
Coucou la Book Team, après une première journée riche en découvertes et en rencontres, me voici de retour à la Fête du Livre de Saint-Étienne pour un deuxième jour qui s’annonce tout aussi chargé.

Une matinée qui commence avec Lucie Rico
Pour débuter cette deuxième journée, direction les dédicaces avec Lucie Rico, qui a reçu la veille le Grand Prix de littérature de la Ville de Saint-Étienne pour son dernier roman, « Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ? ».

Crédit photo : Fabrice Roure / Ville de Saint-Etienne
Je n’ai pas choisi son dernier roman, mais « Le chant du poulet sous vide » qui m’attirait davantage et que j’avais repéré la veille. Même dans un salon du livre, il faut parfois savoir écouter son instinct de lectrice !

Après cette première rencontre, j’ai pris le temps de flâner sous le chapiteau. C’est aussi l’un de mes petits plaisirs de salons : passer devant les stands, découvrir des visages, s’arrêter quelques instants auprès d’un auteur, écouter une conversation ou simplement observer l’effervescence ambiante. Pour le moment, c’est assez calme, j’en profite !

Le Centre national du livre : un acteur essentiel, mais parfois méconnu
J’ai ensuite assisté à une conférence consacrée au Centre national du livre (CNL), avec plusieurs intervenantes qui connaissent bien les rouages de la chaîne du livre :
- Agnès d’Halluin, directrice des médiathèques municipales de Saint-Étienne,
- Alexandra Charroin Spangenberg, présidente du Syndicat de la librairie française et responsable de la Librairie de Paris,
- Sandrine Thévenet, éditrice aux éditions Les Avrils.
- La rencontre était animée par Guénaël Boutouillet.
Je dois reconnaître que cette conférence m’a permis de mieux comprendre le rôle de cet organisme et les différentes formes de soutien qu’il apporte au monde du livre.
Soutenir celles et ceux qui font vivre les livres
Le CNL intervient à différents niveaux de la chaîne du livre, notamment en accordant des aides aux auteurs, aux éditeurs et aux librairies. Il soutient également la traduction, contribuant ainsi à faire circuler les œuvres au-delà des frontières linguistiques.
Sandrine Thévenet a notamment expliqué le fonctionnement des commissions auxquelles elle participe. Pour la commission consacrée au roman, les dossiers sont examinés par un groupe réunissant différents professionnels du livre : éditeurs, auteurs, libraires, critiques littéraires et autres acteurs du secteur.
Les commissions étudient les projets présentés et évaluent leur intérêt propre. Sandrine a insisté sur l’importance de juger un projet pour ce qu’il est, plutôt que sur la notoriété de la personne qui le porte. Un auteur ayant publié un premier roman peut ainsi demander une bourse pour se consacrer à l’écriture du suivant.
Derrière les aides accordées, il y a un véritable travail d’examen et de sélection, avec l’objectif de soutenir la création littéraire et de permettre à des projets de voir le jour.

