« Ma sœur, serial killeuse » de Oyinkan BRAITHWAITE

Informations 

Résumé

Korede s’est donné pour mission de protéger sa cadette envers et contre tout, et ce n’est pas une mince affaire. Non contente d’être la plus belle et la favorite de leur mère, Ayoola a aussi la fâcheuse habitude de tuer ses amants. Ainsi, au fil du temps, Korede est devenue experte pour faire disparaître les traces de sang et les cadavres. « Seulement, avec Femi, ça fait trois. Et à trois, on vous catalogue serial killer… »
Korede a une vie à mener, elle aussi : elle est secrètement amoureuse de Tade, le séduisant médecin qu’elle croise tous les jours dans les couloirs de l’hôpital où elle travaille comme infirmière. Aussi, lorsque sa jeune sœur jette son dévolu sur Tade, Korede se trouve face à un dilemme : comment continuer à protéger Ayoola, sans risquer la vie de l’homme qu’elle aime ?

Mon avis

Et si votre sœur tuait ses petits amis… et que ce soit à vous de nettoyer derrière elle ?

C’est exactement la situation dans laquelle se retrouve Korede, l’héroïne de « Ma sœur, serial killeuse ». Sa petite sœur, Ayoola, est belle, séduisante, insouciante… et elle a surtout une fâcheuse tendance à tuer ses amants. Korede, elle, est devenue experte pour faire disparaître les traces de sang et les cadavres.

Une drôle de façon de montrer son amour fraternel !

Mais lorsqu’Ayoola jette son dévolu sur Tade, le médecin dont Korede est secrètement amoureuse, la situation devient beaucoup plus compliquée. Jusqu’où Korede peut-elle continuer à protéger sa sœur ? Et peut-on réellement aimer quelqu’un au point de fermer les yeux sur tout ce qu’il fait ?

Avec son titre provocateur et son résumé pour le moins décalé, « Ma sœur, serial killeuse » avait tout pour attirer mon attention. Pourtant, au fil de ma lecture, j’ai découvert un roman assez différent de celui auquel je m’attendais.

Une entrée en matière qui ne manque pas de sang

Le roman commence fort. Très fort même.

Korede est en train de nettoyer le sang laissé par le dernier meurtre commis par sa sœur. Pas de longue mise en place : nous sommes immédiatement plongés dans les conséquences des actes d’Ayoola et dans le rôle très particulier que Korede a accepté de jouer.

Car Korede ne se contente pas d’être la sœur d’une meurtrière. Elle est devenue celle qui nettoie, qui efface les traces, qui réfléchit à la manière de faire disparaître les corps et qui protège Ayoola des conséquences de ses actes.

Une situation complètement folle, racontée avec une certaine distance et une pointe d’humour noir.

Et pourtant, après ce début particulièrement accrocheur, le rythme m’a quelque peu surprise.

Je m’attendais à un thriller très rythmé, avec une succession de meurtres, du suspense et une tension constante. Finalement, « Ma sœur, serial killeuse » est beaucoup plus contemplatif que je ne l’imaginais. L’auteure prend le temps de nous faire connaître ses personnages et surtout la relation particulière qui unit les deux sœurs.

Ce n’est donc pas forcément un défaut en soi, mais c’est un vrai décalage avec ce que le titre et le résumé peuvent laisser penser.

Korede et Ayoola : deux sœurs que tout oppose

Pour moi, le véritable intérêt du roman se trouve dans le contraste entre Korede et Ayoola.

Korede est l’aînée responsable. Celle sur qui on peut compter. Celle qui protège, qui répare les dégâts et qui prend les problèmes des autres sur ses épaules.

Ayoola, elle, est son exact opposé. Elle est belle, elle le sait, elle est la favorite de leur mère et semble avoir toujours obtenu ce qu’elle voulait. Elle est surtout terriblement irresponsable. Et je dois bien l’avouer : Ayoola m’a souvent donné envie de la secouer ! Elle tue ses amants et Korede se retrouve à gérer les conséquences. Pourtant, Ayoola continue sa vie comme si de rien n’était.

Ce qui rend leur relation particulièrement intéressante, c’est que Korede n’est pas simplement victime de sa sœur. Elle participe aussi, volontairement, à ce système. Elle la protège. Elle la couvre. Elle accepte de porter une partie du poids de ses actes.

Et c’est là que le roman commence à poser des questions intéressantes sur la loyauté familiale. À partir de quel moment protéger quelqu’un revient-il à cautionner ses actes ? Et surtout, combien de temps peut-on continuer à protéger une personne lorsqu’elle met les autres en danger ?

Un triangle amoureux assez savoureux

Au milieu de tout cela, Korede a aussi sa propre vie. Elle travaille comme infirmière dans un hôpital et nourrit secrètement des sentiments pour Tade, un médecin qu’elle côtoie quotidiennement. Seulement voilà : Ayoola a également jeté son dévolu sur lui.

La situation est assez savoureuse, surtout lorsque l’on connaît le destin des précédents petits amis d’Ayoola…

Ce triangle amoureux apporte une dimension presque comique à une histoire qui, sur le papier, ne l’est pourtant pas du tout. Et il permet surtout de faire évoluer le dilemme de Korede : jusqu’ici, elle pouvait se convaincre qu’elle protégeait sa sœur. Mais que fera-t-elle lorsque la prochaine victime potentielle serait l’homme qu’elle aime ?

