Informations
Titre : Le fabuleux piano
Auteur : Sonia Devillers
Éditeur : Robert Laffont
Nombre de pages : 288 pages
Formats et prix : broché 21 € / numérique 14.99 €
Date de publication : 27 août 2026
Genre : littérature générale
Résumé
En partant sur les traces de l’instrument disparu, Sonia Devillers restitue l’incroyable histoire de ces pianos-fantômes, arrachés aux juifs, pillés par milliers à Paris, parqués dans des « Camps pour pianos », transportés sous les bombes jusqu’aux confins du IIIe Reich.
Parmi eux, le fabuleux piano de la famille Enoch, célèbres éditeurs de partitions, qui se transmettaient l’instrument de père en fils. Sonia Devillers plonge dans leur passé, constellé des grandes gloires de la musique françaises, des premiers concertos de Maurice Ravel au triomphe mondial d’Yves Montand chantant Les Feuilles mortes de Prévert.
Une saga familiale rythmée par la montée du nazisme, les rafles des juifs à Paris et la résilience des survivants qui taisent leurs blessures, mais cherchent encore et toujours leur piano.
Sonia Devillers écrit cette histoire en la mêlant petit à petit à la sienne. Sa famille juive a fui la Roumanie communiste, laissant derrière elle un piano remarquable que sa grand-mère n’a jamais pu oublier.
Retrouvera-t-on un jour ces instruments ? Qui sait… Les beaux pianos vivent plus longtemps que les hommes.
Mon avis

