Informations
Titre : Une pension en Italie
Auteur : Philippe Besson
Éditeur : Julliard
Nombre de pages : 240 pages
Formats et prix : broché 21 € / numérique 14.99€
Date de publication : 8 janvier 2026
Genre : littérature générale
Résumé
Milieu des années 60, en Toscane.
Un été caniculaire.
Une famille française en villégiature.
Un événement inattendu.
Des vies qui basculent irrémédiablement.
Un secret qui s’impose aussitôt.
Un écrivain, héritier de cette histoire, en quête de la vérité.
Mon avis
Quand les silences familiaux brûlent plus fort que le soleil toscan
Il y a des livres qui avancent à pas feutrés, presque en retenue, et qui, pourtant, laissent une trace durable. « Une pension en Italie » fait partie de ceux-là. Philippe Besson revient à l’un de ses territoires de prédilection : la mémoire familiale, les non-dits, les événements fondateurs que l’on préfère taire plutôt que comprendre. Il explore la façon dont un été peut fissurer des vies entières.
Un été italien sous haute tension
Milieu des années 1960. Une famille française, les Virsac, passe l’été en Toscane, dans une pension italienne écrasée par la chaleur. Le décor est idyllique en apparence : le soleil, la lenteur estivale, l’exotisme rassurant des vacances à l’étranger. Mais très vite, cette douceur factice laisse place à une tension latente.
Paul, le père, est professeur d’italien à Nice. Gaby, sa femme, et leurs deux filles, Suzanne (la mère de notre narrateur), 18 ans, et Colette, 10 ans, se préparent à passer de belles vacances et à découvrir les splendeurs de la région.
Un événement inattendu survient. Brutal. Définitif.
À partir de cet instant, plus rien ne sera jamais comme avant. Ne me soudoyez pas pour que je vous dise de quoi il s’agit. Je ne vous dévoilerai rien !
« Il attend que sa femme et des enfants reviennent de Volterra. Que les choses reprennent leur cours, que tout rentre dans l’ordre. »
Ce qui frappe immédiatement, c’est la manière dont Philippe Besson installe l’atmosphère : la chaleur devient presque suffocante, les corps sont alourdis, les esprits engourdis. Tout semble figé, comme suspendu, et pourtant le drame couve. La Toscane n’est pas ici un décor de carte postale, mais un espace clos, étouffant, propice aux secrets et aux mensonges.
Le poids du secret et la violence du silence
Au cœur du roman, il y a un secret. Un secret imposé, partagé tacitement, que chacun accepte de porter sans jamais le nommer. Et c’est sans doute là que « Une pension en Italie » est le plus juste et le plus troublant : Philippe Besson décrit avec une précision presque clinique la manière dont les familles se construisent parfois sur des silences toxiques.
Ce n’est pas tant l’événement en lui-même qui est au centre du récit que ses conséquences. Comment continuer à vivre après ? Comment grandir avec une vérité tronquée ? Comment se construire quand une part essentielle de l’histoire familiale a été volontairement effacée ?
Le silence devient un héritage. Il se transmet, se déforme, pèse sur les générations suivantes.
Un narrateur en quête de vérité
Des années plus tard, Philippe, héritier de cette histoire, décide de revenir sur cet été italien. Il cherche à comprendre. À reconstituer. À mettre des mots là où il n’y en a jamais eu.
Cette mise en abyme fonctionne particulièrement bien. Philippe Besson brouille volontairement les frontières entre fiction, mémoire et introspection. On retrouve ici un thème récurrent de son œuvre : l’écriture comme tentative de réparation, comme moyen d’affronter ce qui a été trop longtemps enfoui.
La plume est sobre, presque dépouillée. Chaque phrase semble pesée, retenue. Rien n’est jamais trop expliqué, trop démonstratif. Cette économie de mots renforce l’émotion et laisse au lecteur un espace pour ressentir, interpréter, combler les blancs.
