Informations
Titre : La constance de la louve
Auteur : Cécile Baudin
Éditeur : Presses de la Cité
Nombre de pages : 496 pages
Formats et prix : broché 23 € / numérique 12.99 €
Date de publication : 14 mars 2023
Genre : policier historique
Résumé
Lozère, hiver 1835. Un étudiant en médecine est découvert mort devant l’asile d’aliénés qui l’accueillait en formation. Il se serait perdu dans la tempête de neige qui faisait rage la nuit précédente. Mais le juge de paix de Saint-Alban, par ailleurs lieutenant de louveterie, s’interroge sur l’étrange décès. Aidé par une infirmière de l’asile, il met au jour une série d’incohérences, et d’indices troublants.
La piste encore fraîche le mène jusqu’au canton voisin où il déterre d’autres mystères, plus anciens, plus obscurs, qui impliqueraient des notables.
En ce début de XIXe siècle, dans une ruralité où les progrès scientifiques et technologiques se font attendre, l’ombre de la bête du Gévaudan plane toujours sur les monts de la Margeride.
Mais n’y aurait-il pas pire prédateur qu’elle ?
Une enquête passionnante et ténébreuse.
Mon avis
Un peu d’Histoire et beaucoup de mystère pour un roman prenant.
En Lozère, l’hiver est rude. Nous sommes en 1835, à Saint-Alban, petite bourgade de 2000 âmes, un asile psychiatrique est installé dans un ancien château médiéval. Il accueille 150 aliénés et son directeur, Barrot, est aidé dans sa tâche par des religieuses. L’une d’entre elle, Sœur Jeanne, découvre au petit matin, le corps sans vie d’Anatole Bousquet, officier de santé travaillant à l’asile. Victor Chastel, lieutenant de louveterie et juge de paix va mener l’enquête. Il ne croit pas au simple accident.
« A voix basse, elle lui présenta les aliénations incarnées autour d’eux, comme autant d’esprits démoniaques ayant pris possession des corps : les plus courantes étaient la manie, incompréhensible suite de périodes euphoriques aussi exaltées que morbides, et la lypémanie, une forme pathologique de mélancolie absolue et permanente dont les malades ne parvenaient pas à se défaire. »
L’atmosphère qui entoure le récit est glacial, dès le départ, avec l’hiver rigoureux qui sévit dans cette région, où le froid et la neige recouvrent tout. Cécile nous ouvre les portes angoissantes de la psychiatrie, où les aliénistes étaient chargés d’évaluer, de diagnostiquer et de traiter les personnes souffrant de troubles mentaux. J’ai également découvert l’ancien métier de louvetier, qui consistait à chasser et réguler la population de loups.
Autre sujet et non des moindres : le remplacement militaire. Voilà quelque chose dont je n’avais jamais entendu parler ! C’est une mesure controversée qui permettait aux hommes riches de se soustraire au combat lors des guerres. Une fois de plus, l’argent achète tout…J’ai été outrée par cette pratique. L’occasion d’en apprendre un peu plus (ou d’en apprendre tout court, car c’est une période que je ne maîtrise pas du tout, ignare que je suis !) sur les guerres napoléoniennes, de 1803 à 1815.
Victor sera aidé dans sa quête de vérité par Marianne, infirmière et Constance, domestique. Ce trio improbable va apporter chacun ses connaissances et aptitudes pour découvrir la vérité. Et quelle vérité ! L’intrigue va bien plus loin que ce que j’avais imaginé en commençant la lecture. Je ne veux rien spoiler, mais le sujet de la vengeance abordé par Cécile est grave et effroyable. Elle maîtrise à la fois la question et la construction, tout est cohérent et prenant. L’enquête est minutieuse, la tension palpable, les rebondissements nombreux injectent une bonne dose de suspense et de tension.
La plume de Cécile est soigneuse, fluide et immersive. Les détails historiques sont précis, le lecteur fait un réel bond dans le temps. L’important travail de recherches doit être souligné.
Des interludes en italique nous ramènent plusieurs décennies en arrière. Ils cassent le rythme et créent une tension narrative puisque chaque interlude donne un morceau du puzzle au lecteur pour l’aider à comprendre le présent.
Les loups sont omniprésents, Victor est d’ailleurs toujours accompagné par l’un d’eux, Auro, chien-loup. Le mythe de la bête du Gévaudan est ancré dans les mœurs des habitants, et il est même présent sous la forme d’une machine utilisée dans l’industrie de la filature, « Le loup-batteur », servant à aérer et dilater les fibres textiles. Et croyez-moi, après la lecture du passage relatif à cette machine, vous aurez une toute autre vision de la chose…Car le loup se cache également sous forme humaine. Le tueur utilise la ruse et la patience pour traquer sa proie.
Plus on avance dans le récit, plus le tableau d’ensemble prend forme et plus le lecteur ressent des émotions contradictoires. Cécile explore des questions morales et éthiques assez profondes. La légitimité de la vengeance, les limites de la moralité suscitent des débats intérieurs et enrichissent la lecture. Je dois bien vous confesser que j’ai ressenti de l’empathie pour le méchant de l’histoire. Même si je ne cautionne pas ses actes, je n’ai pas pu m’empêcher de comprendre ses motivations. Ce sentiment m’a mis mal à l’aise…
Petit clin d’œil pour le titre, qui prend tout son sens lors de la lecture. La couverture, quant à elle, est superbe et reflète parfaitement l’atmosphère se dégageant du récit.
« La constance de la louve » est un roman qui vous apportera une expérience émotionnelle intense et une belle réflexion sur la moralité. Je vous conseille cette lecture.
« La peur est comme le loup : elle ne se commande pas. Elle attaque dès que l’on a quelque chose à perdre, à la moindre faiblesse révélée. »
Je remercie Cécile et les Éditions Presses de la Cité pour cette lecture.
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En bref…
Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : j’avais beaucoup aimé le premier roman de Cécile, il était évident pour moi de lire « La constance de la louve », même sans en lire le résumé !
Auteur connu : retrouvez ma chronique de « Marques de fabrique » .
Émotions ressenties lors de la lecture : excitation, étonnement, dégoût, colère, compréhension, admiration.
Ce que j’ai moins aimé : RAS
Les plus : la plume, les personnages, le côté psychiatrique, les rebondissements, les parallèles avec les loups, la fin.
Si je suis une âme sensible : attention, quelques scènes sont difficiles.

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