« Là où naissent les illusions » de Jonathan WERBER

Informations 

Titre : Là où naissent les illusions

Auteur : Jonathan Werber

Éditeur : Charleston

Nombre de pages : 496 pages

Formats et prix : broché 21 € / numérique 12.99 €

Date de publication : 11 septembre 2025

Genre : polar historique

Résumé

Une enquête historique haletante où se mêlent crime, magie et hypnose.
New York, 1891.
Il suffit d’un tour de pyrotechnie qui tourne mal pour que Jenny, jeune prestidigitatrice, voie le théâtre où elle se produisait partir en fumée, et toutes ses économies avec.
Désormais redevable d’une dette de plusieurs dizaines de milliers de dollars, elle n’a d’autre choix que de se faire à nouveau embaucher par Pinkerton, la célèbre agence de détectives privés.
Ainsi commence pour elle une nouvelle enquête autour de la mystérieuse disparition d’un bateau et le meurtre d’un des membres de son équipage.
Si Jenny est persuadée qu’il y a une explication rationnelle à tout ça, Alvin, avec qui on l’a obligée à faire équipe, penche plus pour une affaire d’hypnose… Et s’il disait vrai ?

Mon avis

Retour à New York, trois ans plus tard

Après « Là où les esprits ne dorment jamais », Jonathan Werber nous propose une nouvelle enquête portée par Jenny Marton. Nous sommes désormais en 1891. Trois années ont passé et l’auteur nous entraîne, un fois de plus, dans une enquête historique solidement documentée, une plongée dans les marges de la science et de la croyance, avec, en toile de fond, cette question : où s’arrête la rationalité et où commence l’illusion ?

Bonne nouvelle pour les nouveaux lecteurs : « Là où naissent les illusions » peut tout à fait se lire indépendamment. Les éléments nécessaires à la compréhension arrivent toujours à point nommé, permettant de ne pas perdre le lecteur. Pour celles et ceux qui ont lu le premier tome, en revanche, le plaisir est double : on retrouve un univers familier, enrichi, approfondi, plus sombre aussi.

Jenny Marton, toujours en quête de vérité

Jenny n’a rien perdu de ce qui faisait sa force dans le premier roman. Prestidigitatrice de formation, enquêteuse par nécessité, elle reste profondément attachée à l’idée qu’il existe une explication logique derrière chaque phénomène.

Mais la vie ne l’épargne pas. Un tour de pyrotechnie qui tourne mal, un théâtre réduit en cendres et toutes ses économies s’envolent. Endettée à hauteur de plusieurs dizaines de milliers de dollars, elle n’a d’autre choix que de retourner travailler pour l’agence Pinkerton.

Ce retour contraint marque le point de départ d’une nouvelle enquête : la mystérieuse disparition d’un bateau, suivie du meurtre de l’un de ses membres d’équipage. Une affaire qui, très vite, s’éloigne des sentiers battus.

« Selon la méthode Pinkerton, les coupables sont plus évidents qu’on ne le pense. Les premières intuitions de la victime sont souvent justes. Connaissez-vous des gens qui cherchent à nuire à vous ou à votre journal, monsieur Laerne ? »

Hypnose ou illusion ? Une enquête dérangeante

Jenny est contrainte de faire équipe avec Alvin, dont la vision des choses tranche radicalement avec la sienne. Là où elle cherche une mécanique, un truc, une manipulation tangible, Alvin évoque l’hypnose. Une hypothèse qui hérisse Jenny… et intrigue profondément le lecteur. Le duo fonctionne bien, mais leur relation aurait parfois mérité davantage de tension ou de développement émotionnel, notamment dans les moments clés de l’enquête.

Jonathan Werber exploite ici un thème passionnant et encore peu exploré en fiction : l’hypnose à la fin du XIXe siècle, à une époque où elle oscille entre science balbutiante, fascination populaire et peur de la manipulation mentale. Le roman joue vraiment habilement avec cette ambiguïté.

Comme dans le premier tome avec le spiritisme, l’auteur ne tranche pas brutalement. Il installe le doute, sème des indices et pousse le lecteur à remettre en question ses propres certitudes.

