Interview de Jac BARRON

Présentation de l’auteur :

Jac Barron est un self made man, originaire des Deux-Sèvres, en France. À l’âge de 18 ans, il « monte » à Paris pour chercher du travail.

Au hasard de ses rencontres, il fait la connaissance de Bertrand Le Page, manager réputé, découvreur notamment d’Axel Bauer et du duo Mylène Farmer et Laurent Boutonnat. Jac a refusé ses propositions de chanter mais ils sont devenus amis. Ce que voulait Jac Barron, c’était écrire, et Le Page l’a fortement soutenu.

Aujourd’hui, après avoir repris ses études, dont une année en criminologie, il se réalise brillamment comme écrivain, s’offrant le luxe d’entamer sa carrière par une fascinante trilogie dans laquelle il impose un rythme nerveux et un style sans complexe.

AVT_Jac-Barron_5323

Bibliographie :

cicatrices

plasma

51p+Q2AaunL._SY346_

in vitro

Tout d’abord, merci Jac d’avoir accepté mon invitation.

Merci à vous.

D’où vient cette passion pour l’écriture ?

Le désir d’écrire est le résultat de mutations. Tout d’abord mon expérience de vie, où chaque joie, peine, épreuve, sont vécues avec une empathie démultipliée, j’en ai fabriqué des images, pour me rappeler les faits, je déteste les albums photos… (les photos tout court), et pour cause : les images de l’esprit ont une véritable saveur. Au départ, j’en ai beaucoup souffert parce que j’avais du mal à échanger, et aussi parce qu’en plus s’ajoute l’homosexualité, geyser de l’intérieur, sans sommation qui irradie ma vie, cela rend encore plus complexe ce phénomène onirique. Je suis sorti du nid familial à 17ans et demi. J’ai toujours pensé que le travail était mon équilibre, voir mon eldorado. Pour me protéger, j’ai fait appel à un autre outil à ma disposition (je précise qu’elle est disponible à tout le monde) : l’observation. Elle aussi, n’a pas de limite chez moi. Je suis un véritable scanner sur pattes. Toutes ces influences sont stockées dans mon bureau cérébral. Je ne pourrai jamais vivre sans émotions de la mémoire, ni celles du quotidien ( je suis celui qui pleure devant un match de foot quand un joueur marque son but). Alors, vous pouvez me poser encore la question : pourquoi la passion d’écrire ? …Peut-être parce que pour moi l’écriture est la façon ludique de partager avec vous, ma passion de la vie, mais aussi celle que j’ai pour l’invisible, l’inconnu…mais aussi sur ce qui dérange, irrite, choque, traumatise.D’expérience j’ai pris gout au risque, élément essentiel pour l’équilibre de ma vie. Il y a des gamelles, c’est évident, mais je supporte aisément, parce que oui, je suis passionné de ce travail que j’œuvre au quotidien.

Je n’ai aucune angoisse de la page blanche, mais plutôt celle de la noire…par exemple, je ne peux écrire un roman de 200 pages, c’est bien trop court pour moi…et frustrant.

Tes livres abordent des sujets relativement durs, tu creuses dans les tréfonds de l’âme humaine pour l’analyser, pourquoi avoir choisi d’écrire des livres aussi psychologiques ?

La vie n’est pas un parc d’attraction. Pour moi, c’est une évidence. Comme avec l’homosexualité, la différence notoire qu’elle inclut, je ne peux être indifférent à toute sorte de différences et, donc, d’exclusions. Surtout sociales. Le racisme, l’homophobie, la banalisation des sexualités, les violences ordinaires, quotidiennes, ont le don de me faire dresser les poils sur tout le corps. Ma révolte est quotidienne. Elle est encore plus forte quand elle touche les enfants. Alors j’explore. Tout le temps. La vie des autres m’intéresse bigrement. Quand je dis vie, je dis aussi souffrance, parce que cette dernière si elle n’est pas magnifiée elle est subie…et donc catastrophique.

Il y a également l’exclusion intime. Beaucoup de gens, comme moi dans une époque heureusement révolue grâce à la psychanalyse, aimeraient « gommer » ce qu’ils jugent comme un défaut dans leur personnalité. Les épreuves laissent des marques, contaminent notre quotidien, empoisonnent ou nourrissent nos relations ou nos non-relations. Et oui, chacun fait son choix, ou alors le subit. Intimement tout est possible, le meilleur comme le pire. Les actes ont leurs conséquences. J’essaie de faire vivre mes personnages sous ces influences : du meilleur comme du pire, mais ces deux axes sont comme dans nos vie, temporaires et inter changeants. Dans les deux cas, les recherches, les explorations psychiques du bonheur et de la terreur, s’imposent.

