« Ta mère et moi » de Guillaume DE TONQUEDEC

Informations 

Résumé

« Papa a été clair, “Je t’aime, je veux faire ma vie avec toi. Alors soit on se marie, soit on ne se voit plus.”
L’ultimatum est sans appel pour toi maman.
Tu revois tout : la rencontre à la gare, la naissance des chats, le bain de mer, le rôti brûlé, l’année entière passée sans nouvelles de l’autre puis les retrouvailles inattendues, au même endroit en Bretagne, l’été d’après, l’envie folle de vous embrasser, l’émotion du premier baiser, de la première fois que les corps se touchent. Les nuits à refaire le monde. Et soudain la demande de papa. Ton oui sort comme une évidence. »
Je suis né d’un coup de foudre.
Quelques années plus tard, à quarante ans, ma mère est diagnostiquée souffrante d’une sclérose en plaques, « une vraie saloperie ». Mon père devient, bien malgré lui, son aidant. Moi, leur fils, j’assiste impuissant à leur chute.
« Ta mère et moi… », répond toujours mon père quand je lui demande comment il va, pensant d’abord à elle en éternel amoureux. Au-delà de la sidération du diagnostic, de l’avancée inexorable de la maladie, de la pudeur de mon père, « C’est écrit quelque part qu’un père ne doit pas dire son amour à son fils ? », c’est avant tout la plus belle histoire d’amour qu’il m’ait été donné de voir que j’ai voulu raconter.
C’est ma façon de les garder auprès de moi, dans une forme d’éternité.

Mon avis

« Ta mère et moi » de Guillaume de Tonquédec est un texte intime, profondément personnel, dans lequel le comédien raconte l’histoire d’amour de ses parents, mais aussi celle d’une famille confrontée à la maladie et au temps qui passe.

Derrière ce titre qui pourrait presque sembler léger se cache une histoire d’une grande tendresse, mais aussi une réalité beaucoup plus douloureuse : celle d’un couple qui va devoir affronter la sclérose en plaques, la dépendance, le vieillissement et, finalement, la maladie d’Alzheimer.

Une histoire d’amour avant d’être une histoire de maladie

Tout commence par une histoire d’amour. Guillaume de Tonquédec revient sur la rencontre de ses parents, leurs retrouvailles, leurs souvenirs, leur mariage et surtout ce coup de foudre.

Il y a quelque chose de très beau dans cette manière de raconter ses parents. On découvre d’abord deux personnes qui se sont choisies, qui se sont aimées, qui ont construit une vie ensemble. Des souvenirs parfois très simples,une gare, la Bretagne, un bain de mer, un rôti brûlé, des chats, des nuits à refaire le monde, mais qui prennent une valeur particulière parce qu’ils constituent les fondations de cette famille.

Puis la maladie arrive. La mère de Guillaume est diagnostiquée, à seulement quarante ans, d’une sclérose en plaques. Et à partir de là, leur quotidien va progressivement changer. Son père devient aidant.

Mais ce qui m’a le plus touchée dans ce récit, ce n’est finalement pas uniquement la maladie. C’est l’amour qui lui résiste.

« Ta mère et moi » : deux êtres qui n’en font qu’un

Le titre prend tout son sens au fil des pages. Lorsque Guillaume demande à son père comment va celui-ci, sa réponse revient inlassablement : « Ta mère et moi… » Parce qu’il ne pense jamais vraiment à lui seul. Il pense à eux. À sa femme. À leur couple. À leur vie commune. À ce qu’ils traversent ensemble.

C’est l’un des aspects les plus émouvants de ce livre. Leur amour forme une sorte de bloc face à la maladie. Ils sont deux, mais semblent ne faire qu’un. Le père devient aidant presque malgré lui, mais il reste avant tout un mari amoureux.

Et derrière les gestes du quotidien, les difficultés, la fatigue et la progression inexorable de la maladie, Guillaume de Tonquédec montre quelque chose de finalement assez rare : un amour qui ne disparaît pas lorsque la maladie bouleverse le corps et le quotidien.

