de Matthieu Delormeau, et pour lire un témoignage sincère sur l’addiction, mieux comprendre ses mécanismes.
Auteur connu : je connais et apprécie le chroniqueur télé.
Émotions ressenties lors de la lecture : malaise, compassion, tristesse, réflexion, lucidité, envie.
Ce que j’ai moins aimé : le manque d’approfondissement sur la reconstruction, certaines émotions peu exploitées, la sensation de survol sur certains aspects.
Les plus : l’authenticité du témoignage, la sincérité, l’immersion et la fluidité de la lecture, le sujet fort et nécessaire, le regard lucide sur l’addiction, l’accessibilité.
Si je suis une âme sensible : ce livre aborde des sujets difficiles. Même sans entrer dans des descriptions choquantes, il peut remuer, surtout par sa dimension réaliste.
