Informations
Titre : Les enfants du serpent
Auteur : Clarence Pitz
Éditeur : Folio
Nombre de pages : 409 pages pour le poche
Formats et prix : poche 9.50 € / numérique 9.99 €
Date de publication : 12 février 2026 pour le poche
Genre : thriller
Résumé
Tout le monde est capable d’aimer. Même les pires ordures.
- La brutalité des hommes s’abat sur le village de Bumia, à l’est de la République démocratique du Congo. Un groupe armé surnommé « les arracheurs » commet les pires atrocités. Parmi les victimes, Gloria et sa fille Phionah. L’âme blessée, le corps ravagé, elles parviennent à prendre la fuite, laissant derrière elles un champ de cendres et plusieurs dizaines de morts.
- Au cœur de Bruxelles, dans le quartier populaire de Matonge, un homme défiguré et énucléé est retrouvé dans un caniveau. L’inspecteur Karel Jacobs reconnaît la signature des « arracheurs ». A l’approche du procès d’un de ces miliciens, Jacobs craint que les témoins du massacre de Bumia ne soient à nouveau en danger. Engagé dans une course contre la montre, il va devoir se plonger dans ses souvenirs pour sauver la vie des deux rescapées. Mais aussi de ses proches.
Mon avis
Une plongée brutale dans l’horreur humaine et la mémoire des survivants
Accrochez-vous, car Clarence Pitz ne fait pas dans la dentelle ! Elle nous propose un thriller intense, à la frontière du roman noir et du drame humain. Un récit qui confronte le lecteur à l’indicible, à ce que l’être humain peut infliger de pire… et parfois de plus inattendu.
Ce roman constitue le troisième tome d’une série, mais l’intrigue est totalement indépendante (« Ineffaçables » et « Meurs, mon ange » sont les deux premiers tomes). On y retrouve certains personnages déjà présents dans les précédents opus, notamment l’inspecteur Karel Jacobs. Cela n’entrave en rien la compréhension. Je découvre Clarence avec « Les enfants du serpent » et je ne me suis jamais sentie perdue (j’ai juste ressenti une pointe de regret de n’avoir pas lu les précédents).
Le titre, à lui seul, porte une grande part de la noirceur du roman. Il évoque ces enfances brisées, abandonnées à la violence du monde, où l’innocence disparaît bien trop tôt. Une appellation forte, presque symbolique, qui résume parfaitement la brutalité et la fatalité qui traversent tout le récit.
« Les enfants du serpent » est un roman coup de poing, dérangeant, profondément marqué par la violence, mais aussi par une question essentielle : peut-on encore aimer après l’horreur ?
Un récit entre deux continents, entre deux temporalités
Le roman s’articule autour de deux périodes clés :
- 2012, en République démocratique du Congo, dans le village de Bumia, ravagé par un groupe armé surnommé « les arracheurs »
- 2017, à Bruxelles, où une enquête criminelle semble faire écho à ce massacre
Ce double ancrage donne au récit une dimension à la fois géopolitique et intime, mêlant le chaos d’une guerre lointaine à une enquête belge plus classique en apparence… mais tout aussi glaçante.
Le lien entre ces deux temporalités est le véritable moteur du roman et il est exploité avec une efficacité redoutable.
« Le village se dissimule au cœur de cette forêt hostile aux relents maléfiques. Les palétuviers se dressent tel un rempart et se tordent comme s’ils ressentaient le malaise des habitants qu’ils doivent protéger. Leurs racines, aériennes, sont le reflet de chaque âme torturée. »
Une violence frontale, mais jamais gratuite
Dès les premières pages, le ton est donné : ce roman est dur. Les scènes se déroulant à Bumia sont d’une brutalité extrême. Clarence ne détourne jamais le regard. Violences, massacres, destructions… tout est décrit avec une précision qui met mal à l’aise.
Elle montre la réalité de certains conflits oubliés et donne une voix aux victimes.
On ressort de ces passages secoué, parfois révolté…
La plume de Clarence est brute et maîtrisée, toujours juste dans le traitement des émotions. Certains passages sont vraiment frappants, ce sont des uppercuts que se prend le lecteur en pleine face. Mais malgré tout, Clarence conserve une vraie sensibilité dans la manière de raconter les personnages et leurs blessures.
« Ils étaient arrivés à la tombée du jour, fusil à l’épaule, casque vissé sur la tête, bottines noires aux pieds. Ils devaient être une bonne cinquantaine, peut-être plus. Gloria est incapable de le dire. Tout s’est déroulé trop vite et, malgré tout, cette heure en enfer lui a paru une éternité. »
Des personnages marqués dans leur chair et dans leur âme
Gloria et Phionah sont au cœur du récit. Leur survie n’a rien d’une victoire : elles portent en elles les cicatrices physiques et psychologiques du drame. J’ai trouvé ces deux personnages complexes, elles avancent avec leurs failles, leur détermination à survivre, leur résilience et elles évoluent dans la douleur et la peur.
