Informations
Titre : L’étrange bibliothèque
Auteur : Haruki Murakami
Éditeur : Belfond et 10-18 pour le poche
Nombre de pages : 80 pages
Formats et prix : broché 20.97 € / poche 9.20 € / numérique 9.99 €
Date de publication : 4 novembre 2015
Genre : littérature japonaise
Résumé
Japon, de nos jours. Un jeune garçon se rend à la bibliothèque municipale. Jusqu’ici, rien que de très banal, le garçon est scrupuleux, il rend toujours ses livres à l’heure.
Cette fois, pourtant, c’est d’abord l’employée qui l’envoie dans une salle qu’il ne connaissait pas. C’est un vieil homme, ensuite, qui le mène par les méandres d’un labyrinthe dans ce qui semble bien être une prison. C’est un homme-mouton qui l’y attend, qui aimerait bien l’aider mais qui redoute le pouvoir du gardien des livres.
Enfin, c’est une frêle jeune fille muette qui va l’aider à se libérer de cette bien étrange bibliothèque
Mon avis
Et si votre prochaine visite à la bibliothèque vous conduisait beaucoup plus loin que prévu ?
Il y a des livres que l’on choisit pour leur résumé ou leur auteur. Et puis il y a ceux que l’on ouvre parce qu’on n’arrive pas à dormir. C’est le cas pour « L’Étrange Bibliothèque » de Haruki Murakami.
Avec moins de 100 pages, ce court récit était parfait pour mes nuits d’insomnie : je pensais le lire rapidement… et effectivement, je l’ai dévoré. Mais surtout, je ne m’attendais pas à autant apprécier cette étrange plongée dans une bibliothèque qui n’a absolument rien d’un lieu tranquille.
Une bibliothèque où il vaut mieux ne pas s’aventurer seul
Au départ, tout semble parfaitement banal. Notre narrateur, un jeune garçon, se rend à la bibliothèque municipale pour emprunter des livres. C’est un habitué consciencieux, sérieux, qui prend soin de rendre ses ouvrages dans les délais. Rien qui laisse présager la suite. Lorsqu’il demande un renseignement à l’employée, celle-ci l’envoie dans une salle qu’il ne connaissait pas.
Il y rencontre un vieil homme lui indiquant où trouver les livres qu’il recherche. Sauf que les couloirs de la bibliothèque semblent s’étendre à l’infini et que le jeune garçon se retrouve peu à peu entraîné dans un véritable labyrinthe.
Très vite, ce qui devait être une simple recherche documentaire prend une tournure beaucoup plus inquiétante. Le garçon découvre alors qu’il n’est pas vraiment dans une bibliothèque comme les autres. Il est enfermé dans ce qui ressemble davantage à une prison, sous la surveillance d’un inquiétant gardien des livres.
Et parce que Murakami ne fait décidément rien comme tout le monde, un homme-mouton et une mystérieuse jeune fille muette vont également entrer dans l’histoire…
Quand la bibliothèque devient un lieu inquiétant
Ce que j’ai aimé dans « L’Étrange Bibliothèque », c’est le contraste entre le lieu et ce qu’il représente.
Pour moi, une bibliothèque est plutôt un endroit rassurant. C’est un lieu où l’on flâne, où l’on cherche un livre, où l’on peut s’installer tranquillement pour lire. Un endroit associé à la connaissance, à la découverte et, forcément, au plaisir de la lecture.
Murakami prend exactement ce décor et le transforme en un lieu oppressant. Les couloirs deviennent un labyrinthe. Les salles cachent des choses inquiétantes. Le savoir lui-même semble devenir une forme de pouvoir. Et plus le garçon avance, plus cette bibliothèque paraît éloignée de l’image paisible que l’on peut en avoir.
J’ai vraiment ressenti cette étrangeté et, parfois, un petit frisson en imaginant ce qui pouvait se trouver derrière ces portes et ces couloirs.
C’est finalement ce paradoxe qui fonctionne particulièrement bien : un endroit que l’on imagine ouvert sur le monde devient ici un endroit dont on cherche désespérément à s’échapper.
