« Où tu seras reine » de Chrystel DUCHAMP

Informations 

Titre : Où tu seras reine

Auteur : Chrystel Duchamp

Éditeur : Verso

Nombre de pages : 320 pages

Formats et prix : broché 20.90 € / numérique 14.99 €

Date de publication : 17 janvier 2025

Genre : thriller psychologique

Résumé

QUI ENTRE DANS CETTE MAISON N’EN RESSORT PAS VIVANT
Maud, vingt-cinq ans, entretient une relation fusionnelle avec sa mère. Quand sa psychiatre lui explique que ce lien l’empêche de s’épanouir, la jeune femme décide de prendre ses distances avec la figure maternelle.
Jusqu’au jour où Maud découvre sur son répondeur un message paniqué de cette dernière. Un message qui se conclut par « Je l’ai tué ».
Maud se précipite dans la maison de son enfance. Commence alors une chasse au trésor funèbre qui va l’amener, pièce par pièce, à exhumer d’inavouables secrets de famille…

Mon avis

❤️ Alerte au coup de cœur !❤️

Une plongée dans les abysses d’une folie si palpable qu’elle en devient contagieuse.

Il faut préciser que j’ai vraiment pris sur moi pour lire ce roman. En effet, j’ai vécu de nombreuses années avec une personne atteinte de schizophrénie, et franchement, ce genre de récit m’est difficile. En toute transparence, les premiers chapitres ont été compliqués, car les descriptions de la schizophrénie m’ont ramenée à des souvenirs personnels et douloureux. Les débuts ont été compliqués entre Maud et moi. J’étais accrochée aux pages comme à une bouée de sauvetage…Je ne regrette néanmoins pas d’avoir accepté ce voyage dans les confins de la folie.

Chrystel a su m’emporter grâce à sa plume envoûtante et d’une incroyable sensibilité. J’ai été conquise par la profondeur et la justesse de son écriture, qui parvient à traduire des émotions complexes tout en nous immergeant dans une intrigue palpitante. Ce qui au départ me semblait un chemin semé d’épines s’est transformé en un voyage littéraire saisissant. Au final, ce roman s’est imposé comme un véritable coup de cœur, me laissant à la fois bouleversée et admirative.

Le roman commence avec une tension qui monte en flèche lorsque Maud, jeune femme de vingt-cinq ans, reçoit un message vocal déconcertant de sa mère. Ce dernier se termine sur des mots glaçants : « Je l’ai tué ». Portée par une relation fusionnelle, presque toxique, avec la figure maternelle, Maud se précipite dans la maison de son enfance. Elle y découvre un décor digne d’un cauchemar : un lieu envahi par des détritus, reflet du syndrome de Diogène dont souffre sa mère.

« Je ferme les paupières et supplie la maladie d’intervenir sur ce qu’elle sait faire le mieux : débrancher le fusible de mes émotions. Cette garce refuse d’accéder à ma requête et je n’ai pas d’autre choix que de subir la crasse qui m’entoure. »

Chrystel articule son roman de manière originale, chaque chapitre correspondant à une pièce de la maison. Au fil de sa progression, Maud est confrontée à des secrets enfouis et à une véritable descente aux enfers. L’horreur est omniprésente, non seulement dans le décor mais également dans les détails psychologiques des personnages. La lecture est immersive et oppressante, chaque nouvelle porte ouverte devenant un passage vers une réalité toujours plus insoutenable.

D’autant plus que Maud est notre narratrice. Ce qui est astucieux de la part de Chrystel, puisqu’en nous plaçant directement dans la tête de Maud, la narration devient un véritable outil de confusion. Le lecteur vit ses perceptions altérées et partage son incertitude face à ce qui est réel ou non. Le point de vue instable de Maud devient une passerelle vers une expérience quasi sensorielle de la folie. On ressent ses angoisses, sa détresse et sa lutte intérieure. Cette proximité nous pousse à l’empathie, même lorsque ses pensées ou actions deviennent dérangeantes. Cette narration à la première personne renforce également l’aspect claustrophobique du récit. Tout passe par Maud et le lecteur est enfermé dans son monde, incapable de prendre du recul. Cette technique invite le lecteur à questionner ce qu’il lit, créant une dynamique interactive où il devient presque un enquêteur, essayant de démêler le vrai du faux. Et croyez-moi, il y a de quoi s’y perdre.

Maud est un personnage complexe, atteint de schizophrénie, je l’ai déjà mentionné en début d’article. L’autrice excelle à nous plonger dans son esprit, distordant la réalité à mesure que les pages se tournent. Les hallucinations et les perceptions biaisées de Maud renforcent le sentiment de confusion du lecteur, qui se demande sans cesse où s’arrête la vérité et où commence le délire. Et étant donné mon expérience, je vous confirme la justesse de la description de cette pathologie à la fois terrible pour le malade et terrifiante pour l’entourage.

« Aucun contact avec les membres de ma famille, pas un seul ami, pas de lien avec mes collègues de travail et, pour finir, pas de mec. Toutefois, je ne subis pas mon célibat. Je m’interdis toute relation amoureuse pour deux raisons. La première, aucun homme n’accepterait de vivre avec une tarée ; la seconde, seule maman mérite mon amour. »

En parallèle, l’accumulation compulsive de détritus, symbole de l’effondrement psychologique de la mère, est décrite avec un réalisme glaçant. Cette maladie met en lumière les répercussions d’un tel trouble sur l’environnement familial, ici amplifié par la relation dysfonctionnelle mère-fille. La maison devient une métaphore de la dégradation mentale et physique des protagonistes. Le lecteur, pris dans un étau, oscille entre compassion et effroi.