Comment fais tu pour être aussi pointu en matière de psychologie ? Comment t’es tu documenté pour écrire tes romans ?

Je me documente de plusieurs manières. Tout d’abord dans l’odyssée de ma psychanalyse. Ensuite dans les livres, surtout ceux qui traitent du psychisme, voir même du parapsychique. Je suis également curieux de l’ésotérisme, sur l’éducation ordinaire mal vécue par certains enfants, et des études sérieuses en Nanotechnologie, la criminologie (ses racines surtout). Le sujet de l’identité sexuelle m’est essentielle. Si je vous disais que la Bisexualité n’existe pas ? Qu’elle est un prétexte à la non assimilation de son orientation propre ? Que ce choix ambivalent peut impacter sur l’équilibre sociale des enfants ?  Et si je vous disais que les couples homosexuels sont les moins violents dans l’éducation de leurs enfants ? Je devine le tôlé de réactions, des plus heureuses aux plus frustrés. A ce sujet, le tabou du sexe, sauf quand il est débridé : le viol, les pédoclastes (casseurs, briseurs d’enfants, c’est la vraie signification du terme « pédophile » qui lui signifie « l’ami des enfants » (non on ne rêve pas)) et tous les terroristes sexuels, sont légions. Leurs places dans nos journaux et dans nos informations télévisuelles sont quotidiennes et ce n’est jamais vraiment approfondis dans nos politiques. Je pense que l’équilibre et l’amour sont LES interdits névrosés de notre époque…le reste est du voyeurisme, de la banalisation, de la souffrance. De temps en temps il y a des émissions très intéressantes, mais j’ai trop de doigts pour les compter…Quant aux religions, elles sont les nerfs de la guerre et les responsables de nos divisions humaines. Un parcage en bonne et due forme des peurs pour mieux contrôler. Les âmes fragiles optent pour les drogues …les âmes éducatives pour les religions.  La personnalité n’a plus sa place, sauf si elle est « formatée », alors elle est juste « tolérée » . C’est ici que je me positionne. Je pense que l’imaginaire est un vrai et beau remède. Vous pouvez choisir votre genre littéraire, l’art est un remède redoutable, une cure de jouvence et de liberté de choix.

Peu m’importe les critiques (bonnes ou mauvaises) qui me sont destinées (elles sont signes d’une grande et belle santé) et si elles font « réagir » alors je me sens « utile ».

Dans l’aventure et les découvertes, j’ai besoin de ce ressenti d’utilité. Les sujets sociétaux m’excitent toujours !

Quelle est la phase la plus difficile dans l’écriture d’un roman ?

Certainement pas l’angoisse de la page blanche !! Personnellement c’est plutôt l’inverse ! Je dois veiller à ne pas écrire « trop dilué dans l’analyse ». Ma générosité peut me coûter un contrat (sourire) ; mais vous savez quoi ? J’ai toujours aimé des gros pavés quand les sujets donnent l’impression d’être « survolés » tout en sous entendant une forme de vérité …comme les nouvelles frissonnantes. Je trouve dommage que l’on méprise les nouvelles : elles sont certes courtes, mais elles représentent un exercice délicieux de concentré que sont l’imaginaire, le suspense et d’un final marquant. Alors me demander de « réduire » mon débit littéraire est tout à fait possible dans la construction d’une nouvelle, la limite de ce genre de récit oblige à l’exercice, par contre me limiter en nombre de pages dans un roman, c’est comme m’imposer un régime alimentaire : c’est simplement impossible.

Ce qui est très excitant c’est le calibrage du suspens dans mes romans. J’y prête une attention particulièrement sournoise et toujours surprenante pour moi (si je ne découvre aucun sursaut, j’ai bien peur qu’il en soit de même pour le lecteur…). Les couvertures, le suspens, tout est travaillé chez moi. J’éprouve bien souvent plus de fatigue que de la difficulté !

Es tu un adepte des plans avant la phase d’écriture ?

Pas du tout ! Le principe du « calibrage » me terrifie. J’aime laisser le lecteur (travailler) oui désolé, je file les ingrédients et quelques consignes, mais j’insiste pour que le lecteur fasse la popote et se sente concerné à la fabrique d’images qui le feront réfléchir, sortir des sentiers tout tracés de la soi-disant « normalité », qui le suivront et pourquoi pas (allez…rêvons ?) l’aideront ?

Les plans, selon moi, ne fonctionnent jamais. Par contre, faire croire qu’il n’y en a pas, mais qu’en fait vous vous faites avoir…ça, je le valide !

Je commence mes 600 pages avec un seul mot. Le reste n’est que découverte…

As tu contacté beaucoup d’éditeurs avant d’être publié la première fois ?