« Le labyrinthe finit pourtant par aboutir à une grande porte en fer, sur laquelle était placardé : SALLE DE LECTURE. Le lieu était aussi silencieux qu’un cimetière au plus profond de la nuit. »
Un fantastique que j’ai aimé
J’avoue que je ne suis généralement pas une grande fan de fantastique. Et pourtant, ici, ça fonctionne parfaitement.
Peut-être justement parce que Murakami ne cherche pas à en faire trop. Le fantastique arrive naturellement, en s’insinuant dans une situation ordinaire.
On accepte simplement l’existence de cet homme-mouton, la fait que cette bibliothèque dissimule un labyrinthe et que les choses ne soient pas exactement ce qu’elles semblent être. L’étrange côtoie le quotidien avec une telle simplicité que l’on finit par se laisser porter. Et c’est ce dosage qui m’a beaucoup plu.
Un petit garçon auquel je me suis attachée
Malgré la brièveté du récit, j’ai réussi à m’attacher au jeune garçon. C’est un garçon banal, comme tout le monde, et c’est ce qui rend sa mésaventure d’autant plus efficace. Il n’est pas présenté comme un héros extraordinaire qui va affronter le danger sans trembler. Loin de là !
C’est simplement un garçon qui voulait emprunter des livres et qui se retrouve dans une situation qu’il n’avait absolument pas prévue. J’ai d’ailleurs eu envie de le secouer à certains moments ! Notamment lorsqu’il suit le vieil homme.
Je lisais en pensant : « Mais non, ne le suis pas ! » 😂
Évidemment, je savais bien qu’il allait le suivre puisque sinon il n’y aurait pas d’histoire, mais j’étais déjà suffisamment impliquée pour avoir envie de lui éviter les ennuis. Et une fois qu’il comprend qu’il est prisonnier, on partage assez facilement son sentiment d’incompréhension et son désir de s’enfuir.
« Et que, depuis tout petit, j’avais été éduqué à me rendre à la bibliothèque et à y faire des recherches dès que j’ignorais quelque chose. »
Et puis il y a l’homme-mouton…
Impossible de parler de cette histoire sans évoquer l’homme-mouton. C’est le personnage qui m’a le plus marquée.
Rien que l’idée est complètement étrange, et pourtant Murakami réussit à lui donner une véritable présence. Il apporte quelque chose d’à la fois décalé, presque absurde, et touchant à l’histoire.
Il contraste aussi avec l’univers inquiétant de la bibliothèque. Il n’est pas simplement là pour accentuer l’étrangeté du récit : il devient un personnage auquel on s’intéresse réellement.
Et évidemment, dans un récit aussi court, chaque personnage compte.
La jeune fille muette est elle aussi intrigante. Sa présence silencieuse apporte une dimension supplémentaire au récit et participe à cette atmosphère presque irréelle.
« Une véritable fourrure de mouton recouvrait la totalité du corps de l’homme. Seule était pratiquée une ouverture pour le visage, et je vis deux yeux bienveillants qui me fixaient. »
Une plume douce dans une histoire qui fait frissonner
La plume de Haruki Murakami est calme, posée et surtout, apaisante. J’adore !
Il se passe des choses inquiétantes, parfois franchement angoissantes, mais elles sont racontées avec une forme de tranquillité. L’écriture ne cherche pas à nous faire sursauter à chaque page. Au contraire, elle nous entraîne doucement dans cet univers étrange.
Et dans mon cas, le contexte de lecture a probablement accentué cette impression, puisque j’ai lu ce roman pendant mes nuits d’insomnie.
Lire une histoire aussi étrange au milieu de la nuit, lorsque tout est silencieux et que l’on est déjà dans cet état un peu particulier entre fatigue et éveil, a forcément participé à l’ambiance.
Je crois que si j’avais découvert « L’Étrange Bibliothèque » en plein après-midi, mon ressenti aurait été totalement différent.
Mais à deux ou trois heures du matin, dans le silence, une bibliothèque labyrinthique peuplée de personnages étranges… disons que l’ambiance était parfaitement trouvée !
