« L’escadron blanc » de Christophe ROYER

Informations 

Titre : L’escadron blanc

Auteur : Christophe Royer

Éditeur : autoédition

Nombre de pages : 427 pages

Formats et prix : broché 19 € / numérique 8.99 €

Date de publication : 30 octobre 2025

Genre : thriller

Résumé

Un dentiste retrouvé assassiné dans une salle de sport à Lille, un jeune homme découvrant une lanceuse d’alerte à Aix-en-Provence… Deux trajectoires distinctes qui vont mettre vos neurones à rude épreuve ! Un thriller glaçant inspiré de faits réels.

Mon avis

Un premier chapitre d’une violence glaciale

Le roman ne perd pas de temps pour cueillir le lecteur. Le premier chapitre est absolument terrifiant. Beaucoup trop terrifiant, même, surtout pour quelqu’un comme moi qui a la phobie du dentiste : j’ai été servie ! Christophe frappe fort d’entrée, installe un climat de malaise et donne le ton d’un récit noir, viscéral, où la violence n’est jamais gratuite.

« L’apparence physique comptait énormément pour lui. Pour parvenir à une certaine perfection, il s’entraînait durement et avec une grande régularité. Son corps se devait de refléter son professionnalisme. »

Une double intrigue qui piège le lecteur

Parallèlement à ce premier meurtre atroce, un jeune homme, Nathan, fait la connaissance de Célia, une journaliste lanceuse d’alerte. Deux trajectoires distinctes, deux fils narratifs qui ne semblent avoir aucun lien… et pourtant. Christophe tisse sa toile lentement, savamment, sans jamais perdre son lecteur. Les chapitres alternés créent un rythme maîtrisé, haletant, qui joue avec nos certitudes et nos fausses pistes.

Ce n’est pas un thriller fast-food. C’est un thriller qui demande qu’on s’implique, qu’on observe, qu’on accepte de réfléchir.

« Le journalisme d’investigation fut une véritable révélation pour lui. Pour l’instant, il écrivait des textes pour des documentaires dans grande envergure, mais il espérait participer à un projet ambitieux. »

Des thématiques fortes, dérangeantes et parfaitement exploitées

Ce qui rend « L’Escadron blanc » aussi passionnant, ce sont les sujets qu’il ose aborder frontalement. La chirurgie esthétique, et notamment la nymphoplastie (je vous laisse le soin d’aller en chercher la définition), occupe une place centrale dans le récit. Loin d’être un simple élément de contexte, elle interroge le rapport au corps, le regard que l’on porte sur soi et les dérives d’une industrie prête à remodeler le vivant pour répondre à des normes toujours plus contraignantes.

Christophe explore également la manière dont l’apparence devient un marqueur social et professionnel. Le corps n’est plus intime : il se transforme en vitrine, en preuve supposée de sérieux, de réussite, ou encore de crédibilité. Cette obsession du contrôle de l’image, de la conformité à une norme rassurante accentue le malaise qui se dégage de la lecture.

Le roman met aussi en lumière l’existence de cliniques clandestines, ces zones grises où l’on pense pouvoir dissimuler l’inavouable, loin des regards et de toute éthique. Un univers opaque, dangereux, propice à tous les abus.

Et puis il y a la vengeance… Une vengeance froide, méthodique, implacable. 
Je n’en dirai pas plus, mais le titre prend tout son sens à mesure que le puzzle se reconstitue.

« Un nombre incalculable d’interventions médicales mineures se pratiquaient quotidiennement dans des appartements, des maisons ou des chambres d’hôtel. A plus grande échelle, il avait conclu le reportage avec la tendance en vogue des voyages médicaux à l’étranger permettant de se faire refaire les dents ou toute autre partie du corps à des prix discount. »

Des personnages crédibles, humains et parfois dérangeants

J’ai adoré la manière dont Christophe esquisse ses personnages. Même le tueur, sans jamais être excusé, est construit de manière à susciter des interrogations : qu’est-ce qui pousse un être à franchir l’irréparable ?  Tout est nuancé, gris, humain. Les dialogues sonnent juste, les réactions aussi. On a cette impression d’être au contact direct, comme si quelqu’un nous confiait des faits terriblement confidentiels.

