Informations
Titre : Ici
Auteur : Johana Gustawsson et Thomas Enger
Éditeur : Calmann-Levy
Nombre de pages : 536 pages
Formats et prix : broché 22.50 € / numérique 15.99 €
Date de publication : 4 février 2026
Genre : thriller
Résumé
Kari Voss, brillante comportementaliste spécialiste du langage corporel, travaille avec la police d’Oslo.
Dévastée par la disparition de son fils sept ans plus tôt, elle s’est plongée dans sa vie professionnelle pour avancer. Pourtant sa douleur est ravivée quand deux adolescentes sont assassinées dans une maison de vacances au bord d’un fjord.
Eva et Hedda étaient les meilleures amies du fils de Kari. Le suspect, Jesper, à l’époque un petit garçon timide, était le quatrième de leur bande. Il a avoué. Par son métier, par son instinct, Kari est celle qui voit ce que les autres ne voient pas.
Dans cette affaire, les parents, les amis, les voisins, les victimes même semblent avoir quelque chose à cacher. Malgré les preuves accablantes, Kari est persuadée que l’histoire est bien différente de la version officielle, et, seule contre tous, elle va tenter de le prouver.
Car ici, tout le monde ment…
UNE NOUVELLE SÉRIE À COUPER LE SOUFFLE PAR DEUX GÉANTS DU THRILLER NORDIQUE DISPONIBLE DANS PLUS DE 40 PAYS.
Mon avis
Et si vos souvenirs vous mentaient ? Et si le mensonge était parfois le seul moyen de protéger ceux que vous aimez ? Bienvenue en Norvège dans une enquête où les apparences sont trompeuses et où chacun semble avoir quelque chose à cacher…
Je connais Johana depuis ses débuts, je l’ai rencontrée à plusieurs reprises, la dernière étant aux derniers Quais du Polar et c’est d’ailleurs à cette occasion que j’avais acheté « Ici ». J’étais donc particulièrement curieuse de découvrir ce roman écrit à quatre mains avec Thomas Enger, qui inaugure une nouvelle série mettant en scène Kari Voss.
Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les auteurs ne prennent pas beaucoup de temps pour installer leur intrigue…
Une disparition qui ne cesse de hanter le présent
Dès les premières pages, nous faisons connaissance avec Kari Voss. Psychologue et consultante pour la police d’Oslo, elle est spécialisée dans l’analyse du comportement et du langage corporel. Elle sait observer ce que les autres ne voient pas forcément : les gestes, les attitudes, les réactions qui peuvent trahir une émotion ou mettre en évidence une incohérence.
Mais derrière la professionnelle se cache une mère profondément marquée par un drame.
Sept ans auparavant, son fils Vetle a disparu après être parti à vélo chez son ami Jesper. Un enlèvement. Une rançon payée. Et pourtant, aucun retour de Vetle. Depuis, Kari tente de continuer à vivre avec cette absence.
Alors lorsque Eva et Hedda, deux adolescentes qui étaient les meilleures amies de Vetle, sont retrouvées assassinées dans une maison de vacances au bord d’un fjord, le passé revient brutalement frapper à sa porte.
Jesper, le quatrième membre de cette bande d’enfants, se retrouve rapidement au centre de l’enquête. Les preuves semblent accablantes. Pourtant, Kari assiste à son audition et quelque chose la trouble : elle est convaincue que Jesper dit vrai lorsqu’il affirme ne pas se souvenir de ce qui s’est passé.
À partir de là, le doute s’installe. Et dans « Ici », le doute est partout…
« William et moi avons cela en commun : l’action comme thérapie. Continuer à avancer, trouver des tâches qui nous occupent l’esprit de façon à contenir nos sentiments. Il faut bien le reconnaître : cela revient à ignorer nos émotions ou à les cacher sous le tapis. Mais comme disait ma psychologue Caroline, on finit toujours par trébucher sur ce renflement du tapis. »
Quand tout le monde semble mentir
Les auteurs ne se contentent pas de poser la question traditionnelle du thriller : « Qui a tué ? ». Ils nous amènent aussi à nous demander ce que chacun est capable de cacher et pourquoi.
Jusqu’où peut-on aller dans le mensonge pour protéger quelqu’un que l’on aime ? Peut-on mentir pour de bonnes raisons ? Peut-on finir par croire soi-même à un mensonge ? Et surtout, peut-on réellement faire confiance à ses propres souvenirs ?
La construction du roman joue beaucoup avec ces interrogations. Certains chapitres nous ramènent à la nuit des meurtres, mais en changeant de point de vue. Chacun nous livre sa propre version de ce qu’il faisait au moment des faits. Les événements se recomposent progressivement, avec des souvenirs qui peuvent être incomplets, déformés ou contradictoires.
On se retrouve donc dans une sorte de puzzle où il faut essayer de distinguer la vérité, le mensonge, l’oubli et le faux souvenir.
J’ai trouvé cette construction vraiment intéressante, d’autant que les auteurs s’intéressent aussi à l’impact des traumatismes de l’enfance sur la construction de la personnalité. Ce passé, omniprésent, qui continue de peser sur les choix, les réactions et les relations des personnages.