« Mesmer était un Prussien né il y a cent cinquante ans. Sa passion, c’était le magnétisme, l’idée que chaque humain puisse exercer une action comparable à un aimant sur ses semblables. C’est pas Mesmer qui l’a inventé, mais il l’a sacrément popularisé. »

Une continuité thématique maîtrisée

Ce deuxième volet s’inscrit parfaitement dans la continuité de « Là où les esprits ne dorment jamais ». Alors que le premier explorait le spiritisme et le charlatanisme à travers les sœurs Fox, « Là où naissent les illusions » se penche sur le pouvoir de l’esprit, la suggestion et la manipulation psychologique.

On retrouve ce même équilibre entre faits historiques réels, intrigue fictionnelle crédible et fascination pour les mécanismes de l’illusion.

Le travail de recherche est une nouvelle fois impressionnant. L’auteur parvient à transmettre des connaissances tout en conservant un rythme soutenu et une tension constante.

Une ambiance toujours aussi immersive

Jonathan Werber parvient une nouvelle fois à créer une atmosphère extrêmement vivante. Si le New York de la fin du XIXe siècle reste un pilier du roman, avec ses docks, ses théâtres, ses bureaux feutrés de l’agence Pinkerton et ses zones d’ombre, l’intrigue ne s’y cantonne pas. L’enquête emmène également Jenny et Alvin jusqu’au Havre, apportant un dépaysement bienvenu et une nouvelle respiration au récit.

« Contrairement à New York, la ville du Havre avait une certaine unité dans son paysage(…). Les couleurs des façades pouvaient changer, mais l’enfilade de bâtiments mitoyens qui s’étirait à perte de vue le long du port offrait une uniformité plaisante, comme si le cœur de la ville battait à l’unisson pour la faire vivre, à l’inverse des buildings new-yorkais qui semblaient tout faire pour apparaître comme le plus grand ou le plus excentrique du lot. »

Presse, opinion publique et fabrication du réel

Un autre aspect particulièrement intéressant du roman réside dans la place accordée au journalisme. L’enquête de Jenny et Alvin évolue dans un monde où la presse façonne l’opinion, amplifie les rumeurs et contribue à brouiller encore davantage la frontière entre réalité et illusion. Tout au long du récit, Jonathan Werber dissémine des articles de journaux venant ponctuer l’intrigue et offrir un regard extérieur sur les événements.

Ces extraits de presse renforcent l’immersion historique et soulignent le rôle central des médias dans la construction des croyances collectives. Ce jeu de points de vue, entre ce que vivent les personnages et ce que racontent les journaux, enrichit le roman et interroge la notion de vérité, déjà au cœur de l’histoire.

Mon ressenti de lecture

J’ai retrouvé avec beaucoup de plaisir la plume de l’auteur, fluide, intelligente et accessible. « Là où naissent les illusions » approfondit encore l’univers créé lors du premier tome et les thématiques, tout en proposant une intrigue autonome et captivante.

Jenny reste un personnage féminin fort, crédible, confronté à un monde d’hommes et de certitudes imposées. Son regard rationnel, mis à l’épreuve par des phénomènes qui la dépassent parfois, rend le récit d’autant plus intéressant.

À qui s’adresse ce roman ?

Je vous recommande cette lecture si vous êtes amateur de romans historiques bien documentés et si vous aimez les enquêtes où la frontière entre vérité et manipulation est volontairement floue.

En conclusion

Avec « Là où naissent les illusions », Jonathan Werber confirme tout le bien que je pensais de sa plume. Il signe une suite intelligente, immersive et stimulante, qui interroge notre rapport à la vérité et au pouvoir de l’esprit. Un roman qui se savoure comme un tour de magie : fasciné, méfiant… et toujours curieux de découvrir le secret.

« Ton erreur, c’est de sous-estimer les femmes. »

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En bref…

Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : parce que c’est la suite de « Là où les esprits ne dorment jamais ». J’avais envie de retrouver Jenny, mais aussi de voir comment l’auteur allait poursuivre son exploration des zones grises entre science, croyance et manipulation. 

Auteur connu : retrouvez ma chronique du tome 1 « La où les esprits ne dorment jamais » et « La meilleure écrivaine du monde ».

Émotions ressenties lors de la lecture : curiosité, fascination, tension, envie.

Ce que j’ai moins aimé : le léger manque de tension entre Jenny et Alvin, mais bon, c’est du petit détail.

Les plus : le cadre historique, l’intrigue et son originalité, les personnages, surtout Jenny, le sujet de l’hypnose et les débuts de la psychologie, la plume. 

Si je suis une âme sensible : RAS

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