Mon premier contact est celui avec Transit éditeur. Le seul manuscrit envoyé par internet. La maison d’éditions TRANSIT avait tout pour être une belle maison. J’ai publié mes deux premiers Opus de la Trilogie des Pulsions ( Cicatrices et Plasma ) chez eux, en confiance. La réalité fut l’enfer. Je n’ai gagné aucun centime. La fermeture de la boite, dûe à sa direction Véreuse de Mr Turgeon (je n’hésite pas à nommer le bourreau). Si ! En prime j’ai eu droit à cette belle phrase : « Bienvenue dans le monde de l’édition, Jac, cette épreuve te rendra plus fort ». J’ai eu bien des épreuves, mais aucune ne m’a freiné dans mon envie d’écrire. Ensuite la rencontre avec Stephen Carrière (Editions Anne Carrière) qui après un rendez-vous de 1O minutes m’a fait signer le roman « ADDICTIONS ». Ce fut la première fois que je fus payé par un éditeur. C’était une « révélation » pour moi. Le résultat fut surprenant. Le roman plaisait, mais son univers ne convenait pas avec l’identité éditoriale de la maison. Nous nous sommes séparés en adultes et rien ne m’interdit de proposer un nouvel ouvrage à Stephen Carrière. Ensuite c’est NumériKlivres. Nouvel éditeur numérique et papier. Ne jugeant pas mon univers, j’ai signé. Je suis et reste agréablement surpris que la composante « gros pavé » ne freine en rien le lectorat. Bien au contraire.

Les nouvelles couvertures de tes romans ont été réalisées par Françoise Nielly…..Comment l’as tu rencontrée ? Comment avez vous travaillé pour arriver à ce résultat ?

D’abord, Françoise Nielly est mon artiste peintre favori. J’ai toujours aimé l’humanité, la beauté, les souffrances, qui transpirent de ses tableaux. Avant je travaillais avec une graphiste. Les images de bases étaient ensuite copiées par d’autres éditeurs et parfois même sur des boitiers de films DVD. Pourquoi ? Mais parce que ces images de bases ne sont protégées pour UNE œuvre, mais peuvent être utilisés sur tous les supports publics… J’ai donc décidé de rendre un visage unique à mon travail. Il me fallait prendre contact avec Mme Nielly. L’ironie du sort fait que sans le savoir, je connaissais son…fils, Antoine. Je n’avais jamais fait de rapprochement.C’est lors d’une discussion que le lien s’est éclairci. C’est ce qui a facilité le « contact ». Le bonheur ne s’arrête pas là, Madame Nielly me cède les droits d’exploitation de son travail sur mes couvertures. Je n’ai qu’à choisir le tableau qui se rapproche au mieux de mon histoire. Je suis comblé.

On ne te vois pas souvent en salon, pourquoi ?

J’aurai aimé faire les salons uniquement en compagnie de mon ami Ingrid Desjours (suis mort de rire devant l’énormité du concept « uniquement » ). En général, je m’amuse beaucoup en sa compagnie et à chacune de nos rencontres, il y a de la joie à volonté… Mais bien entendu, en réalité, c’est (pour le moment) impossible !! lol (nous ne sommes pas chez le même éditeur !)

J’avoue que faire un salon est une envie rare. Mais cela me va pour le moment. Votre salon en solitaire est une première, peut être aussi l’amorce d’un futur plaisir ?

Ce qui me plait dans votre salon, c’est « l’idée » de la rencontre. Je vais rencontrer Fabio Mitchelli pour la première fois, je pense que l’on va agréablement échanger. Mais bien évidement, mon désir premier reste celui avec les lecteurs (que j’aime plus que tout), cette situation m’excite totalement.

Si tu pouvais te réincarner en l’un de tes personnages ça serait dans lequel et pourquoi ?

J’aime et déteste tous mes personnages ! Seul Zacharie sort du lot. J’ai une affection particulière pour lui car il a un don avec les …chats ! (Rires)

Ta recette de cuisine pour écrire ?

Une entrée qui donne faim. Un plat de résistance qui rassasie. Un dessert qui scotche.

Une introduction qui fracasse ( lol), un trame solide qui maintient l’attention, un final qui assène le lecteur .

Tout chez moi est lié : la nourriture physique, psychique et spirituelle.

Le mot de la fin est pour toi :

« Le mot de la fin » ? …à part : venez nombreux ?  (Sourires)

Il n’y a pas de fin pour moi, tout au plus des morts et des naissances succédées, permanentes …

Merci de votre invitation !

affiche.jpg

affiche 2017

Jac Barron sera présent en dédicace au salon du livre de Boen (entre Roanne et Saint Etienne), les 13 et 14 mai prochain.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s