La librairie indépendante, bien plus qu’un commerce
Alexandra a également apporté son regard de libraire, notamment à travers l’exemple de la Librairie de Paris.
Lorsqu’elle a repris la librairie, le CNL a pu l’accompagner grâce à un prêt à taux zéro. Ce soutien illustre l’importance de dispositifs qui permettent aux librairies indépendantes de se développer et de préserver leur activité.
Une librairie ne se contente pas de vendre des livres. Elle participe à la vie culturelle d’un territoire, conseille ses lecteurs, fait découvrir des auteurs et défend une certaine diversité éditoriale. Certains ouvrages, notamment dans des domaines comme les beaux-arts, se vendent moins, mais méritent malgré tout de rester disponibles en rayon.
C’est tout l’intérêt de défendre la bibliodiversité : permettre à des livres différents de trouver leur place, même lorsqu’ils ne sont pas ceux qui se vendent le plus facilement.
La période du Covid a d’ailleurs montré à quel point les librairies pouvaient être fragilisées par une fermeture prolongée et combien le soutien à l’ensemble de la filière est nécessaire.
D’ailleurs, si vous souhaitez découvrir l’envers du décor et mieux comprendre le quotidien de celles et ceux qui font vivre les livres, je vous invite à lire mon article consacré aux coulisses de la librairie de Paris.
La Fête du Livre, un événement qui ne se limite pas aux dédicaces
Le CNL participe également au financement de manifestations littéraires comme la Fête du Livre de Saint-Étienne. Il contribue notamment à la rémunération des auteurs pour leurs interventions, selon les modalités prévues pour les rencontres et les séances de dédicaces.
J’ai trouvé particulièrement intéressant l’échange autour de la place des rencontres avec les auteurs dans les festivals. Si un événement ne proposait que des séances de dédicaces, les organisateurs pourraient être tentés de privilégier les écrivains déjà connus, dont les livres attirent facilement le public.
En intégrant de véritables rencontres, des discussions et des échanges autour de la littérature, on ouvre davantage la programmation. On peut inviter des auteurs moins connus, faire découvrir des univers différents et donner au public l’occasion de s’intéresser à des livres qu’il n’aurait peut-être jamais remarqués autrement.
C’est une autre manière de faire vivre la lecture, au-delà de l’acte d’achat.

Défendre la lecture et la diversité culturelle
Le CNL intervient aussi dans le domaine de la lecture publique, en lien avec les bibliothèques et les politiques culturelles. Il réalise des études sur les pratiques de lecture et peut jouer un rôle de lanceur d’alerte lorsque les tendances observées interrogent l’avenir du livre.
Les échanges ont également abordé la place des agences régionales du livre, comme l’Agence Auvergne-Rhône-Alpes livre et lecture, qui accompagnent les acteurs du secteur à l’échelle territoriale. Ces structures sont elles aussi confrontées à des incertitudes quant à leurs moyens.
Un autre point m’a marquée : la fragilité de toute la chaîne du livre. Chaque ouvrage représente un travail de création et de fabrication, avant d’être défendu par un éditeur, choisi et mis en valeur par un libraire, puis découvert par un lecteur. Si l’un des maillons s’affaiblit, c’est tout cet équilibre qui est menacé.
Le livre occupe une place majeure dans l’économie culturelle, mais cette position ne le met pas à l’abri des difficultés. La baisse de certaines pratiques de lecture, la hausse des coûts et les contraintes financières pèsent sur un secteur qui a pourtant besoin de diversité et de renouvellement.
Le CNL apparaît alors comme un relais essentiel entre les pouvoirs publics et les professionnels du livre. Son indépendance, liée notamment à la place accordée aux acteurs du secteur dans son fonctionnement, est un élément important de sa légitimité.
Cette conférence m’aura permis de mieux comprendre ce qui se joue derrière les livres que nous retrouvons sur les tables des librairies. Il y a toute une organisation, des choix et des dispositifs de soutien que l’on ne soupçonne pas toujours lorsqu’on ouvre simplement un roman.
Retour sous le chapiteau : des auteurs et des envies de lecture
Après cette parenthèse consacrée aux coulisses du monde du livre, retour à l’ambiance du chapiteau !
Les dédicaces se poursuivaient, notamment celles de Morgane Moncomble et Dahlia Blake, pour lesquelles il fallait s’inscrire à l’avance. L’occasion de retrouver l’effervescence des rencontres littéraires et de croiser d’autres auteurs au fil des allées.
Malgré le monde et la chaleur, j’ai continué ma promenade au gré de mes envies. C’est aussi ce que j’aime dans les salons : pouvoir prendre le temps, découvrir des auteurs que l’on ne connaît pas encore et se laisser surprendre par une couverture, un titre ou quelques mots échangés.