Quand les pianos deviennent les témoins silencieux de l’Histoire
Lu en juillet dans le cadre de la préparation de la rentrée littéraire, « Le fabuleux piano » de Sonia Devillers paraîtra le 27 août. J’attendais cette lecture avec beaucoup d’impatience. J’avais eu la chance de rencontrer Sonia Devillers lors d’un salon du livre il y a quelques années et j’avais beaucoup aimé « Les Exportés », dans lequel elle retraçait déjà l’histoire de sa famille avec une grande sensibilité. J’étais donc très curieuse de découvrir ce nouveau récit, qui mêle enquête historique, mémoire familiale et réflexion sur la transmission.
Et, une fois de plus, Sonia Devillers réussit à transformer un fait historique méconnu en un récit profondément humain.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, des milliers de pianos appartenant à des familles juives sont confisqués lors des pillages organisés par le régime nazi. Derrière chaque instrument se cache une histoire familiale, une vie, des souvenirs, une identité brutalement arrachée.
En suivant la trace du piano disparu de la célèbre famille Enoch, prestigieux éditeurs de musique, Sonia Devillers remonte le fil d’une incroyable enquête. Elle nous entraîne dans les entrepôts, ces camps pour pianos, où étaient stockés les instruments, raconte leur acheminement vers l’Allemagne et retrace le destin de familles brisées par les persécutions.
Peu à peu, cette quête historique rejoint l’histoire personnelle de Sonia. Les souvenirs du piano abandonné par sa propre grand-mère lors de son exil de Roumanie résonnent avec ceux de tous ces instruments devenus les derniers témoins d’un monde disparu.
« De cette maison éparpillée et désagrégée, un objet s’est détaché : le piano de ma grand-mère roumaine. Comme s’il charriait plus de beauté, mais aussi plus de douleur que tous les autres : un flamboyant demi-queue qu’elle avait dû laisser derrière elle, à Bucarest, longtemps avant ma naissance. Un piano manquant. Un piano obsédant… »
Une enquête historique passionnante sur un pan méconnu de la Shoah
Nous connaissons les spoliations des œuvres d’art, des bijoux ou des biens immobiliers. En revanche, je n’avais jamais entendu parler de ces milliers de pianos réquisitionnés pendant l’Occupation.
Sonia Devillers met en lumière un épisode largement oublié de notre Histoire. Son travail de recherche est remarquable. Elle nous fait découvrir le fonctionnement du pillage organisé, les difficultés des familles à récupérer leurs biens après la guerre et, surtout, l’immense violence symbolique de ces confiscations.
Le piano dépasse rapidement son statut d’objet. Il devient un patrimoine familial, un héritage culturel, parfois même le dernier lien matériel avec ceux qui ont disparu.
« Le travail des cordes se révèle fascinant. A la fabrique, on les tréfile pour les étirer et les rendre plus résistants. Les cordes basses sont ensuite surfilées avec du cuivre, ce qui les rend moins sensibles à la température : encore une invention Erard qui sera copiée dans le monde entier. »
Quand les objets portent la mémoire des hommes
Ce qui m’a particulièrement touchée, c’est la manière dont Sonia Devillers montre que certains objets survivent aux générations.
Un piano n’est pas seulement un instrument de musique. Il accompagne les fêtes familiales, les apprentissages, les moments heureux comme les plus douloureux. Il conserve, silencieusement, les traces d’une existence.
À travers le destin du piano des Enoch, c’est toute une réflexion sur la mémoire qui se dessine. Que reste-t-il lorsque les témoins disparaissent ? Les objets peuvent-ils raconter ce que les hommes ont parfois préféré taire ?
Cette idée traverse tout le roman avec beaucoup de délicatesse.
Une plume sensible entre enquête et récit intime
J’apprécie énormément la plume de Sonia Devillers, élégante, fluide et précise. Elle réussit à rendre accessibles des recherches historiques très documentées tout en conservant une véritable émotion.
Le récit alterne naturellement entre les archives, les témoignages, les faits historiques et les souvenirs personnels. Jamais l’un ne prend le pas sur l’autre. Au contraire, ces différentes dimensions s’enrichissent mutuellement.
L’auteure laisse simplement les faits parler d’eux-mêmes et c’est précisément cette retenue qui rend certains passages particulièrement bouleversants.
« Le contrôle de la culture passera par la confiscation. »
Une histoire familiale qui rejoint la grande Histoire
Ce que j’aime particulièrement dans les livres de Sonia, c’est sa capacité à faire dialoguer l’intime avec l’Histoire.
Au fil des pages, l’enquête sur le piano de la famille Enoch finit par rejoindre celle de sa propre famille, contrainte de quitter la Roumanie communiste en abandonnant derrière elle un piano auquel sa grand-mère est restée profondément attachée.
Sans jamais établir de parallèle forcé entre ces deux tragédies, Sonia Devillers montre combien un objet peut cristalliser le déracinement, l’exil et la perte.
Ces histoires personnelles donnent une dimension universelle au récit.
« Lorsqu’elle redescend, la pièce est nue. Avec le piano, trente ans de sa vie sont partis. La douleur est fulgurante. Ce vide-là, elle ne le remplira jamais. »
Des thèmes forts
À travers cette enquête passionnante, Sonia explore des thèmes riches. Le plus évident est celui de la mémoire, qu’elle soit familiale ou collective. En retraçant le destin de ces pianos disparus, elle montre combien les objets peuvent devenir les gardiens silencieux des histoires que les hommes n’ont pas toujours pu ou voulu raconter. Le roman interroge également sur la transmission, celle des souvenirs, des héritages culturels et des blessures qui traversent les générations.
En abordant la spoliation des familles juives pendant la Seconde Guerre Mondiale, Sonia rappelle que derrière chaque bien confisqué se cachait une vie, une identité et un foyer brutalement anéantis. La musique occupe naturellement une place centrale : bien plus qu’un simple art, elle devient ici un langage universel, un héritage familial et un symbole de résilience face à la barbarie.
Enfin, « Le fabuleux piano » est un livre qui parle de l’exil, du déracinement et de cette douleur particulière que représente l’abandon d’une partie de sa vie. En mêlant l’histoire de la famille Enoch à celle de sa propre famille, Sonia nous invite à réfléchir sur ce qui nous construit, ce que nous transmettons, mais aussi sur ce qui continue de vivre à travers les objets lorsque les êtres ne sont plus là.
Mon avis sur « Le fabuleux piano »
J’ai beaucoup aimé cette lecture.
Bien plus qu’un simple récit historique, « Le fabuleux piano » interroge notre rapport à la mémoire et à ce qui subsiste lorsque les générations disparaissent. En choisissant de raconter la Seconde Guerre Mondiale à travers le destin de ces instruments oubliés, Sonia Devillers offre un regard vraiment original sur la spoliation des familles juives.
J’ai été touchée par son enquête minutieuse, par la pudeur de son écriture et par sa façon de montrer que certains objets deviennent les gardiens silencieux de notre histoire familiale.
C’est un livre qui instruit autant qu’il émeut et qui rappelle avec force que derrière chaque objet pillé se cachait une vie, une famille et un monde que la barbarie a tenté d’effacer.
Une très belle lecture, à découvrir dès sa sortie le 27 août, pour tous les lecteurs qui apprécient les récits où l’Histoire rencontre l’intime.
« Il a retenu les leçons de son père : à Paris, tout est question d’allure ; l’élégance se mesure à la qualité des étoffes, à la coupe impeccable et la sobriété des tons. En semaine, aux Folies Bergères, Wilhelm Enoch côtoie les coquettes et les cocottes et assiste à la naissance d’un genre nouveau sur lequel il va miser : la revue de music-hall. »
Un grand merci à NetGalley et aux Editions Robert Laffont pour cette lecture.

En bref…
Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : le sujet m’a immédiatement intriguée : je connaissais les spoliations d’œuvres d’art pendant la Seconde Guerre mondiale, mais absolument pas cette histoire de milliers de pianos confisqués aux familles juives. Et comme je lisais ce roman dans le cadre de ma préparation à la rentrée littéraire, j’avais particulièrement envie de découvrir ce nouveau texte avant sa sortie.
Auteur connu : j’ai rencontré Sonia à la Fête du livre de Saint-Etienne en 2022, ce qui m’aura permis de lire « Les exportés ».

Émotions ressenties lors de la lecture : curiosité, émotion, tristesse, indignation, fascination, mélancolie, tendresse, bouleversement, espoir
Ce que j’ai moins aimé : peut-être la dimension d’enquête historique qui prend parfois le dessus sur l’aspect narratif, mais franchement, je pinaille.
Les plus : le sujet, l’enquête, passionnante et très documentée, le lien entre grande Histoire et histoire familiale, la réflexion sur la mémoire et la transmission, la plume, les personnages.
Si je suis une âme sensible : pas de violence graphique : Sonia Devillers privilégie l’enquête, la mémoire et l’intime. Âmes sensibles, prévoyez tout de même quelques passages émotionnellement difficiles.

J’avais énormément aimé « Les Exportés’ je lirai celui-là. Merci.
Zoé
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Un roman historique exceptionnel, tout à fait !
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