« Un marché noir » de Bérénice PICHAT

Informations 

Résumé

Après l’immense succès de La Petite Bonne, Bérénice Pichat nous entraîne dans une zone grise de l’histoire pour questionner nos dilemmes moraux et notre humanité en temps de chaos.

Paris, 1943. La faim règle les journées, la peur dicte les choix, et la frontière entre résistance et compromission se floute dans les arrière-cours. Servane veut vivre son adolescence et ose enfin s’engager dans un réseau secret. Paul, trafiquant désenchanté, navigue entre les camps, persuadé que tout s’achète, même la liberté. Mais bientôt, Vichy resserre l’étau, les dénonciations font rage. Et l’histoire, implacable, ne pardonne ni les illusions ni les faux-semblants.

Mon avis

Un roman bouleversant sur les zones grises de l’Occupation

Après le coup de cœur qu’avait été « La Petite Bonne », j’attendais avec impatience le nouveau roman de Bérénice Pichat. Sa plume m’avait profondément marquée par sa délicatesse, sa justesse et sa capacité à raconter la grande Histoire à travers des personnages banals. J’étais donc très curieuse de découvrir ce qu’elle allait nous proposer cette fois-ci. Avec « Un marché noir », l’auteure nous plonge dans le Paris de 1943, en pleine Occupation. Une période que l’on croit connaître, mais qu’elle éclaire sous un angle particulièrement intéressant : celui des dilemmes moraux, des choix impossibles et de cette immense zone grise où les frontières entre le bien et le mal deviennent parfois presque invisibles.

Paris, 1943 : quand survivre devient un combat quotidien

La guerre n’est plus un simple décor : elle façonne chaque instant de la vie. La faim rythme les journées, la peur s’immisce dans chaque décision, les dénonciations se multiplient et chacun tente de préserver les siens comme il le peut.

Au cœur de ce chaos, nous faisons la connaissance de Servane, une jeune fille qui aspire encore à vivre son adolescence mais qui choisit peu à peu de s’engager dans la Résistance. En parallèle évolue Paul, trafiquant aussi habile qu’insaisissable, convaincu que tout possède un prix et que, dans un monde où tout s’effondre, les certitudes morales ne valent plus grand-chose.

À travers leurs parcours, Bérénice Pichat ne cherche pas à distribuer les bons et les mauvais rôles. Elle nous invite plutôt à observer des êtres humains confrontés à des choix que nous espérons ne jamais avoir à faire.

Une construction réussie

L’une des premières choses qui m’a surprise est la manière dont le récit est construit.

Dans la première partie du roman, nous suivons principalement l’histoire à travers Servane. Puis, au fil des pages, le regard se déplace progressivement vers Paul. Il ne s’agit pas d’un changement de narrateur, mais bien d’un glissement du point de vue qui modifie notre perception des événements.

J’ai trouvé cette construction assez judicieuse, car elle m’a poussée à revoir mon regard sur les personnages au fil de la lecture. À mesure que l’on découvre leurs motivations, les jugements hâtifs s’effacent pour laisser place à davantage de compréhension.

En déplaçant progressivement le regard d’un personnage à l’autre, Bérénice Pichat met en lumière toute la complexité des choix auxquels chacun est confronté. Les notions de héros, de coupable ou d’innocent deviennent alors beaucoup moins évidentes, tant la survie impose parfois des décisions impossibles.

Des personnages attachants

Servane est incontestablement le personnage auquel je me suis le plus attachée.

Je me suis souvent surprise à me demander ce que j’aurais fait à sa place. Aurais-je eu son courage ? Aurais-je pris les mêmes risques ? Aurais-je été capable de rester fidèle à mes convictions lorsque chaque décision peut mettre en danger ceux que j’aime ?

C’est ce qui rend son parcours si touchant : elle pourrait être n’importe lequel d’entre nous.

À l’inverse, Paul m’a fascinée. C’est probablement le personnage le plus ambigu du roman. Opportuniste, toujours prêt à tirer parti des circonstances, il refuse pourtant d’entrer dans les cases toutes faites. Il n’est ni un héros, ni un salaud. Il évolue constamment dans cette fameuse zone grise que Bérénice Pichat explore avec beaucoup de finesse. On ne sait jamais totalement quoi penser de lui et c’est précisément ce qui le rend si captivant.

