« La bouchère » de Kang JIYOUNG

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Résumé

Le jour, elle prépare du kimchi pour sa famille.
La nuit, elle affûte son couteau pour tuer.

Depuis la mort de son mari et la perte de son emploi dans une boucherie de Séoul, Mme Shim se retrouve seule avec ses deux enfants et un réfrigérateur à remplir. Lorsqu’elle tombe sur une mystérieuse petite annonce qui promet soixante-dix millions de wons pour devenir tueuse à gages, elle décide de tenter sa chance.
Elle qui a passé tant d’années à découper de la viande manie la lame avec une précision redoutable… En plus, qui soupçonnerait une femme au foyer, discrète et sans histoire ?

Mon avis

Muranyi Kovacs et Benjamin Jungers apportent une vraie atmosphère au roman. Leurs voix renforcent parfaitement le côté froid, sombre et dérangeant du récit. Les passages les plus tendus gagnent même en intensité grâce à leur interprétation, ce qui rend l’écoute particulièrement immersive.

En revanche, cette version audio met aussi davantage en lumière la construction très fragmentée du roman. Comme l’histoire change régulièrement de personnage et de point de vue au fil des chapitres, il faut rester très attentif pour ne pas perdre le fil. J’avoue avoir eu parfois un peu de mal à me reconnecter à chaque nouveau chapitre.

Cela reste malgré tout une expérience d’écoute marquante, portée par deux narrateurs qui réussissent à transmettre toute la noirceur et l’étrangeté de cette histoire.

Avec un titre pareil, impossible que ce roman ne m’attire pas ! J’avais d’ailleurs croisé Kang Jiyoung lors des derniers Quais du Polar où « La bouchère » me faisait déjà de l’œil ! Mais j’ai pensé à mon pauvre dos et à la pile de livres déjà accumulée dans mon sac : impossible d’ajouter un broché supplémentaire… J’ai choisi d’être raisonnable (je mérite d’ailleurs une médaille !).

Finalement, j’ai eu la chance de découvrir ce roman en version audio grâce à NetGalley. Et autant dire que je ne m’attendais pas du tout à cette lecture !

Une entrée en matière fascinante

Le point de départ est terriblement efficace. Mme Shim, ancienne bouchère désormais sans emploi, tente de survivre après la mort de son mari. Entre ses enfants à nourrir et un quotidien devenu étouffant, elle accepte une proposition aussi étrange que dangereuse : devenir tueuse à gages.

Difficile de ne pas être immédiatement happée par ce personnage. Cette femme discrète, presque invisible socialement, devient une meurtrière redoutable grâce à son expérience de la découpe de viande. Toute la force du roman réside d’abord dans ce contraste glaçant entre banalité domestique et violence extrême. Comme le souligne si bien le résumé, le jour, elle prépare du kimchi, la nuit, elle tue….

L’auteure installe une ambiance froide, oppressante et profondément dérangeante. On ressent rapidement une critique sociale très forte autour de la précarité, de la place des femmes âgées dans la société sud-coréenne et de l’effacement progressif des individus considérés comme inutiles.

Une construction qui m’a davantage déstabilisée

Malheureusement, après un début que j’ai trouvé particulièrement prenant, le roman a pris une direction qui m’a un peu perdue.

Je pensais suivre principalement Mme Shim et son évolution. Or, chapitre après chapitre, le récit change de point de vue pour s’intéresser à d’autres personnages. Tous gravitent autour de Mme Shim, directement ou indirectement, mais cette construction morcelée m’a empêchée de rester totalement immergée dans l’histoire.

Chaque nouveau chapitre demande un temps de réadaptation : nouveau personnage, nouvelle trajectoire, nouveaux enjeux… J’ai parfois eu l’impression que le roman s’éloignait de ce qui faisait sa force au départ. Il faut presque aborder ce livre comme un recueil de nouvelles reliées entre elles par Mme Shim et son univers. Certains lecteurs apprécieront probablement cette construction chorale, mais personnellement, elle m’a tenue un peu à distance émotionnellement.

C’est d’autant plus frustrant que le personnage de Mme Shim avait un potentiel incroyable. J’aurais aimé rester davantage auprès d’elle, comprendre encore plus ses pensées, ses contradictions et son évolution.

Une critique sociale très noire

Même si cette construction m’a moins convaincue, je reconnais à « La bouchère » une vraie singularité. Le roman mélange thriller, roman social et satire avec une noirceur presque cynique.

Kang Jiyoung dépeint une société où l’argent devient une question de survie absolue. Les personnages évoluent dans un monde rude et sans pitié, où chacun tente de sauver sa peau comme il peut. Derrière les meurtres et le suspense, le roman parle surtout de solitude, d’exclusion sociale et de désespoir économique.

Cette dimension sociale donne beaucoup de relief au récit et évite au roman de tomber dans le simple thriller sanglant.

En conclusion

« La bouchère » avait vraiment tout pour me plaire : un titre marquant, un personnage principal fascinant et une idée de départ brillante. Et pendant tout le premier quart, j’ai vraiment cru que ce serait le cas.

Mais la construction chorale du récit m’a malheureusement tenue à distance de l’histoire. J’ai aimé l’ambiance, la critique sociale et l’originalité du sujet, mais je suis restée un peu frustrée par la direction prise par le roman.

Une lecture donc mitigée pour moi, mais qui reste singulière, dérangeante et suffisamment atypique pour marquer les esprits. Les amateurs de thrillers sociaux sombres et de littérature coréenne pourraient y trouver leur compte, surtout s’ils apprécient les récits éclatés et les portraits de société bien noirs.

Je remercie NetGalley et Audiolib pour cette écoute.

En bref…

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