« La solitude du gilet jaune » de Zoé Brisby

Informations 

Résumé

C’est le grand jour ! Ce matin, une employée modèle de la firme Poplait, une trentenaire qui ne vit et ne respire que pour le géant du yaourt, doit présenter un dossier capital au grand patron. Manque de chance, un pneu de sa voiture crève.

Bloquée au bord de la route, alors que le dépanneur tarde, les rencontres improbables s’enchaînent. Un clochard philosophe, une mamie fan de vodka, un neurochirurgien croisent son chemin pour le meilleur… et pour le pire !

Pendant que son ami Marc fait tout pour empêcher sa patronne hystérique de la renvoyer, la jeune femme comprend que dans son obsession à réussir sa vie professionnelle, elle a peut-être laissé le bonheur filer entre ses doigts. Une panne et un gilet jaune peuvent vraiment vous faire réfléchir…
En panne sur le bord de la route, elle redécouvre le vrai sens de la vie.

Mon avis

Et si une simple crevaison pouvait vous obliger à faire le point sur votre vie ?

C’est finalement une assez bonne façon de résumer « La solitude du gilet jaune », le premier roman de Zoé Brisby, paru en 2017. Une histoire qui commence par une journée catastrophique pour une jeune femme entièrement dévouée à sa carrière et qui va, littéralement, la laisser sur le bord de la route.

J’ai découvert ce roman dans un contexte un peu particulier puisqu’il a été mon livre d’insomnie de ces dernières semaines. Et pour ce genre de lecture, je cherchais justement quelque chose de léger, facile à reprendre, drôle et qui ne me demande pas de mobiliser toute mon attention à deux heures du matin. Sur ce point, le roman remplissait plutôt bien son rôle.

Mais si j’ai passé un moment sympathique, je ressors tout de même de cette lecture avec un sentiment assez mitigé.

Une journée qui commence très mal

Notre héroïne, la trentaine célibataire, a tout misé sur sa réussite professionnelle. Elle travaille chez Poplait, géant du yaourt qu’elle semble connaître sous toutes ses coutures, et ce matin, elle doit justement présenter un dossier capital à son grand patron. Autant dire qu’elle n’a absolument pas le droit de se louper.

Elle est en retard, comme à son habitude, et, bien évidemment, c’est précisément ce jour-là que sa voiture décide de lui jouer un mauvais tour…

Un pneu crevé, une dépanneuse qui se fait attendre et la voilà coincée sur le bord de la route avec son fameux gilet jaune sur le dos.

Et c’est là que Zoé Brisby fait un choix assez audacieux : quasi tout le roman va se dérouler au même endroit : sur le bord de la route. Et je dois reconnaître que j’ai trouvé ça assez fort.

Faire tenir environ les quatre cinquièmes d’un roman autour d’une voiture en panne, sur le bord d’une route, sans que cela devienne immédiatement répétitif, ce n’était franchement pas gagné. Pourtant, les rencontres successives permettent de renouveler les situations.

Un clochard philosophe, une mamie complètement déjantée, un neurochirurgien, des automobilistes de passage, un ami qui tente de sauver les meubles côté professionnel… La journée de notre héroïne va rapidement prendre une tournure qu’elle n’aurait certainement pas imaginée en se levant ce matin-là.

Et finalement, alors qu’elle pensait perdre son temps, elle va surtout commencer à regarder sa propre vie autrement.

Une héroïne trop centrée sur son travail

C’est probablement avec l’héroïne que j’ai eu le plus de mal (je n’ai pas noté son prénom, je me demande d’ailleurs si on a l’info en cours de lecture…).

Son obsession pour son travail est évidemment indispensable à l’histoire. C’est justement parce qu’elle ne vit quasiment que pour son entreprise que cette panne va provoquer un tel électrochoc. Mais j’ai parfois trouvé son personnage un peu lourd.