Inondations et sécheresses : deux visages d’un même problème
Changement de sujet pour la suite de la journée, avec une conférence consacrée au cycle de l’eau et à l’hydrologie régénérative, avec Charlène Descollonges.
Et là, je dois bien reconnaître que la déformation professionnelle a parlé 🤣! J’avais déjà repéré le stand de Charlène la veille.
Impossible pour moi de rester totalement détachée dès que l’on commence à parler d’eau, de fonctionnement des milieux et de gestion de la ressource. Mais cette conférence dépassait largement la seule question de l’eau potable : elle invitait à regarder le cycle de l’eau dans son ensemble et à comprendre comment nos aménagements influencent son fonctionnement.

L’eau ne se résume pas à celle qui coule dans nos rivières
Parmi les notions abordées, celle de l’eau verte m’a particulièrement intéressée. Elle désigne l’eau présente dans les premiers mètres du sol, disponible pour les plantes et utilisée par la végétation. Une partie de cette eau retourne ensuite dans l’atmosphère par évapotranspiration et participe aux flux d’humidité atmosphérique.
Cette circulation de l’eau entre les sols, la végétation et l’atmosphère rappelle que le cycle de l’eau ne s’arrête ni aux limites d’un bassin versant ni à celles d’un territoire administratif.
La déforestation massive peut ainsi modifier les régimes de précipitations, y compris loin des zones directement concernées. Les échanges d’humidité dans l’atmosphère créent des liens entre des régions parfois très éloignées : on parle alors de téléconnexions atmosphériques.
Autrement dit, les choix d’aménagement et d’utilisation des terres peuvent avoir des conséquences qui dépassent largement le lieu où ils sont réalisés.

Retenir l’eau plutôt que la laisser filer
La conférence a abordé l’hydrologie régénérative et l’intérêt de mieux prendre en compte les sols, la végétation et les milieux naturels dans l’aménagement du territoire.
L’idée des villes éponges s’inscrit dans cette réflexion : favoriser l’infiltration de l’eau, préserver les sols perméables, ralentir le ruissellement et redonner aux milieux leur capacité à retenir l’eau.
Ces principes peuvent contribuer à limiter certains effets des pluies intenses tout en favorisant une meilleure disponibilité de l’eau dans les sols lorsque les périodes sèches s’installent.
Le rôle du castor a également été évoqué. Par ses constructions, cet animal peut modifier localement la circulation de l’eau, ralentir les écoulements et créer des zones humides. Son action rappelle que le fonctionnement des écosystèmes peut participer à la régulation hydrologique des territoires.
Enfin, Charlène a parlé du pouvoir glacogène de certains micro-organismes, notamment à travers les travaux de Cindy Morris, directrice de recherche à l’INRAE (Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement). Certaines bactéries possèdent des protéines capables de favoriser la formation de glace à des températures relativement élevées pour un phénomène de congélation. Ces propriétés peuvent influencer la nucléation de la glace dans l’atmosphère et donc certains mécanismes de formation des précipitations.
Une conférence qui donne matière à réfléchir sur les liens entre les sols, les forêts, les villes, les animaux et l’atmosphère. On a parfois tendance à traiter les inondations et les sécheresses comme deux problèmes opposés. Pourtant, ils peuvent être liés à des déséquilibres dans la manière dont l’eau circule, s’infiltre, est stockée et retourne dans l’atmosphère.
Et forcément, quand on travaille dans le domaine de l’eau, ce genre de sujet ne peut que retenir l’attention !
Pour terminer : la littérature prend vie sur scène
Pour finir cette deuxième journée, j’ai assisté à un spectacle des « Mots en scène », autour du livre de Bérénice Pichat, « Un marché noir », porté par la compagnie La Réserve et avec la présence de Bérénice.
Le principe : s’appuyer sur la lecture d’un livre et la mettre en scène pour proposer une autre manière de découvrir le texte et l’univers de son auteur.
J’aime l’idée que la littérature puisse sortir des pages pour rencontrer d’autres formes artistiques. Un livre se découvre habituellement dans le calme, seul avec ses mots et ses images mentales. Ici, le spectacle propose une expérience différente, où la lecture devient matière à interprétation et à mise en scène.
C’était une belle façon de terminer cette journée.
(A noter que les photos étaient interdites pendant la séance.)


Une rencontre insolite en allant au spectacle