Les relations toxiques mère-fille sont parfaitement illustrées. Ce lien étouffant, nourri de culpabilité et d’attachement malsain est au cœur des dilemmes émotionnels du personnage principal. La quête de vérité de Maud devient aussi une tentative pour se libérer de cette emprise.

La plume de Chrystel est immersive, stylisée et même poétique ! Si, si, malgré l’horreur décrite, elle parvient à insuffler une touche de lyrisme. Elle allie finesse et brutalité pour décrire des thématiques sombres. Un modèle d’efficacité. Elle parvient à rendre l’invisible tangible, à transformer la douleur psychologique en images puissantes et universelles. Les descriptions sont crues, viscérales et ne laissent aucun répit. Les décors sordides de la maison, les états d’âme torturés de Maud, tout est dépeint avec une intensité telle que le lecteur se retrouve happé dans cet univers malsain.

Ce qui fait la force du roman, c’est aussi son rythme parfaitement maîtrisé. Chaque chapitre révèle une pièce de la maison, mais aussi un morceau manquant du puzzle. Cette progression donne une dynamique quasi cinématographique, entre suspense insoutenable et rebondissements inattendus.

Comme à son habitude, Chrystel nous offre une fin à couper le souffle. Sans dévoiler les détails, il est certain que le lecteur referme ce livre exsangue, son esprit en ébullition. L’auteure joue brillamment avec nos attentes pour nous surprendre une fois encore. Cette conclusion, à la fois logique et bouleversante, marque les esprits et confirme le talent de l’auteure pour manipuler les émotions du lecteur.

« Où tu seras reine » est bien plus qu’un simple thriller : c’est une exploration de la folie humaine, un voyage dans les méandres de la psychologie, une expérience littéraire qui ne laisse pas indemne. Chrystel frappe fort, avec une intrigue originale et des personnages d’une profondeur exceptionnelle. C’est un roman qui dérange, captive et fascine tout à la fois. Une œuvre magistrale, à lire absolument pour tous les amateurs de thrillers psychologiques.

A noter que le livre en lui-même est soigné, avec de jolies illustrations pour introduire les chapitres.

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Comme si l’expérience de lecture ne suffisait pas à elle seule, Chrystel nous réserve une surprise de taille à la fin du roman : un QR Code nous conduit vers une immersion musicale de plus de vingt minutes, prolongeant l’univers sombre et fascinant de l’histoire. Une idée originale et audacieuse, parfaite pour celles et ceux qui en redemanderaient encore ! Cette écoute m’a tout simplement mis la chair de poule….Petite mise en garde toutefois : cette vidéo contient des révélations majeures sur l’intrigue, alors veillez à ne l’explorer qu’une fois le livre refermé (Musique : Menkroy • Textes : Chrystel Duchamp • Voix : Sabrina Livebardon / Chrystel Duchamp / Eric Barge).

Je remercie les Editions Verso et Chrystel pour cette lecture.

« Les symptômes se sont amplifiés, drainant toujours plus de bouffée délirantes. Ces harpies surgissaient n’importe où, n’importe quand, brutales et insaisissables, avec pour objectif commun d’empoisonner mon existence. Elles m’enivraient de leurs psalmodies impures, gangrène cérébrale qui détruisait mes neurones à petit feu. Face à la fureur de leurs assauts, je courbais l’échine et ployais le genou. »

#Oùtuserasreine   #ChrystelDuchamp   #Verso

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En bref…

Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : l’auteure, tout simplement !

Auteur connu : Retrouvez mes chroniques de « L’île des souvenirs », « Délivre-nous du mal », « Le sang des Belasko », « L’art du meurtre », mais aussi « La vallée dérangeante ». Les autres romans de Chrystel ont été lus avant le blog.

La dernière fois que j’ai pu voir Chrystel, c’était en novembre 2023 lors des Gueules Noires du Polar. J’ai hâte de participer à la soirée de lancement de ce nouveau roman à la Librairie de Paris ce vendredi !

Les gueules noires du polar

Émotions ressenties lors de la lecture : oppression, confusion, fascination, dégoût, empathie, effroi, stupeur. 

Ce que j’ai moins aimé : RAS

Les plus : l’immersion dans la folie, les personnages, la construction narrative, la plume, et bien entendu, la fin !

Si je suis une âme sensible : RAS, c’est un thriller psychologique. Dans ce cadre, c’est l’intensité émotionnelle qui risque d’être perçue comme écrasante.

4 réflexions sur “« Où tu seras reine » de Chrystel DUCHAMP

  1. Ton résumé me dit d’éviter ce thriller. De plus nous venons d’enterrer la sœur de Silvano (60 ans), bi-polaire, tu imagines la suite…..

    Donc pas de style de lecture de ce genre, si c’est pour avoir des cauchemars, non merci. Mon entourage familial me suffit (un cousin germain, comme du côté de Silvano) c’est bon. Je te le laisse.

    Merci pour tous tes résumés qui nous guident dans nos choix selon nos propres histoires.

    Bonne continuation et bonne journée.

    À bientôt. Domi

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