Informations
Titre : Les mandragores
Auteur : Marius Degardin
Éditeur : Les Editions du Panseur
Nombre de pages : 312 pages
Formats et prix : broché 21.90 € / numérique 15.99 €
Date de publication : 14 août 2025
Genre : littérature générale
Résumé
Paris, années 80, l’Amore e Gusto, restaurant italien à l’abandon, abrite une fratrie d’orphelins, les Cipriani. Benito, le petit dernier, vient tout juste d’avoir 18 ans. Il aimerait avoir l’assurance et la rage de Primo, la bonté naturelle et la force de Piero, ou encore la révolte de sa sœur, Chiara. Il aimerait leur dire, mais Benito, lui, c’est le silence… Alors, quand ils reçoivent une lettre de leur mère annonçant son retour après 10 années d’absence, l’équilibre précaire de la famille bascule dans la nuit.
Récit d’une errance depuis les bas-fonds de Paris jusqu’aux couloirs de Saint-Anne, nous suivons Benito dans son périple ponctué d’incompréhension, de drames et de rencontres émouvantes, à la recherche de soi-même et des autres.
À vingt-deux ans, Marius Degardin signe un premier roman fracassant. Avec une gouaille troublante de sincérité, Les Mandragores nous entraîne dans une quête d’une profondeur stupéfiante pour “briser le silence et faire rire les copains avec les mêmes mots”. Les Mandragores, l’histoire d’une jeunesse en lutte contre l’accablement, l’enfermement et le désespoir, et qui ose faire face à la lumière.
Mon avis
Un premier roman porté par une plume sensible
Il y a quelques mois, j’ai rencontré Marius Degardin lors d’une séance de dédicaces organisée à la librairie Forum. Je profite de mes congés pour enfin me plonger dans « Les Mandragores », son premier roman.
Je ne savais pas exactement à quoi m’attendre. Ce que j’ai découvert dépasse largement une simple histoire de famille. Derrière ce récit d’errance, de silence et de reconstruction se cache une plume d’une étonnante maturité, capable de faire naître de très belles émotions.
« Une fratrie d’italiens qui pieute dans une brasserie de ritals en perdition, ça n’avait choqué personne dans le quartier. »
Une fratrie soudée par les blessures
Paris, années 80.
Depuis dix ans, les quatre enfants Cipriani vivent seuls dans l’ancien restaurant italien familial, « L’Amore e Gusto », laissé à l’abandon après le départ de leur mère. Chacun a trouvé sa manière de survivre à cet abandon. Primo avance avec rage, Piero protège les siens telle une louve avec ses petits, Chiara refuse d’accepter l’inacceptable, tandis que Benito, le plus jeune, s’est enfermé dans le silence.
Lorsqu’une lettre annonce le retour de leur mère après une décennie d’absence, le fragile équilibre de cette famille éclate. Pour Benito commence alors un long cheminement, fait de rencontres, de douleurs et d’espoir, où il lui faudra apprendre à se construire au-delà des blessures du passé.
Si le résumé pourrait laisser penser à un simple roman social, « Les Mandragores » est avant tout une exploration des liens familiaux, du deuil, de la santé mentale, de la culpabilité et de cette difficulté à trouver sa place lorsque l’on a grandi sans repères.
« En fait, je l’espère tellement que ça devient une prière. On sait jamais, elle pourrait repartir pour de bon. Mais les prières y peuvent pas grand-chose dans les histoires de famille. »
Benito, un personnage qui marque durablement
Benito est tellement cabossé par la vie, mais, pourtant, il refuse de se laisser définir uniquement par ses blessures. Son silence n’est jamais une faiblesse. Il est une manière de survivre, de se protéger lorsque les mots deviennent insuffisants.
Tout au long du récit, on le voit avancer, parfois maladroitement, parfois douloureusement, mais toujours avec cette volonté discrète de continuer malgré tout. Il tente simplement de comprendre qui il est. C’est sans doute ce qui le rend si attachant. Il possède une immense fragilité, mais également une force silencieuse qui le pousse à avancer, même lorsque tout semble perdu.
À travers lui, Marius Degardin interroge notre rapport aux traumatismes, à la famille et à la reconstruction.
Une plume qui constitue la véritable force du roman
S’il y a une chose qui m’a vraiment séduite, c’est bien la plume de Marius Degardin.
Pour un premier roman, elle impressionne déjà par sa personnalité.
L’auteur écrit avec une langue vivante, parfois populaire, souvent poétique, toujours sincère. Il parvient à faire cohabiter la gouaille, l’humour et à transmettre des émotions.
Une phrase peut nous faire sourire, tandis qu’une autre, quelques lignes plus loin, nous serre le cœur. L’humour surgit là où on ne l’attend pas.