Muhtar, le confident qui ne peut pas répondre

J’ai également beaucoup aimé le rôle de Muhtar, un patient de l’hôpital plongé dans un coma profond. Korede lui rend visite et lui parle. Elle se confie à lui parce qu’elle sait qu’il ne pourra jamais lui répondre ni la trahir.

Ce choix narratif est particulièrement intéressant puisqu’il permet au lecteur d’accéder directement aux pensées de Korede. Avec Muhtar, elle peut laisser tomber le masque et exprimer ce qu’elle ne peut dire à personne d’autre.

C’est aussi un moyen assez subtil de mieux comprendre la jeune femme derrière l’infirmière consciencieuse et la sœur protectrice.

Le passé apporte quelques clés

La construction du roman alterne entre des chapitres qui se déroulent au présent et quelques retours dans le passé.

Ces passages permettent de comprendre l’histoire familiale des deux sœurs et notamment leur relation avec leur père, qui est une figure particulièrement marquante de leur enfance. C’est un homme violent et tyrannique, dont l’influence semble avoir laissé des traces profondes.

Ces retours dans le passé apportent donc des éléments permettant de mieux comprendre certains comportements, notamment ceux d’Ayoola.

Et c’est là que j’aurais aimé que le roman aille beaucoup plus loin.

Des thèmes intéressants… mais trop survolés

Parce que « Ma sœur, serial killeuse » soulève finalement beaucoup plus de questions qu’il n’en approfondit.

La violence familiale, les conséquences d’une enfance marquée par la violence, l’emprise, la culpabilité, la loyauté entre sœurs, la responsabilité, le poids des secrets… Il y avait vraiment matière à développer une réflexion beaucoup plus poussée.

Certaines questions sont particulièrement intéressantes, notamment celle de la responsabilité de Korede. Elle ne tue pas elle-même, mais elle participe à la dissimulation des meurtres. Elle sait ce que fait sa sœur. Elle pourrait parler. Elle choisit de se taire.

Pourquoi ? Parce qu’Ayoola est sa sœur ? Parce qu’elle se sent responsable d’elle ? Ou parce que leur histoire familiale a créé entre elles un lien dont il est difficile de sortir ?

Le roman ouvre toutes ces pistes, mais j’ai souvent eu le sentiment qu’il les effleurait sans réellement les explorer.

C’est ma principale frustration avec cette lecture : j’aurais aimé davantage de profondeur, aussi bien dans les personnages que dans les thèmes abordés. Les réflexions sont là. Elles sont même souvent pertinentes. Mais elles restent parfois en surface.

Une plume fluide et une construction efficace

Côté construction, les chapitres courts rendent la lecture particulièrement fluide.

Même si le rythme est finalement assez posé et contemplatif, les pages se tournent facilement. Les changements entre présent et passé permettent également de distiller petit à petit les informations sur la famille et les personnages.

La plume d’Oyinkan Braithwaite est simple, efficace et agréable à lire. Elle accompagne bien le ton particulier du roman, qui oscille entre situation macabre, humour noir et réflexion sur les relations familiales.

Mon ressenti sur « Ma sœur, serial killeuse »

Je ressors de cette lecture avec un sentiment assez partagé.

J’ai aimé l’idée de départ, le personnage de Korede, le contraste très marqué entre les deux sœurs et cette relation familiale pour le moins toxique. Le mélange entre meurtres, humour noir et vie quotidienne fonctionne également plutôt bien.

J’ai aussi apprécié que le roman ne se contente pas d’aligner les meurtres d’Ayoola et cherche à raconter autre chose. Mais justement, j’aurais aimé que cet « autre chose » soit davantage développé.

Je m’attendais peut-être à un thriller plus nerveux, mais ce n’est finalement pas ce que j’ai trouvé ici. Le roman est davantage une histoire de sœurs, de famille et de loyauté, avec les meurtres en toile de fond.

Et si le choix d’un rythme contemplatif ne m’a pas forcément dérangée, il m’a donné envie d’aller plus loin dans la psychologie des personnages et dans les thèmes abordés.

J’aurais aimé ressortir de cette lecture avec davantage de réponses ou d’émotions autour de Korede et Ayoola. Au lieu de cela, j’ai parfois eu la sensation que le roman s’arrêtait juste au moment où certaines réflexions devenaient vraiment intéressantes.

Une lecture originale, fluide et assez décalée, mais qui, à mon goût, aurait gagné à être plus approfondie.

En bref…

Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : le titre et le résumé ont immédiatement attiré ma curiosité.

Auteur connu : je ne connaissait pas Oyinkan. Pouvoir la rencontrer aux derniers Quais du Polar m’a permis de découvrir son univers. Elle a publié 3 romans, je pense me laisser tenter !

Émotions ressenties lors de la lecture : curiosité, amusement, agacement, surprise, malaise, empathie, frustration, intérêt, questionnement, légère déception.

Ce que j’ai moins aimé : rythme plus contemplatif que prévu, manque de profondeur psychologique, personnages parfois trop peu développés, thèmes intéressants mais souvent survolés, décalage entre la promesse d’un thriller autour d’une serial killeuse et le contenu finalement davantage centré sur la relation entre les deux sœurs

Les plus : début très accrocheur, relation fraternelle complexe, personnages, humour noir, situations décalées, chapitres courts, construction, plume, thèmes intéressants.

Si je suis une âme sensible : ce roman évoque des meurtres et comporte des scènes liées : sang, cadavres, nettoyage des lieux. Rien de particulièrement gore. La violence familiale et les violences du père sont également abordées.

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