Au contraire, il semble prendre une autre forme, plus pudique, plus silencieuse.

Mais terriblement forte.

Une plume particulière et intime

La plume m’a surprise au début.

Guillaume de Tonquédec s’adresse directement à son père et utilise donc le « tu » dans les passages où il lui parle. Cela donne au texte une tonalité très personnelle, presque comme si l’auteur écrivait directement à celui qu’il a perdu ou qu’il cherche à retenir dans ses souvenirs.

Cette construction donne aussi une impression de proximité avec le lecteur. On entre véritablement dans les souvenirs familiaux de l’auteur.

Il ne cherche pas, à mes yeux, à transformer ses parents en personnages extraordinaires. Il raconte des souvenirs, des scènes de vie, des petits moments qui pourraient sembler anodins et qui deviennent bouleversants parce qu’ils sont chargés de tout ce que l’on sait désormais de leur histoire.

C’est justement cette simplicité qui fonctionne.

Une enfance marquée par la foi et les souvenirs

J’ai été touchée par les passages consacrés à l’enfance de Guillaume et à sa relation avec sa mère.

Elle l’a emmené à l’église lorsqu’il était petit et lui a transmis sa foi. L’auteur revient notamment sur les messes du dimanche et sur un souvenir qui m’a beaucoup marquée : celui de ce SDF présent à l’entrée de l’église, auquel il donnait chaque semaine une pièce d’un franc.

Un geste d’enfant, presque automatique.

Puis la mort de cet homme, d’une pneumonie, qui bouleverse profondément Guillaume.

Ce passage m’a semblé représentatif de ce qui fait la force du livre : les souvenirs les plus simples deviennent des morceaux d’une vie que l’on cherche à préserver.

On comprend alors que Guillaume n’écrit pas seulement pour raconter. Il écrit aussi pour ne pas oublier. Pour conserver ses parents quelque part.

Pour leur donner cette forme d’éternité dont parle le résumé.

Quand l’aidant devient à son tour celui qui a besoin d’aide

Et puis le récit prend une nouvelle dimension lorsque le père de Guillaume développe la maladie d’Alzheimer.

Celui qui était devenu l’aidant de son épouse ne peut plus continuer à occuper cette place de la même manière.

Et Guillaume se retrouve alors lui-même dans la position de l’aidant auprès de sa mère, dont la maladie continue d’évoluer.

C’est probablement l’un des aspects les plus douloureux du récit. Parce que les rôles se déplacent. Les parents vieillissent. Les enfants deviennent ceux qui prennent soin de leurs parents.

Et Guillaume assiste, impuissant, à la fragilisation progressive de ceux qui l’ont construit.

Il y a quelque chose de profondément triste dans cette partie du récit, parce que la maladie finit par toucher tout le monde. Pas seulement celui ou celle qui est malade, mais également le conjoint, les enfants et toute la famille.

La maladie ne concerne jamais une seule personne.

Elle modifie les relations, les habitudes, les rôles et parfois même la manière dont on se définit au sein d’une famille.

Une lecture triste, mais jamais dépourvue de lumière

Je ressors de cette lecture avec beaucoup de tristesse, mais également avec une immense admiration pour cette famille.

Parce qu’au milieu de la maladie, de la dépendance et du déclin, il reste quelque chose de très fort : l’amour. Celui d’un homme pour sa femme. Celui d’un fils pour ses parents. Celui d’une famille qui reste soudée alors que tout pourrait progressivement la faire éclater.

Et c’est là que « Ta mère et moi » dépasse, à mes yeux, le simple récit autobiographique autour de la maladie.

C’est une histoire de couple, une histoire de famille et de transmission. Une réflexion sur les aidants et sur ce que signifie accompagner quelqu’un que l’on aime lorsque la maladie lui enlève peu à peu son autonomie.

Mais surtout, c’est une déclaration d’amour.

Une déclaration d’amour d’un fils à ses parents.

