Informations
Titre : Orchidéiste
Auteur : Vidya Narine
Éditeur : Les Avrils
Nombre de pages : 144 pages
Formats et prix : broché 18 € / numérique 12.99 €
Date de publication : 23 août 2024
Genre : littérature générale
Résumé
Sylvain est orchidéiste. Chaque jour, il prend soin de ses fleurs pour une clientèle exigeante. Des orchidées, il sait tout : la symbolique, l’aventure de leur découverte et les ravages sur la nature de leur commercialisation massive. Aujourd’hui, il aimerait céder sa boutique. Mais dans sa famille, une dynastie d’industriels lorrains, on n’a pas su comment transmettre. Alors, pour mieux habiter l’avenir, Sylvain répare les racines abîmées du passé.
Mon avis
Et si les orchidées avaient plus à nous apprendre sur les hommes qu’on ne l’imagine ?
« Orchidéiste », rien que le titre a suffit à éveiller ma curiosité.
J’ai rencontré Vidya Narine à la Fête du Livre de Saint-Étienne 2025, et son roman m’avait immédiatement interpellée. En effet, j’aime beaucoup les orchidées et j’en ai quelques-unes à la maison. Bon… leur culture est loin d’être une réussite absolue : elles finissent généralement par mourir entre mes mains. Mais ceci est une autre histoire…
Le titre m’a donc forcément intriguée.
Et derrière cette jolie promesse florale, j’ai découvert un roman beaucoup plus vaste, qui parle d’orchidées, de transmission familiale, de solitude, d’écologie et surtout de notre rapport au vivant.
« Je pense aux abeilles qui transportent le pollen d’une fleur a une autre, pour peu que celles ci éclosent a temps ou ne meurent pas sous un gel imprévu. Il faut que je dépose ma richesse quelque part moi aussi, et que la vie renaisse. »
Une lecture qui m’a séduite par sa plume et son univers, même si elle ne m’a pas convaincue sur tous les aspects de son intrigue.
Sylvain, un homme parmi les fleurs
Sylvain est orchidéiste. Il connaît les orchidées, leur histoire, leur symbolique, leurs particularités et leur fragilité.
Chaque jour, il prend soin de ces fleurs pour une clientèle exigeante. Mais son métier est bien plus qu’un simple travail : c’est une véritable passion. Et cette passion se ressent.
Vidya Narine prend le temps de regarder les fleurs, de les décrire et de nous transmettre leur beauté. J’ai apprécié la précision des descriptions. Les corolles, les formes, les particularités des orchidées… La plume devient presque botanique sans jamais perdre sa dimension poétique. Et moi qui aime déjà ces fleurs, je me suis véritablement passionnée pour toute cette partie du roman !
Mais Sylvain n’est pas seulement intéressant pour son rapport aux orchidées. C’est un personnage solitaire et cette solitude m’a touchée. Il semble avoir trouvé auprès de ses fleurs une manière d’habiter le monde, de construire quelque chose qui lui appartient et qui donne du sens à son existence.
On sent à quel point il aime son métier et les orchidées qu’il cultive. Sa passion transpire littéralement des pages.
« Quand mon père est mort, j’ai hurlé à l’intérieur et j’ai mis un temps fou à étouffer ce cri. Un jour il s’est éteint et je n’y ai plus pensé. Je l’avais rempli de sphaigne, de fibres de coco et d’écorces de pin. »
Des fleurs magnifiques… et un commerce qui l’est beaucoup moins
C’est là où j’ai été le plus surprise.
Je savais que certaines orchidées pouvaient être rares, fragiles et extrêmement précieuses. Mais je n’imaginais pas à quel point leur histoire pouvait être liée à la convoitise, au commerce et à la marchandisation du vivant.
Car derrière la beauté de ces fleurs se cache une réalité beaucoup moins séduisante. La rareté attise les convoitises. Elle fait grimper les prix. Elle transforme parfois une plante en objet de désir et de spéculation.
Et Vidya Narine montre parfaitement jusqu’où cette logique peut aller.
Certains sont prêts à se battre pour une orchidée rare dans l’espoir du gain. D’autres veulent absolument mettre la main sur une variété exceptionnelle pour pouvoir l’exhiber.
J’ai notamment beaucoup aimé le regard porté sur les influenceuses, sous la forme de cette jeune femme qui tente d’amadouer Sylvain dans l’espoir d’obtenir l’orchidée rare et hors de prix qui fera une jolie photo sur Instagram.
C’est à la fois amusant, grinçant et finalement assez révélateur. Parce que la question dépasse largement le cadre des orchidées.
Que sommes-nous prêts à faire pour posséder quelque chose que les autres ne peuvent pas avoir ?
Et surtout : que devient le vivant lorsqu’il est transformé en produit, en symbole de richesse ou en objet destiné à être exposé ?
Cette lecture m’a réellement fait réfléchir. Et rien que pour cela, je trouve que « Orchidéiste » est une lecture intéressante, qui m’a ouvert les yeux sur un univers que je connaissais finalement très peu.
« De l’orchidée je ne savais rien, rien de ses trente mille espèces suspendues à la canopée d’Amazonie, aux falaises des plages noires d’Islande et à toutes les caisses des Leroy Merlin. »
Des racines qui ne m’ont pas vraiment parlé
Par contre, je suis vraiment restée à distance de l’histoire familiale de Sylvain et cette notion de racines à réparer.
Et je me demande si ce n’est pas aussi une question très personnelle.