Son comportement, ses réactions et certaines de ses réflexions m’ont parfois semblé tellement poussés qu’il m’était difficile de vraiment m’attacher à elle. Elle fonctionne davantage comme un personnage de comédie, volontairement caricatural, que comme une héroïne dans laquelle on peut réellement se reconnaître.

Je comprends parfaitement ce que Zoé Brisby a cherché à faire : pousser les traits, multiplier les situations improbables et utiliser l’humour pour amener progressivement son personnage à remettre en question ses priorités.

Mais personnellement, j’aurais aimé un peu plus de subtilité.

Des personnages secondaires hauts en couleur

Autour de notre héroïne gravite toute une galerie de personnages qui accentue encore le côté décalé du roman.

Il y a d’abord Gladys, sa responsable, véritable teigne qui semble avoir fait de la pression professionnelle un art de vivre. Elle incarne à merveille cet univers du travail où la réussite passe avant tout et où la moindre erreur peut vous coûter votre place.

Marc, son meilleur ami, apporte un peu de bienveillance dans cet environnement impitoyable et fait tout ce qu’il peut pour limiter les dégâts pendant que son amie est bloquée au bord de la route.

Et puis il y a Agnès, qui attend la moindre occasion pour voir l’héroïne chuter et récupérer sa place. Une collègue prête à profiter de la situation qui vient renforcer cette impression d’un monde professionnel où chacun surveille l’autre et où la réussite des uns peut faire le malheur des autres.

Et évidemment, impossible de parler des personnages sans revenir à la fameuse mamie à la vodka, qui reste pour moi l’une des rencontres les plus savoureuses du roman. Tous ces personnages sont volontairement très marqués, parfois jusqu’à la caricature, mais ils contribuent largement à l’humour et au côté rocambolesque de l’histoire.

La mamie à la vodka : gros coup de cœur !

Impossible pour moi de parler des personnages sans revenir à la fameuse mamie à la vodka, qui est, à mes yeux, l’une des rencontres les plus savoureuses du roman !

Elle fait partie de ces personnages complètement improbables qui débarquent dans l’histoire et qui apportent immédiatement une bonne dose de fantaisie. J’ai adoré ses réflexions et son côté totalement décalé.

C’est d’ailleurs probablement ce genre de rencontre qui fonctionne le mieux dans le roman : on sait qu’on est dans une comédie, on accepte volontiers d’abandonner toute forme de réalisme pendant quelques pages et on se laisse embarquer.

Un roman drôle, léger… et rocambolesque

Ce que je retiens surtout de cette lecture, c’est sa légèreté.

Et c’est précisément ce que je recherchais avec mon livre d’insomnie. Je pouvais reprendre ma lecture facilement, sans avoir besoin de me rappeler cinquante éléments d’intrigue et retrouver la suite de cette journée complètement improbable.

Il y a de l’humour, des situations cocasses, des personnages hauts en couleur et une succession de péripéties qui donnent au roman une vraie énergie.

Mais cette accumulation est aussi ce qui m’a parfois gênée. À force de multiplier les rencontres improbables et les situations rocambolesques, l’histoire m’a parfois donné l’impression d’aller un peu trop loin. J’ai parfois décroché parce que tout devenait un peu trop gros.

C’est une question de dosage, finalement. Là où certains lecteurs vont complètement se laisser porter par le côté déjanté du roman, j’ai parfois gardé un pied à l’extérieur.

Derrière l’humour, de vraies réflexions

Et pourtant, sous son apparente légèreté, « La solitude du gilet jaune » aborde des thèmes qui sont loin d’être anodins.

Le roman parle évidemment du travail et de la réussite professionnelle, mais aussi de cette course permanente à la performance qui peut finir par prendre toute la place.

À force de vouloir réussir, de vouloir être indispensable, de vouloir gravir les échelons et répondre aux attentes des autres, notre héroïne en a oublié de vivre.

