Interview d’Alain DENIS

Présentation de l’auteur :

Je suis retraité depuis dix ans déjà. J’ai exercé le métier d’enseignant d’abord au Lycée Simone Veil avant qu’il ne déménage sur Saint-Priest et au collège Jules Vallès de La Ricamarie lorsqu’il a été expérimental puisque j’étais un des participants actifs à l’élaboration de l’hypothèse pédagogique. Puis en 1981 j’ai eu l’opportunité de rejoindre l’Université Jean Monnet sur un poste d’enseignant de mathématiques au département Génie Mécanique et Productique de l’IUT. J’en ai même été le responsable pendant deux mandats. Par ailleurs mes activités de chercheur en Didactique des Mathématiques m’ont conduit à enseigner cette discipline en licence et master au département de Mathématiques de la faculté des Sciences ainsi qu’en Sciences de l’Education sur le site Tréfilerie, où se déroule en grande partie l’action de mon dernier livre !

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Bibliographie :

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Tout d’abord, merci Alain d’avoir accepté mon invitation.

Vous signez votre quatrième polar. Comment en êtes-vous venu à écrire ?

C’est sûrement une très longue histoire liée au plaisir de lire dès mon enfance. Mes parents m’ont permis de rencontrer une multitude d’auteurs et d’aimer toute forme de littérature. Parmi lesquelles bien sûr les romans policiers. J’ai souvent écrit. Des poèmes dans mon enfance par exemple. Quelques nouvelles. Puis professionnellement des articles dans des revues ou des livres de Didactique mais cela est un vraiment travail scientifique dans lequel le style littéraire n’est pas à dédaigner mais où l’imaginaire n’a pas sa place. Ecrire des histoires fictives est un grand changement pour moi, une grande bouffée de liberté totale ! Je profite de ma retraite !

Vous dépeignez des mondes totalement différents à travers vos romans (la noblesse ardéchoise, le BTP, les galeries d’arts et les céramistes, et enfin le monde des universitaires). Où trouvez-vous toute cette inspiration ?

Je pense qu’il s’agit en quelque sorte d’un vestige de déformation professionnelle. Dans les recherches, européennes particulièrement conduites avec le Centre de Recherches en Education de l’UJM, j’ai eu à pratiquer et théoriser des enquêtes de terrains selon les principes scientifiques de l’anthropologie, l’ethnologie, la sociologie. Il s’est forgé en moi la volonté de décloisonner les disciplines qui se traduit encore dans mes romans par une grande variété de points de vue. Quant à la céramique, c’est un peu plus particulier. La céramique est un loisir que je pratique depuis ma retraite à l’association Renc’Art Céramique à Saint-Etienne, fondée il y trente ans par mon frère, et dont j’ai même assuré la présidence quelques années. L’occasion de faire de belles rencontres avec des artistes formidables et de les raconter dans le roman « Sang de Bœuf » !

Comment avez-vous créé le commandant Hervé Poitevin, votre personnage récurrent ?

A vrai dire j’ai longtemps hésité entre un détective privé plus libre de ses actions et un policier. Mais je souhaitais tout particulièrement que mon personnage soit confronté au travail en équipe comme je l’ai été tout au long de ma vie. Voilà pourquoi le commandant Poitevin est devenu mon personnage principal dont la vie est en quelque sorte le  « fil rouge » de mes romans. Il y a sa vie privée qui évolue parfois de façon chaotique et douloureuse. Sa vie professionnelle aussi se modifie, il deviendra commissaire. Ce qui le caractérise, du moins c’est ce que j’essaie de faire vivre quand j’endosse ce personnage lors de l’écriture, c’est qu’il veut absolument garder son libre-arbitre, sa morale, sa déontologie qui le placent au service des autres. C’est un policier éminemment humain avec tout ce que cela veut dire de force et de faiblesse, de bonheur et de souffrance.

Votre dernier roman vous a valu la « une » du Progrès, on ne s’attaque pas impunément à l’université de Saint Etienne. C’était important pour vous d’écrire une histoire qui se passait chez vous ?

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Heureusement qu’il ne s’agit que d’une Une publicitaire ! Oui, bien sûr, comme « Sang de Bœuf » a été un hommage au monde des créateurs céramistes que je connais assez bien, « Meurtre à Tréfilerie » est une révérence amicale, un clin d’œil à mes collègues ! J’espère que le lecteur sentira la vérité de certaines descriptions issues de mon propre vécu. C’est la formidable liberté que donne l’écriture littéraire et tout particulièrement du roman policier de pourvoir, dans un décor fictif et romancé et néanmoins bien réel, faire agir et se rencontrer des personnages complètement imaginaires qui se comportent et agissent de façon tout à fait vraie !

A-t-il été dur de publier votre premier roman ? Avez-vous eu beaucoup de refus ?

Pas facile en effet. J’ai eu le tord de « sauter » sur la première offre. J’étais tout à la joie d’avoir été retenu mais j’en ai oublié d’étudier le contrat de façon raisonnable. Financièrement j’ai obtenu un bénéfice négatif pour des exemplaires que j’ai dû acheter moi-même à l’éditeur allemand à un tarif exorbitant ! Heureusement que le hasard fait bien les choses et que peu de temps après j’ai rencontré Benoît Aubin qui venait de reprendre Actes Graphiques. Les éditions du Caïman avaient elles aussi retenu un de mes textes. Mais je reste fidèle à mon éditeur. Il y a entre nous une vraie amitié.