La faim, un personnage à part entière

S’il y a un thème qui m’a particulièrement marquée, c’est celui de la faim.

Bien sûr, nous savons tous que les privations faisaient partie du quotidien pendant l’Occupation. Nous avons appris cette réalité à l’école, lu des témoignages, vu des documentaires. Mais savoir n’est pas ressentir.

À travers Servane, Bérénice Pichat nous fait vivre cette faim de l’intérieur. Les repas qui n’en sont plus vraiment, les ventres qui gargouillent, les calculs permanents, les compromis que la nécessité impose… Tout devient incroyablement concret.

La faim n’est pas seulement physique ; elle devient une bataille psychologique, une manière de résister, de préserver sa dignité.

Une réflexion sur la culpabilité et les choix

Ce qui m’a également interpellée, c’est la manière dont le roman aborde la culpabilité.

Nous avons souvent tendance, avec le recul, à imaginer qu’il existait des héros d’un côté et des collaborateurs de l’autre. « Un marché noir » rappelle au contraire que la réalité était bien plus complexe.

Face à la peur, à la faim ou à la nécessité de protéger sa famille, chacun agit avec les moyens dont il dispose. Tout au long de ma lecture, je me suis demandé ce que j’aurais fait à la place de Servane ou de Paul. Et je crois que c’est là toute la réussite du roman : il pousse son lecteur à s’interroger plutôt qu’à juger.

Une plume fluide et accessible

« Un marché noir » avance rapidement, se lit vite. L’auteure sait trouver le juste équilibre entre la précision historique, l’émotion et la tension. Sa plume reste sobre, élégante et humaine.

On retrouve cette sensibilité qui faisait déjà la force de « La Petite Bonne », même si les deux romans sont très différents dans leur construction et dans les émotions qu’ils suscitent.

Mon avis sur « Un marché noir »

J’attendais énormément ce roman après « La Petite Bonne », qui reste pour moi un immense coup de cœur grâce à sa construction très originale et à la puissance émotionnelle qu’il dégageait.

J’ai finalement préféré ce précédent roman, mais cela n’enlève rien aux qualités de « Un marché noir ». Bérénice Pichat confirme ici qu’elle possède un véritable talent pour raconter les destins ordinaires pris dans les bouleversements de la grande Histoire. Elle parvient à explorer les ambiguïtés de l’Occupation sans jamais tomber dans le manichéisme.

Et puis il y a cette fin…

Je n’en dirai évidemment rien tant elle mérite d’être découverte sans en connaître les ressorts. Je peux simplement dire qu’elle m’a totalement surprise. Je ne l’avais absolument pas vue venir. C’est une conclusion émouvante qui éclaire le récit sous un jour nouveau et apporte un magnifique point final à cette histoire. Une de ces fins qui donnent immédiatement envie de repenser à tout ce que l’on vient de lire.

Avec « Un marché noir », Bérénice Pichat signe un très beau roman historique, qui nous rappelle que les périodes les plus sombres révèlent autant le meilleur que le plus fragile de chacun d’entre nous. Une lecture que je recommande sans hésiter à tous les amateurs de romans historiques.

Un grand merci à NetGalley et aux Editions Les Avrils pour cette lecture.

En bref…

Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : l’idée d’une plongée dans le Paris de l’Occupation, avec cette réflexion sur les zones grises, la Résistance et les choix moraux, a immédiatement attisé ma curiosité.

Auteur connu : j’ai pu rencontrer Bérénice lors de la Fête du Livre de Saint-Etienne en 2024.

Retrouvez mon avis sur « La petite bonne », qui avait été un coup de cœur pour moi.

Émotions ressenties lors de la lecture : surprise, curiosité, attachement, fascination, malaise, empathie, réflexion, tension, émotion, tristesse, bouleversement.

Ce que j’ai moins aimé : moins d’intensité émotionnelle que dans « La petite bonne ».

Les plus : la réflexion sur la morale, la culpabilité et les choix en temps de guerre, les personnages, l’immersion dans le Paris de l’Occupation, la construction, la plume, la fin.

Si je suis une âme sensible : pas de violence à proprement dite, même si le sujet reste bien évidemment, délicat. Mais Bérénice Pichat s’intéresse surtout aux conséquences humaines et psychologiques de cette période.

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