Côté enquête, l’inspecteur Karel Jacobs apporte une autre dimension. Ce n’est pas un héros lisse : il est hanté, impliqué et profondément humain dans ses doutes (et c’est là que c’est intéressant d’avoir lu les tomes précédents).
Le roman joue justement sur cette tension : « Comment continuer à vivre quand le passé ne vous lâche pas ? »
Une enquête portée par la mémoire
La partie bruxelloise du roman s’apparente davantage à un thriller classique… du moins en apparence. La découverte d’un corps mutilé agit comme un déclencheur. Très vite, l’enquête bascule dans quelque chose de plus vaste, de plus personnel.
Ce qui fonctionne particulièrement bien, c’est la montée progressive de la tension, le lien entre passé et présent et la peur constante que l’histoire se répète.
Clarence construit une course contre la montre efficace, où chaque révélation ajoute une couche d’angoisse.
Un roman sur la mémoire, la survie et… l’amour
Au-delà de l’enquête et de la violence, « Les enfants du serpent » s’impose comme un roman habité par la question de la mémoire et de ce qu’elle laisse derrière elle. Ici, survivre ne signifie pas tourner la page, mais apprendre à vivre avec l’indélébile, avec ces souvenirs qui s’accrochent et refusent de s’effacer.
Ce qui m’a particulièrement marquée, c’est la manière dont Clarence explore la reconstruction. Elle la montre dans toute sa fragilité.
Et puis, au cœur de cette noirceur, il y a quelque chose d’inattendu : la place laissée à l’amour. Un amour qui n’a rien d’évident, rien de léger, mais qui existe malgré tout. Comme une résistance, presque une révolte face à l’horreur. Le roman pose alors un fait troublant, presque dérangeant : être capable d’aimer après avoir été confronté à l’inhumain.
« Est-il possible d’aimer au point de devenir un monstre ? Ou les monstres sont-ils capables d’aimer ? »
Ce que j’ai ressenti
La lecture de ce roman a été une expérience aussi intense que marquante. J’ai littéralement dévoré ce roman en 24 heures, incapable de le lâcher tant il m’a happée dès les premières pages.
J’ai été profondément bousculée par la violence des scènes se déroulant au Congo, parfois même prise à la gorge par leur réalisme. Mais au-delà du choc, j’ai aussi été touchée par la relation entre Gloria et sa fille, par cette humanité qui subsiste malgré tout. En parallèle, l’enquête m’a tenue en haleine du début à la fin, avec cette tension constante qui pousse à tourner les pages sans jamais s’arrêter.
Cela dit, je dois bien reconnaître que certaines scènes restent difficiles à encaisser. Leur dureté peut mettre mal à l’aise et demande une certaine capacité à s’en détacher émotionnellement. Ce n’est pas une lecture confortable, loin de là. C’est un roman qui secoue, qui marque et que l’on ne lit pas sans en ressortir un peu changé.
Pour finir…
« Les enfants du serpent » est un roman noir, dur, mais nécessaire.
Ce n’est pas une lecture confortable. Ce n’est pas non plus un thriller « divertissant ».
Clarence Pitz signe ici une œuvre forte, qui interroge profondément sur la nature humaine : capable du pire… mais parfois aussi du meilleur.
À recommander aux lecteurs qui aiment :
- les thrillers engagés
- les récits inspirés de réalités du monde
- les romans qui laissent une trace durable
« Trois corps écrasés, réduits en bouillie puis en cendres. De la vulgaire main-d’œuvre. Trois vies aussi vite oubliées que remplacées si ce n’est dans le cœur de leur épouse et mère. »
Je remercie la Masse Critique Babélio et les Editions Folio pour cette lecture.

En bref…
Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : j’ai été attirée par le résumé, à la fois puissant et dérangeant, qui laissait présager une lecture marquante. J’étais également curieuse de découvrir la plume de Clarence Pitz, par rapport à sa venue aux Quais du Polar.
Auteur connu : je ne connaissais pas Clarence (pas taper !). J’ai eu la chance de la rencontrer en début de mois aux Quais du Polar.

Émotions ressenties lors de la lecture : choc, malaise, tension, empathie, tristesse, colère, bouleversement, attachement aux personnages, oppression, espoir.
Ce que j’ai moins aimé : peut-être ce chamboulement émotionnel lors de certains passages se déroulant au Congo. Mais c’est plus une difficulté à encaisser, comme je le disais plus haut, qu’un point négatif.
Les plus : le thème, l’intensité émotionnelle, l’intrigue, la construction, les personnages, la tension, le rythme, la plume, la réflexion.
Si je suis une âme sensible : ce roman n’est clairement pas à mettre entre toutes les mains. La violence y est frontale, parfois difficile à encaisser, notamment dans les passages se déroulant en République démocratique du Congo (vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas, je le rabâche depuis le début !).