La notion de racines familiales, d’héritage, de transmission et de territoire n’a pas vraiment la même résonance chez moi. Je n’ai plus de contact avec ma famille et j’ai quitté ma région il y a plus de vingt ans pour construire ma vie ailleurs. Je n’ai donc pas cette sensation d’être attachée à une histoire familiale ou à un territoire transmis de génération en génération.
Et peut-être que c’est précisément pour cela que cette partie du roman m’a moins touchée. J’ai eu du mal à comprendre ce besoin de Sylvain de revenir sur son passé, de réparer les blessures familiales et de trouver une forme de continuité entre ce qui a été et ce qui sera.
Ce qui constitue probablement le cœur émotionnel du roman ne l’a donc pas été pour moi.
À l’inverse, j’ai immédiatement compris son rapport aux orchidées. Sa passion, sa solitude, son besoin de prendre soin de ces fleurs : tout cela m’a beaucoup plus parlé.
C’est aussi ce qui rend mon ressenti intéressant à mes yeux : je ne pense pas que l’histoire familiale soit mal écrite ou dénuée d’intérêt. C’est simplement une histoire de racines qui ne trouve pas vraiment d’écho dans ma vie.
Et finalement, cela rejoint assez joliment le titre du roman : nous n’avons pas tous les mêmes racines, ni la même manière d’habiter notre passé.
« Je me souviens beaucoup mieux des fleurs que des gens. »
Une plume très littéraire
En revanche, j’ai beaucoup aimé la plume de Vidya Narine, littéraire, précise, poétique et particulièrement sensorielle.
Elle sait regarder les choses et surtout les faire regarder au lecteur.
Les orchidées prennent une véritable place dans le récit. Elles ne sont pas simplement un décor ou une originalité destinée à donner son titre au roman. Elles sont un personnage à part entière.
Le vocabulaire botanique et les descriptions très précises auraient pu me perdre, mais cela n’a pas été le cas. Au contraire, j’ai trouvé que cette attention portée aux fleurs donnait une vraie singularité au roman.
Un roman qui se veut peut-être trop riche
Ma deuxième réserve concerne le nombre de sujets abordés. En seulement 144 pages, Vidya Narine évoque énormément de choses : les orchidées, leur histoire, leur découverte, leur commerce, leur exploitation, la nature, la transmission, la famille, les héritages, la solitude, les rapports humains…
C’est riche. Peut-être un peu trop…
J’ai parfois eu l’impression que le roman partait dans plusieurs directions, sans toujours avoir le temps de développer chacune d’elles autant qu’elle aurait pu l’être.
Cela ne nuit pas au rythme, je n’ai pas ressenti de véritable passage à vide pendant ma lecture, mais cela donne parfois une impression de dispersion. J’aurais aimé que certains fils narratifs soient davantage approfondis.
Ce que je retiens de cette lecture
Au final, « Orchidéiste » est pour moi une belle découverte, malgré quelques bémols.
J’ai aimé découvrir cet univers fascinant des orchidées, la précision et la poésie avec lesquelles Vidya Narine les décrit, et surtout tout ce que le roman m’a appris sur leur commerce et les dérives liées à leur rareté.
J’ai également été touchée par Sylvain, par sa solitude et par la passion qui l’anime.
En revanche, je suis restée davantage à distance de l’histoire familiale, qui constitue pourtant l’un des axes essentiels du roman. J’ai eu du mal à comprendre ce qui poussait réellement Sylvain à vouloir vendre sa boutique et à réparer les blessures du passé. J’ai davantage accroché aux racines des orchidées qu’aux racines familiales de Sylvain.
Et je regrette peut-être que le roman, court mais très riche, se disperse parfois en abordant autant de thématiques.
Mais une chose est certaine : je ne regarderai probablement plus les orchidées tout à fait de la même manière.
Et ça, pour un livre, c’est déjà beaucoup.
Quant à mes orchidées… elles ont intérêt à survivre maintenant. 😂
À découvrir si vous aimez : les romans littéraires, les histoires de transmission, les personnages solitaires, la nature, les fleurs et les récits qui questionnent notre rapport au vivant.
« L’orchidée tropicale restera pour toujours un signe extérieur de richesse. Comme l’hôtel particulier, le petit personnel, les bijoux, les vêtements de luxe ou la jeunesse éternelle. Mais sa beauté qui semblait invincible flétrit brutalement, alors les marchands repartent labourer les océans à l’assaut de fleurs fraîches. »

En bref…
Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : le titre m’a immédiatement interpellée parce que j’aime beaucoup les orchidées et que j’en ai quelques-unes chez moi… même si leur espérance de vie n’est malheureusement pas toujours très glorieuse ! Ensuite, le résumé a terminé de me convaincre.
Auteur connu : j’ai rencontré Vidyia à la Fête du Livre de Saint-Etienne en 2025.

Émotions ressenties lors de la lecture : curiosité, émerveillement, fascination, tendresse, mélancolie, réflexion, surprise
Ce que j’ai moins aimé : l’histoire familiale qui m’a moins parlé, beaucoup de thématiques abordées en seulement 144 pages, une impression de dispersion par moments.
Les plus : la plume, les descriptions précises et fascinantes des orchidées, la découverte passionnante de l’histoire et du commerce des orchidées, la réflexion pertinente sur la marchandisation du vivant, le personnage de Sylvain.
Si je suis une âme sensible : RAS

Une réflexion sur “« Orchidéiste » de Vidya NARINE”