Qui se charge de dessiner vos couvertures si particulières ?

Oui,  vous les avez remarquées ? Elles ont un style, une « patte », il y a d’un roman au suivant quelque chose de semblable qui identifie l’auteur et un objet particulier qui cristallise le sens du roman. La pelleteuse d’où s’échappe un filet rouge de sang pour « Béton Armé », ce vase de couleur rouge, ce rouge si difficile en céramique appelé justement « rouge sang de bœuf » avec la représentation du Central de Fauriel. Puis pour « Meurtre à Tréfilerie » on voit tout de suite le bâtiment des Glacières et les chaussures dans une flaque de sang entre deux voitures ce qui forme la découverte macabre faite en arrivant un matin de rentrée universitaire par une jeune thésarde chargée de cours, ce par quoi débute le roman. Celui qui réalise ceci est un talentueux dessinateur illustrateur, J-O Barrez, qui arrive, avec somme toute peu de traits, mais parfaitement significatifs, à créer l’ambiance qu’on retrouve dans le roman.

Quels sont vos auteurs préférés ?

Si ma mémoire est exacte l’un des premiers romanciers que j’ai lu, dans le genre policier, a été Georges Simenon. Puis vint Agatha Christie bien sûr. Mais aussi Maurice Leblanc, ah Arsène !, et Gaston Leroux, ah Rouletabille !, mais aussi beaucoup de classiques de la littérature. Je continue à lire, pas que des policiers, mais j’aime bien Fred Vargas, Michael Connelly, Hennig Mankell et bien d’autres. Mais aussi mes collègues d’Actes Graphiques comme Bernard Rivière ou des éditions du Caïman comme Guillaume Audru, Martine Nougué et bien sûr Jean-Louis Nogaro. Il faut être éclectique, ouvert dans la vie ! J’apprécie aussi beaucoup certaines séries policières télévisées et tout particulièrement françaises.

Un autre projet d’écriture en route ? Pouvez-vous nous en parler ?

Bien sûr et j’espère que le projet se réalisera en cours de cette année. Au départ la découverte d’un cadavre ancien en-dessous de Montarcher, une disparition inquiétante du côté de Sorbiers, un cadavre découpé dans une poubelle à Chazelles-sur-Lyon. Trois énigmes ? Je vous dis un secret ? Un espionnage industriel dans une armurerie stéphanoise va faire le lien entre les trois affaires et amener le commandant Poitevin à lutter, avec l’aide des moyens du RAID, contre les gourous sans scrupules d’une secte. C’est quelques éléments de départ du « Pharaon de Montarcher » ! Je viens de vous livrer un vrai scoop !

Si vous pouviez vous réincarner en l’un de vos personnages ça serait dans lequel et pourquoi ?

Très intéressante et originale comme question. La première fois qu’on me la pose ! En un seul, non, impossible, même si, bien sûr, Hervé Poitevin porte souvent le poids de mes pensées. C’est normal. Souvent lui c’est un peu, beaucoup, passionnément moi ! Mais il y a forcément d’autres « bouts » de moi dans la bouche d’autres personnages, c’est sûr. Même à son insu, tout auteur laisse glisser de sa personnalité pour en vêtir ses personnages.

Votre recette de cuisine pour écrire ?

Prendre d’abord des lieux, des endroits qu’on connaît bien, charnellement bien pour les avoir fréquenter, en restant absolument et prioritairement local.

Se souvenir des sensations qu’ils dégageaient jusqu’aux odeurs, se souvenir des rencontres effectuées dans ces lieux, elles habilleront peut-être certains personnages.

Esquisser un but au départ grossièrement et, peut-être un peu prétentieusement, mettre en évidence des comportements liés à certains milieux dans ces lieux et surtout, répondre à la question de départ « Dans un tel milieu, dans de tels lieux, pour quels mobiles un assassinat pourrait-il être commis ? » !

Mais en fait, c’est avec bien peu de choses fixées au départ, que je commence à écrire. Au fur et à mesure, je complexifie, je relis, rajoute, ouvre une nouvelle voie, fait naître un nouveau personnage, ceci afin de maintenir le suspense auprès du futur lecteur.

Le mot de la fin est pour vous :

Peut-être qu’à un moment un auteur écrit en pensant d’abord à son lectorat dont il a caractérisé les envies, les gouts. C’est important sûrement quand on vit de sa plume. Pour ma part plus modestement l’acte d’écriture est d’abord un plaisir personnel. L’écriture est une mise à distance entre l’auteur et son texte. Cela m’apaise, me rend serein. Et deuxième chose, l’écriture est pour moi le plaisir de partager, de partager avec ma compagne, ma famille, mes amis, puis avec mes lecteurs que j’emmène où mon imaginaire et ma philosophie de vie m’ont conduit, en espérant qu’ils y prendront plaisir à leur tour. Merci pour cet interview et vos questions très pertinentes.

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Alain Denis sera présent en dédicace au salon du livre de Boen (entre Roanne et St Etienne) les 13 et 14 mai 2017.

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