« Il était une fois la guerre » d’Estelle THARREAU

 

sonia boulimique des livres

Titre : Il était une fois la guerre

Auteur : Estelle Tharreau

Éditeur : Taurnada

Nombre de pages : 250 pages

Formats et prix : poche 9.90 € / numérique  5.99 €

Date de publication : 3 novembre 2022

Genre : thriller psychologique

 

blog littéraire

Sébastien Braqui est soldat. Sa mission : assurer les convois logistiques. Au volant de son camion, il assiste aux mutations d’un pays et de sa guerre. Homme brisé par les horreurs vécues, il devra subir le rejet de ses compatriotes lorsque sonnera l’heure de la défaite. C’est sa descente aux enfers et celle de sa famille que décide de raconter un reporter de guerre devenu son frère d’âme après les tragédies traversées « là-bas ». Un thriller psychologique dur et bouleversant sur les traumatismes des soldats et les sacrifices de leurs familles, les grandes oubliées de la guerre. « Toutes les morts ne pèsent pas de la même manière sur une conscience. »

chroniques littéraires

Un roman de chez Taurnada, c’est toujours le même rituel : je me dégage deux jours, en général un week end, pas trop chargé socialement, où je sais que je serai tranquille pour lire. « Il était une fois la guerre » aura été lu en une seule petite journée. Pas d’une traite, mais pas loin. Pourtant, on ne peut pas dire que l’univers de l’Armée et de la guerre me passionne. Mais j’ai fait confiance à Estelle et j’ai bien eu raison.

Le ton est donné dès le départ. On est bien loin du conte de fée, le titre est là juste pour bousculer nos repères. On sent bien que cette histoire laissera ses stigmates. Sébastien Braqui, la quarantaine, est un soldat français. Ses différentes missions à l’étranger l’ont rendues amer et usé. Marié avec Claire depuis vingt ans, ils ont une fille, Virginie. Toutes les deux deviendront des victimes collatérales, nous le comprendrons au fil des chapitres.

« Pour elle, c’est le métier qui rentre. Bientôt, elle saura que « pas de nouvelles, bonnes nouvelles ». Tant qu’y a pas le chef de corps en grande tenue à sa porte pour lui annoncer que tu reviens dans un sac à viande. »

Les chapitres, d’ailleurs, parlons-en. Un décompte macabre, et plus on se rapproche de la fin, plus les chapitres sont courts. Le rythme est absolument effrayant, la pression monte inexorablement. En alternant le passé au cœur des missions de Sébastien à Shonga, territoire africain, et le présent, avec la purge dont est victime Sébastien, réformé de l’armée, qui s’enfonce inexorablement dans un syndrome post-traumatique destructeur, Estelle impose le rythme.

Elle ne fait pas dans la dentelle. A la page 38, déjà, mon cœur se brise. Première mission de Sébastien à Shonga. Il se lie avec Momar, un gamin faisant du troc avec les soldats pour survivre.

« T’as pas vu son petit frère et son sac. Tu l’as caché alors que t’en avais pas le droit. Il a cru que tu ferais la même chose pour le ramener avec toi. »

Ce gamin va hanter Sébastien toute sa vie. Qu’est-il devenu ? A-t-il survécu à la guerre ? Et lorsque Sébastien deviendra père, le visage du petit Momar viendra se superposer à celui de Virginie, lui rappelant son échec et sa défaite.

La construction est originale, Estelle utilise le « Je », qui est la voix d’un reporter de guerre, décidant d’écrire un livre sur le destin de ces militaires envoyés combattre à Shonga, conspués, rejetés, humiliés à leur retour. Car il est là, le nœud du récit d’Estelle : les séquelles des combats sur les soldats, et leur position dans la société à leur retour, lorsque c’est la défaite qui les accompagne. Car après quatre missions à Shonga, où ils auront tout vu, tout supporté, Sébastien et ses troupes reviendront vaincus, obligés de fuir. Comment retrouver une vie normale après cela, reprendre une vie de famille, lorsque les cauchemars vous hantent et que la pris en charge psychologique est minimale, voire inexistante ? Lorsque l’Armée vous oublie, sciemment, tout simplement, parce que cela dérange. Le constat est absolument terrifiant.

La plume d’Estelle est efficace, travaillée, dense, dure même. Elle développe la psychologie de ses personnages à la perfection. Sébastien, tout d’abord, mais également des collègues soldats, qui réagiront tous différemment à la situation, et sa famille, ensuite, Claire et Virginie. Claire, qui tente coût que coûte de sauver son couple, qui veut y croire, malgré les signes révélant le contraire, et Virginie, qui rejette ce père trop absent, trop « différent ». Estelle pousse le curseur loin, elle décortique, creuse, analyse sans vergogne, avec moult détails, ne laissant rien au hasard. Quel travail !

« La mort d’un homme au terme d’une vie est une peine, celle d’un enfant massacré est un traumatisme pour l’esprit, une parcelle d’humanité qui se sépare de l’âme. Toutes les morts ne pèsent pas de la même manière sur une conscience. »

Un récit à mi-chemin entre roman noir et thriller psychologique, une immersion dans un univers s’assombrissant de plus en plus jusqu’à la fin, que j’ai lue en apnée, accrochée au bouquin, que mes yeux refusaient de lire, et pourtant, il a bien fallu comprendre les mots couchés sur le papier. Et le switch final, que j’ai relu deux fois, pour être sûre de bien saisir.

Vous l’aurez compris, « Il était une fois la guerre » est un roman qui mettra certes, vos nerfs à rude épreuve, mais qui comblera les amateurs. Je me suis régalée, je vous le conseille vivement. Prenez votre barda, agrippez-vous à votre fusil d’assaut, et n’hésitez plus : partez au Shonga avec Sébastien.

Je remercie Joël pour cette lecture et sa confiance renouvelée.

#Ilétaitunefoislaguerre     #EstelleTharreau     #Taurnada

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Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : Taurnada et Estelle, un duo de choc ! Je ne pouvais pas passer à côté de ce nouveau roman !

Auteur connu : « Il était une fois la guerre » est le 6è roman d’Estelle que je lis, et à chaque fois, c’est un uppercut ! Retrouvez les chroniques de ces romans en cliquant ici.

Émotions ressenties lors de la lecture : peur, angoisse, révolte, impuissance.

Ce que j’ai moins aimé : RAS

Les plus : le côté psychologique, la plume, la thématique et cette descente aux enfers.

Si je suis une âme sensible : les scènes au Shonga sont dures, ce sont des scènes de guerre, de guérilla même. Pas de violence gratuite, mais malgré tout, les âmes trop sensibles pourraient être bousculées.

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6 réflexions sur “« Il était une fois la guerre » d’Estelle THARREAU

  1. Eh oui Sonia ça parle de la guerre. Et toutes les guerres sont terribles par leurs conséquences. J’attendrai d’être moins tendue, sinon ma tension risque de prendre ses aises😃. Merci pour tes retours. À bientôt. Bises

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