Kari, un personnage central intéressant
Kari fonctionne bien comme personnage principal parce qu’elle possède une compétence directement liée à l’enquête, tout en étant personnellement impliquée dans cette histoire. Son travail de psychologue et de consultante pour la police d’Oslo lui permet d’observer les suspects autrement. Elle ne se contente pas d’écouter les paroles : elle regarde ce qui se passe derrière, en décortiquant le langage corporel. Et c’était franchement passionnant !
Mais Kari n’est évidemment pas une observatrice totalement impartiale. La disparition de Vetle a bouleversé sa vie et les meurtres d’Eva et Hedda viennent rouvrir une blessure qui n’a jamais réellement cicatrisé. Son regard professionnel se retrouve donc constamment confronté à ses émotions de mère.
Les personnages secondaires prennent progressivement de l’importance et plusieurs d’entre eux semblent avoir leurs propres secrets.
Dans cette histoire, la question n’est pas seulement de savoir qui ment, mais de comprendre ce que chacun cherche à cacher.
« Je refuse de croire que certaines personnes naissent mauvaises. Je pense que la vie, en nous mettant des bâtons dans les roues, crée parfois des traumatismes difficiles à surmonter. »
Une écriture à quatre mains qui ne m’a pas perdue en route
J’avoue que j’avais une petite grande appréhension avant de commencer « Ici ». Connaissant Johana et ayant lu tous ses romans, je me demandais si j’allais retrouver sa patte dans ce projet écrit à quatre mains avec Thomas Enger. D’autant que le roman a été publié initialement en anglais avant d’être traduit en français : difficile, dans ces conditions, de savoir quelle part de l’écriture que j’apprécie chez Johana allait réellement transparaître.
Finalement, je n’ai pas eu cette impression de perdre complètement mes repères. La lecture reste fluide et l’association des deux auteurs fonctionne plutôt bien. Je ne prétends pas distinguer ce qui appartient à l’un ou à l’autre, et encore moins ce qui relève de la traduction. Je me suis laissée porter par une narration fluide et cohérente.
Une intrigue efficace, mais un rythme qui m’a parfois laissée sur le côté
C’est là que mon ressenti est un peu plus mitigé.
J’ai trouvé l’intrigue intéressante et la construction autour des souvenirs, des mensonges et des différents points de vue plutôt bien pensée. Il y a régulièrement de nouvelles informations qui viennent modifier notre perception des événements.
Mais malgré cela, j’ai parfois trouvé que le rythme manquait un peu de dynamisme. À certains moments, je trouvais le temps long. J’avais envie que l’enquête avance davantage, que les pièces du puzzle s’assemblent plus rapidement.
Mais après tout, ce rythme posé fait partie des particularités du polar scandinave… Johana, Française d’adoption vivant en Suède, s’est parfaitement adaptée aux codes du thriller nordique !
Cela ne m’a pas empêchée d’avoir envie de connaître la vérité. J’ai continué à chercher les réponses et à essayer de comprendre ce qui avait réellement pu se passer cette fameuse nuit.
Et puis arrive la fin…
Une fin qui donne envie de lire la suite
Je ne vais évidemment rien révéler, mais la fin m’a déroutée. Et c’est probablement une bonne chose pour un premier tome.
Parce qu’une fois le livre refermé, je me suis retrouvée avec plusieurs questions en tête et surtout avec une vraie envie de savoir ce que les auteurs vont faire de la suite.
« Ici » est en effet le premier tome d’une nouvelle série. Et même si mon ressenti sur le rythme a été parfois mitigé, la fin a clairement relancé ma curiosité. Je quitte donc Kari Voss avec une forte envie de la retrouver.
Et après tout… si tout le monde ment, à qui peut-on vraiment faire confiance ?
« Oui, nous mentons toutes, et tous. Et on se ment d’abord à nous-mêmes. À commencer par nos propres souvenirs. »

En bref…
Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : Johana ! Je ne loupe aucun de ses romans et j’avais envie de découvrir ce roman écrit à quatre mains.
Auteur connu : comme je le disais en début de chronique, je suis Johana depuis ses débuts, je l’ai vue cette année aux Quais du Polar. Thomas devait être présent aussi, mais il a eu un contretemps de dernière minute. Ce n’est que partie remise !

Émotions ressenties lors de la lecture : curiosité, inquiétude, doute, méfiance, tension, frustration, étonnement, confusion, surprise, envie de comprendre, attachement.
Ce que j’ai moins aimé : rythme parfois trop lent, mais rien de bien grave.
Les plus : l’intrigue et sa construction, la réflexion autour du mensonge, des souvenirs et de la vérité, le personnage de Kari, l’analyse du comportement et du langage corporel, l’ambiance, les plumes, la fin.
Si je suis une âme sensible : le roman aborde des sujets difficiles : enlèvement d’enfant, disparition, meurtres de deux adolescentes, traumatismes de l’enfance et deuil. Certaines scènes et situations peuvent être éprouvantes, même si le roman ne repose pas uniquement sur la violence graphique.