Une fin à l’image du livre

Et puis il y a la fin.

À l’instar du reste du récit, elle est à la fois douce et implacable, triste et pleine d’amour. Guillaume de Tonquédec ne cherche pas à embellir ce qui ne peut pas l’être. La maladie est là, le temps passe, les parents vieillissent et certaines choses échappent définitivement à ceux qui voudraient les retenir.

Mais il reste l’amour. Celui qui traverse les années, les épreuves et la maladie. Celui qui permet de regarder les souvenirs avec tendresse, même lorsqu’ils font mal.

C’est finalement ce que je retiendrai le plus de « Ta mère et moi » : derrière la maladie, le rôle d’aidant et la perte progressive d’autonomie, Guillaume de Tonquédec raconte avant tout une histoire d’amour exceptionnelle entre ses parents et l’amour immense d’un fils pour eux.

J’ai refermé ce livre avec le cœur un peu serré, mais aussi avec beaucoup de tendresse pour cette famille. Je suis triste de ce qu’elle traverse, mais admirative de la façon dont elle reste soudée face à l’épreuve.

Une lecture qui m’a vraiment touchée, même si elle m’a parfois fait mal.

Ce que je retiens de « Ta mère et moi »

J’ai trouvé ce livre très touchant, notamment dans les passages consacrés au couple formé par les parents de Guillaume de Tonquédec.

Ce qui m’a marquée, c’est cette impression qu’ils sont deux mais qu’ils ne font qu’un. Leur amour constitue leur force face à la maladie et donne tout son sens au titre.

J’ai également apprécié la pudeur du récit. Guillaume de Tonquédec raconte des choses très intimes, parfois douloureuses, mais toujours dans la simplicité.

L’émotion vient des souvenirs eux-mêmes. Que ce soit un geste, une phrase, un souvenir d’enfance.

Un fils qui regarde ses parents vieillir et qui comprend qu’il ne pourra pas les protéger de tout.

Et c’est probablement cela qui rend cette lecture aussi émouvante.

On ne peut pas arrêter le temps. On ne peut pas empêcher la maladie de progresser. Mais on peut raconter ceux que l’on aime. Et parfois, écrire leur histoire est une manière de continuer à les garder auprès de soi.

À qui conseiller ce livre ?

Je le conseillerais particulièrement aux lecteurs qui aiment les récits autobiographiques, les histoires familiales, les témoignages intimes et les textes autour de la maladie et des aidants.

En revanche, si vous êtes particulièrement sensible aux récits qui abordent la maladie, la perte d’autonomie, le vieillissement ou la dégradation progressive d’un proche, sachez que certaines pages peuvent être difficiles.

Un livre tendre et douloureux, qui rappelle surtout une chose : derrière la maladie, il y a toujours une histoire, une famille et des êtres qui continuent de s’aimer.

Je remercie la Masse critique Babélio et les Editions Stock pour cette lecture.

En bref…

Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : j’aime les récits autobiographiques et les histoires familiales qui parlent des liens qui nous construisent. Le résumé m’a également intriguée par cette déclaration d’amour d’un fils à ses parents et par la place donnée au couple face à la maladie.

Auteur connu : je connais Guillaume comme tout le monde, derrière le petit écran. Je découvre l’auteur ici, et j’ai été agréablement surprise.

Émotions ressenties lors de la lecture : tendresse, émotion, tristesse, admiration, mélancolie, impuissance, amour, nostalgie, bouleversement, douceur.

Ce que j’ai moins aimé : un récit parfois très triste, certains passages peuvent sembler répétitifs autour de la maladie et de la perte d’autonomie.

Les plus : l’histoire d’amour bouleversante, la relation familiale très forte, la pudeur, les souvenirs d’enfance, la réflexion sur les aidants, la fin, la plume.

Si je suis une âme sensible : ce n’est pas un livre uniquement sur la maladie : c’est avant tout une histoire d’amour et de famille. Néanmoins, les sujets abordés sont difficiles.

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