Sylvain, le tueur, est sans doute le personnage le plus troublant du roman. Loin des clichés du criminel sanguinaire, il évolue dans un cadre presque apaisé : il navigue sur son bateau, accompagné de ses deux petites rates, seules présences vivantes avec lesquelles il semble encore entretenir un lien sincère. Ce contraste saisissant entre la douceur de son quotidien et la violence de ses actes crée un profond malaise. Christophe ne cherche jamais à l’excuser, mais il en fait un personnage complexe, froid et méthodique dans ses meurtres.

Face à lui, Nathan incarne une autre forme de quête. De retour d’Australie après deux ans passés avec son meilleur ami, il aspire à donner du sens à son avenir et rêve de devenir reporter. Sa rencontre avec Célia tombe à pic pour lancer son projet. Ce personnage apporte une respiration au récit : une énergie plus lumineuse, mais rapidement confrontée à la dureté du réel.

Célia, justement, est l’un des piliers du roman. Engagée, déterminée, elle porte en elle un savoir dangereux et la solitude qui accompagne trop souvent ceux qui osent parler. À ses côtés, Liam et Sarah viennent compléter ce quatuor improvisé. Ensemble, ils tentent de démêler une affaire qui les dépasse, portés par une volonté de comprendre, mais aussi par une forme d’urgence et d’inconscience propre à ceux qui n’ont pas encore mesuré tous les risques.

Cette galerie de personnages, aux trajectoires et aux motivations très différentes, nourrit la tension du roman. 

Une fin époustouflante

La fin de « L’Escadron blanc » est un véritable coup de maître. Je ne l’ai absolument pas vue venir, et c’est ce qui la rend si percutante. Les révélations tombent avec une telle intensité que l’on se rend compte, seulement à ce moment-là, à quel point chaque détail des chapitres précédents avait été pensé avec précision. Cette conclusion m’a donné une irrésistible envie de relire le roman depuis le début, pour percevoir tous les indices et comprendre comment Christophe a construit cette intrigue implacable. C’est une fin qui laisse un mélange de fascination et de malaise et qui confirme que ce thriller se savoure autant dans sa tension immédiate que dans sa lecture attentive et réfléchie.

Mon ressenti

J’ai été happée. Perdue. Récupérée. Plusieurs fois.
J’ai parfois dû poser le livre pour reprendre mon souffle tant certaines pages sont lourdes de conséquences et d’implications. Mais à aucun moment je n’ai décroché. Christophe maîtrise son intrigue avec une main ferme, presque chirurgicale et parvient à maintenir le lecteur dans cet état de tension du début à la fin.

Et oui : c’est glaçant.
Et non : on n’en sort pas indemne.

Une lecture où le malaise s’installe dès les premières pages et ne vous lâche plus, que je conseille vivement aux amateurs du genre.

Je remercie Christophe pour sa confiance.

« Avoue que c’est aussi une jolie occasion pour toi de te mettre en avant, de prouver que tu peux être un bon journaliste. Je connais les raisons qui se cachent derrière ces ambitions louables, mais là, le risque me paraît trop grand. »

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En bref…

Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : tout d’abord l’auteur, que j’apprécie beaucoup. Ensuite, le résumé et la promesse d’un thriller intelligent et intense.

Auteur connu : retrouvez mes chroniques des romans de Christophe : « Famille décomposée », « Néréides », « La quatrième feuille », « Une arête dans la gorge » et « Lésions intimes ».

Émotions ressenties lors de la lecture : malaise, tension, fascination, curiosité, angoisse, empathie. 

Ce que j’ai moins aimé : RAS

Les plus : l’intrigue, les personnages, le rythme, la tension, les thématiques et la fin.

Si je suis une âme sensible : ce roman n’est clairement pas pour tout le monde. Certaines scènes peuvent choquer ou déranger. 

 

6 réflexions sur “« L’escadron blanc » de Christophe ROYER

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