« Pour se rassurer, Paul songe que les romans ne sont pas la vraie vie, et que c’est d’ailleurs pour cette raison qu’on en lit. »
Une lecture tout en retenue (peut-être trop)
Si « Une pension en Italie » séduit par son atmosphère et la finesse de son analyse psychologique, il pourra aussi laisser certains lecteurs à distance. Ceux qui attendent un récit plus incarné, des personnages plus développés ou un dénouement plus appuyé pourront rester sur leur faim.
Philippe Besson choisit la suggestion plutôt que l’affrontement, l’allusion plutôt que la révélation. C’est un parti pris assumé, cohérent avec son écriture, mais qui demande une certaine disponibilité émotionnelle au lecteur. Ici, tout se joue dans les non-dits, les regards, les silences, et cela peut frustrer autant que toucher.
Mon ressenti de lecture
J’ai été profondément touchée par le côté feutré de ce roman. Philippe Besson installe une ambiance douce en surface, presque apaisante, alors même que le sujet abordé est lourd, complexe, profondément intime. Cette contradiction m’a beaucoup marquée : on lit dans le calme, mais quelque chose travaille en profondeur.
Ce qui m’a particulièrement parlé, c’est le thème sous-jacent : faut-il vivre pour soi ou pour les autres ? Jusqu’où peut-on aller pour préserver les apparences, protéger une famille, maintenir une image, sans finir par se perdre soi-même ? Le roman montre avec une grande justesse à quel point le renoncement peut devenir une forme d’effacement, et comment le silence, choisi ou imposé, finit par façonner toute une vie.
Malgré la gravité du propos, cette lecture m’a semblé étrangement apaisante. C’est un roman qui se lit lentement, qui accompagne, et qui continue de résonner une fois refermé, comme une réflexion intime que l’on garde pour soi.
Pourquoi lire « Une pension en Italie » ?
- Pour la justesse avec laquelle Philippe Besson décrit les mécanismes du secret familial
- Pour l’atmosphère lourde et solaire à la fois de cette Toscane des années 60
- Pour cette réflexion subtile sur la mémoire, la transmission et l’écriture
- Pour celles et ceux qui aiment les romans introspectifs et mélancoliques
Pour finir
Enfin, le roman se prolonge par un cahier de photos, qui vient renforcer encore cette impression de réel et de mémoire recomposée. Ces images agissent comme des traces, des preuves silencieuses et donnent une autre épaisseur au récit. Elles brouillent un peu plus la frontière entre fiction et histoire familiale et invitent le lecteur à regarder autrement ce qui a été raconté jusque-là.
« Une pension en Italie » est un roman discret, presque fragile, qui s’insinue lentement sous la peau. Il ne cherche pas à choquer ni à séduire à tout prix, mais à dire l’indicible, avec pudeur et précision. Une lecture qui se ressent plus qu’elle ne se raconte et qui rappelle que certains étés ne s’achèvent jamais vraiment…
« Il en a conclu que non, qu’il vaut bien mieux se taire dans ces cas-là, qu’il ne sert à rien de blesser l’être qui compte le plus pour soi, le pilier de son existence, il ne sert à rien surtout de risquer de mettre en péril l’équilibre qu’ils ont atteint, d’envoyer valdinguer vingt-cinq ans de vie commune, et tout ça pour quoi ? »
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En bref…
Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : pour l’auteur, dont j’apprécie le travail sur l’intime et la mémoire. Et puis, franchement, je ne pouvais pas refuser un petit voyage en Toscane !
Auteur connu : retrouvez mes chroniques de « Ceci n’est pas un fait divers », « Paris-Briançon ».
J’ai eu la chance de rencontrer Philippe lors de la Fête du Livre de Saint-Etienne en 2024, où j’ai pu assister à un entretien passionnant.


Émotions ressenties lors de la lecture : mélancolie, étouffement, tristesse, nostalgie, espoir, envie.
Ce que j’ai moins aimé : RAS
Les plus : l’atmosphère, la plume, la justesse psychologique, les thématiques.
Si je suis une âme sensible : une lecture a aborder avec douceur, au bon moment.