Marius Degardin laisse simplement parler ses personnages. Et c’est précisément cette retenue qui rend les émotions si fortes.
« Au début, ce spectacle me donnait envie de chialer toute l’eau de mon corps – un vrai truc à en finir desséché comme une chips – mais je m’y suis fait. C’est ça le pire avec l’Oubli. On s’y fait. Si bien que quand la canicule l’a emporté, j’étais pas plus triste que la fois où on avait paumé la zapette. »
Les Mandragores : un titre qui prend tout son sens
Plus j’avançais dans ma lecture, plus je réfléchissais au choix du titre. Pourquoi avoir choisi la mandragore ?
La mandragore est une plante entourée de mythes depuis des siècles. On lui prête des pouvoirs magiques, hypnotiques, anesthésiants. Elle fascine autant qu’elle inquiète. Elle peut soigner autant qu’être toxique.
Cette dualité m’a semblé faire écho à la fratrie Cipriani.
Ces frères et cette sœur constituent le refuge les uns des autres. Leur amour est immense. Ils sont leurs propres racines, leur propre famille, leur seul repère.
Mais ces mêmes liens peuvent aussi les enfermer dans leurs blessures, leur passé et leurs silences.
Comme la mandragore, ils possèdent quelque chose de profondément vital et pourtant potentiellement destructeur.
J’y ai également vu une autre symbolique : la racine de la mandragore évoque souvent une silhouette humaine. Une image qui renvoie naturellement à cette quête identitaire traversée par Benito. Comment grandir sans renier ses racines ? Comment devenir soi lorsque notre histoire semble avoir déjà écrit notre destin ?
Je pousse peut-être un peu loin l’interprétation, mais elle m’a accompagnée tout au long du roman et a donné, je trouve, encore plus de profondeur à l’histoire.
Un premier roman prometteur
Bien sûr, tout n’est pas encore parfaitement maîtrisé. On sent bien qu’il s’agit d’un premier roman. Certains passages auraient gagné à être davantage développés ou resserrés.
Mais ces quelques imperfections deviennent finalement secondaires tant l’essentiel est déjà là. Une véritable voix d’auteur. Une écriture qui possède sa propre identité. Des personnages que l’on quitte avec regret.
Et surtout cette manière de raconter les failles humaines avec beaucoup de pudeur et d’humanité.
Il est toujours agréable de découvrir un nouvel auteur, de refermer un premier roman en se disant que l’on suivra avec curiosité tout ce qu’il écrira par la suite.
« Personne n’a envie de vivre dans la misère sauf ceux qui la fantasment d’en haut, avec leur petit vertige à la con. »
Mon avis sur « Les Mandragores »
J’ai beaucoup aimé « Les Mandragores ». Ses personnages, les liens qui les unissent et surtout cette plume lumineuse malgré les blessures qu’elle raconte.
Benito restera sans doute le personnage qui m’a le plus touchée. Derrière son silence se cache une immense envie de vivre, d’aimer et d’exister malgré tout.
Quant à la plume de Marius Degardin, c’est sans aucun doute ce qui m’a le plus marquée. À seulement 22 ans, il signe un premier roman empreint d’une étonnante maturité, où l’humour, la tendresse et la douleur avancent main dans la main.
Un roman sensible, lumineux malgré ses blessures, qui rappelle que même lorsque la vie nous cabosse, il reste toujours possible de chercher un peu de lumière.
« La cruauté de l’Homme, ça vous broie la gueule. C’est pour ça que Primo ne croyait plus en la solidarité, l’amour et tous les trucs de gauche. »

En bref…
Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : la rencontre avec Marius m’avait donné envie de découvrir son univers et sa plume, dont j’avais entendu beaucoup de bien. Les vacances étaient la période idéale pour ressortir son roman de ma PAL.
Auteur connu : « Les mandragores » est le premier roman de Marius Degardin. Pas le dernier, j’espère ! Retrouvez mon article sur la rencontre avec l’auteur ici.
Émotions ressenties lors de la lecture : tendresse, mélancolie, compassion, espoir, empathie, attachement, tristesse, admiration, sourire.
Ce que j’ai moins aimé : quelques maladresses, un rythme parfois inégal.
Les plus : la plume !!, sa maturité, Benito et cette fratrie soudée, les thèmes abordés.
Si je suis une âme sensible : RAS. Même si les sujets sont difficiles, la sensibilité et la délicatesse adoucissent le tout.

Ton enthousiasme est contagieux et même si le titre n’est pas sans quelques petits manquements on sent qu’il hante et promet.
Merci pour la découverte. Benito est ton plus fort argument.
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