« Le monde suit son cours, déclara le vieil homme, l’air mécontent. Chacun songe à ses propres affaires, chacun mène sa vie à sa façon. Il en va ainsi de ta mère, bien entendu, et de ton étourneau, également. C’est la même chose pour tout le monde. Le monde suit son cours. »
Derrière l’étrange, quelques réflexions
Comme souvent chez Murakami, le récit ne se résume pas uniquement à ce qui se passe. Sous son apparence de conte fantastique, « L’Étrange Bibliothèque » parle notamment de liberté, de peur et de pouvoir.
Le garçon entre dans cette bibliothèque pour chercher des informations et se retrouve prisonnier de ce savoir devenu instrument de domination. La bibliothèque devient alors une sorte de piège : ce qui devait lui permettre de comprendre le monde devient justement ce qui l’empêche de le retrouver.
Le récit parle aussi de la capacité à résister lorsqu’on se retrouve face à une autorité qui semble toute-puissante. Et peut-être, plus simplement, de cette nécessité de continuer à chercher une issue même lorsque la situation paraît complètement désespérée.
Murakami laisse suffisamment de place à l’interprétation pour que chacun puisse y voir ce qu’il souhaite.
Un récit très court, mais qui fonctionne
« L’Étrange Bibliothèque » est un texte court qui va droit à l’essentiel.
On ne dispose pas de centaines de pages pour développer les personnages ou expliquer chaque élément de l’univers. Et pourtant, je n’ai pas ressenti de frustration particulière. Au contraire, j’ai trouvé que cette brièveté participait à l’efficacité du récit.
Quelques illustrations viennent ponctuer le récit, ici et là. Elles apportent une dimension supplémentaire à cette histoire déjà très visuelle et renforcent encore son atmosphère étrange. J’ai aimé cette façon de faire exister la bibliothèque et ses personnages autrement que par les mots. Comme si l’on tenait entre les mains un étrange conte illustré.
Tout va assez vite, ce qui correspondait parfaitement à mon envie du moment. Je cherchais quelque chose que je puisse lire rapidement pendant mes nuits d’insomnie et j’ai finalement trouvé bien plus qu’une simple lecture express.
C’est un récit qui se lit facilement, mais qui laisse suffisamment de matière pour continuer à y penser une fois le livre refermé.
Mon avis sur « L’Étrange Bibliothèque »
J’ai beaucoup aimé cette lecture. Je ne pensais pas forcément être la lectrice idéale pour ce type de récit puisque le fantastique et moi, ce n’est pas une grande histoire d’amour. Mais ici, le mélange entre quotidien et étrangeté m’a complètement embarquée.
J’ai aimé cette bibliothèque qui se transforme progressivement en lieu inquiétant, le personnage du garçon auquel je me suis attachée, l’étrange homme-mouton, la mystérieuse jeune fille et surtout cette plume douce et apaisante qui contraste tellement avec ce qui se déroule sous nos yeux.
C’est une lecture qui, malgré son univers inquiétant, m’a procuré un vrai moment de calme au cœur de mes nuits sans sommeil.
Une étrange petite parenthèse littéraire que je suis ravie d’avoir ouverte.
« Et toute angoisse qui n’est pas spécialement angoissante, au bout du compte, c’est une angoisse sans importance. »

En bref…
Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : j’avais besoin d’une lecture courte pendant mes nuits d’insomnie, et découvrir un autre texte de Haruki Murakami me faisait bien envie.
Auteur connu : retrouvez mes chroniques de « Galette au miel » et « La cité aux murs incertains« .
Émotions ressenties lors de la lecture : curiosité, inquiétude, malaise, frisson, attachement, étonnement, amusement, apaisement.
Ce que j’ai moins aimé : le format très court ne permet évidemment pas de développer autant les personnages et l’univers qu’un roman plus long. Mais cela ne m’a pas empêchée d’apprécier pleinement l’histoire.
Les plus : l’atmosphère, le côté fantastique bien dosé, la plume, le personnage de l’homme-mouton, le récit court.
Si je suis une âme sensible : pas grand chose. C’est davantage l’atmosphère et l’étrangeté de la situation qui peuvent mettre mal à l’aise.