La panne va donc devenir une parenthèse forcée. Une parenthèse pendant laquelle elle va rencontrer des personnes qu’elle n’aurait probablement jamais croisées dans son quotidien habituel et découvrir d’autres façons de regarder la vie.

Le roman questionne également les apparences, les préjugés, la solitude et notre définition du bonheur.

Et c’est probablement ce que j’ai trouvé le plus intéressant dans cette lecture : derrière les situations parfois complètement loufoques, Zoé Brisby cherche à nous faire réfléchir à cette question assez simple finalement : qu’est-ce qu’on est réellement en train de construire quand on passe sa vie à courir après la réussite ?

Le message n’est pas particulièrement subtil, mais il a le mérite d’être clair.

Une construction originale

Il y a une chose que je veux vraiment souligner : la construction du roman est originale. Faire reposer une histoire entière sur une panne de voiture aurait pu devenir extrêmement répétitif. Or Zoé Brisby utilise cette immobilité pour faire défiler les personnages et les situations.

L’espace est réduit, mais l’histoire, elle, ne cesse de bouger. C’est assez paradoxal et finalement plutôt malin.

Le bord de route devient une sorte de microcosme dans lequel notre héroïne observe les autres et, petit à petit, s’observe elle-même. Le procédé fonctionne particulièrement bien dans la première partie du roman.

Une fin qui m’a laissée sur le bord de la route

En revanche, la fin m’a posé problème…Elle ne m’a pas convaincue, mais alors pas du tout ! J’ai trouvé que le côté rocambolesque prenait encore davantage le dessus et que certaines choses allaient trop loin pour que j’adhère à ce dénouement.

Après avoir apprécié la légèreté du roman, les réflexions et les personnages, j’ai malheureusement refermé le livre avec cette impression de : « Bon… d’accord. »

Et c’est dommage, parce que le concept de départ était vraiment amusant.

Et si je devais résumer mon ressenti ?

« La solitude du gilet jaune » est un roman que j’ai plutôt apprécié pour ce qu’il m’a apporté au moment où je l’ai lu : une lecture légère, drôle et facile à reprendre, parfaite pour accompagner quelques nuits d’insomnie.

J’ai aimé son idée de départ et surtout le pari de faire évoluer une grande partie de l’histoire sur un simple bord de route. J’ai apprécié les réflexions autour du travail, de la réussite et du bonheur.

Et puis il y a cette mamie à la vodka, que je retiendrai probablement davantage que l’héroïne !

En revanche, j’ai trouvé certains personnages et certaines situations trop caricaturaux, l’héroïne un peu lourde et l’ensemble trop rocambolesque pour moi. Quant à la fin, elle ne m’a clairement pas convaincue.

Je pense aussi que le fait qu’il s’agisse du premier roman de Zoé Brisby explique probablement certaines maladresses.

Une lecture légère et amusante, parfaite pour une pause sans prise de tête, portée par des personnages hauts en couleur et une idée de départ plutôt originale, mais qui ne me laissera pas un souvenir impérissable.

En bref…

Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : j’avais besoin d’une lecture légère pour mes nuits d’insomnie. Je cherchais un roman facile à reprendre, drôle, sans intrigue trop exigeante.

Auteur connu : retrouvez mes chroniques de « Plus on est de fous… » et « La fille qui n’aimait pas Noël ». J’ai pu rencontrer Zoé à plusieurs reprises, ici en 2021 à la fête du livre de Saint-Etienne.

Émotions ressenties lors de la lecture : amusement, curiosité, légèreté, sourire, agacement, étonnement, perplexité, déception.

Ce que j’ai moins aimé : l’héroïne parfois lourde, les situations trop rocambolesques, et surtout la fin qui ne m’a pas convaincue.

Les plus : lecture légère et facile à reprendre, humour, situations cocasses, construction originale, réflexions sur le travail, la réussite, le bonheur et les apparences, lecture idéale pour se détendre.

Si je suis une âme sensible : RAS

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