« Que gèlent les silences » de Céline BREANT

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Résumé

Isabelle Maillard est ravie : Alain, son mari casanier, a enfin accepté de passer les fêtes de fin d’année à quatre, dans un joli chalet à la montagne. Si Cathy, leur adolescente, traîne les pieds, Justin, le petit dernier, est fou de joie à l’idée d’explorer de nouveaux décors.
Malheureusement, les branches d’un gigantesque hêtre s’écrasent sur le toit de leur logement. La famille Maillard est alors contrainte de trouver refuge chez leurs voisins, les Masson. Isabelle, d’abord déstabilisée par ce changement de programme, s’efforce de rester positive et de préserver l’esprit des fêtes.
Mais au matin de Noël, la chambre de Cathy est vide. La jeune fille est introuvable.
Dans le silence glacé qui s’installe, Isabelle comprend que les Masson portent en eux une tragédie jamais apaisée, et que la disparition de sa fille pourrait bien être liée aux ombres qui hantent cette famille.

Mon avis

Un petit séjour à la montagne pour les fêtes de Noël, ça vous intéresse ? Allez, laissez-vous tenter…

Nous sommes en décembre 2003, aux Gêts, où une famille venue passer les fêtes de Noël va rapidement se retrouver confrontée à une disparition et à un passé que certains auraient peut-être préféré continuer à taire.

Un roman qui interroge la famille, les secrets, la maternité, l’adoption, le consentement et cette question finalement assez vertigineuse : connaît-on réellement les personnes avec lesquelles on partage notre vie ?

Et si, derrière une famille en apparence ordinaire, se cachaient des secrets capables de bouleverser toutes les certitudes ?

Une disparition qui bouleverse les vacances de Noël

Isabelle Maillard se réjouit de ce séjour à la montagne. Elle a réussi à convaincre Alain, son mari plutôt casanier et peu enthousiaste à l’idée de quitter ses habitudes, de passer Noël en famille dans un chalet.

Le couple est accompagné de ses deux enfants : Cathy, 14 ans, et Justin, 9 ans.

Cathy est en pleine crise d’adolescence et ne semble pas particulièrement enchantée par ce séjour familial (c’est le moins qu’on puisse dire…). Les tensions sont bien présentes dès les premières pages entre la jeune fille et sa mère. Alain, de son côté, n’est pas exactement le genre de personnage à mettre de l’huile sur le feu… mais plutôt celui qui trouve une raison de ronchonner à peu près sur tout.

Bref, les vacances de Noël commencent dans une ambiance familiale assez banale, avec ses petites contrariétés et ses tensions.

Puis un événement vient bouleverser les plans de tout le monde : un gigantesque hêtre s’écrase sur le toit du chalet, obligeant les Maillard à trouver refuge chez leurs voisins et propriétaires, les Masson. Et c’est là que le roman commence véritablement à changer de visage. Car au matin de Noël, Cathy a disparu.

La jeune fille n’est pas dans sa chambre et tout porte à croire qu’elle a fugué. Mais pourquoi ? Très vite, l’inquiétude s’installe et les recherches commencent.

La disparition de Cathy est le prétexte pour faire remonter à la surface une ancienne tragédie qui semble continuer à hanter les habitants de la station.

Une montagne aussi belle qu’inquiétante

J’ai apprécié l’ambiance du roman, portée par ce décor de montagne en plein hiver. Au départ, le séjour dans les paysages enneigés apporte une sensation de bol d’air : le chalet, Noël, la neige, l’impression de s’éloigner du quotidien… Un cadre qui pourrait se prêter à une parenthèse familiale chaleureuse et apaisante.

Mais la montagne va progressivement montrer un autre visage. Belle et majestueuse, elle peut aussi devenir imprévisible et dangereuse. À mesure que l’inquiétude s’installe autour de la disparition de Cathy et que les doutes apparaissent, le décor prend une dimension beaucoup plus oppressante. La neige et le froid ne sont plus seulement synonymes de paysage d’hiver et de fêtes de Noël : ils participent à cette sensation d’isolement et d’incertitude qui gagne peu à peu le récit.

J’ai aimé ce contraste entre la beauté du paysage et l’atmosphère de plus en plus pesante, entre le calme apparent de la montagne et les secrets qui remontent à la surface. La plume de Céline Bréant accompagne bien cette évolution, en installant progressivement une ambiance où le sentiment de sécurité laisse place au doute et à la méfiance.

Une famille au cœur d’une histoire de secrets

Ce que j’ai aussi beaucoup aimé dans « Que gèlent les silences », ce sont les thématiques abordées par Céline Bréant. Derrière son intrigue, l’auteure aborde des sujets qui donnent au récit une véritable matière à réflexion.

À travers plusieurs destins de femmes, Céline Bréant aborde avec finesse des sujets comme l’adoption et l’accouchement sous X. Ces thématiques donnent au roman une dimension plus profonde et invitent le lecteur à s’interroger sur ce qui construit une famille, sur les liens qui nous unissent et sur les histoires que l’on porte parfois sans tout connaître de leur origine.

Derrière l’intrigue et les secrets qui se dévoilent progressivement, Céline Bréant nous pousse à réfléchir sur la maternité, la filiation et tout ce que l’on peut ignorer de l’histoire des personnes qui nous sont proches.

L’auteure aborde aussi le consentement, la différence d’âge dans un couple et les rapports de pouvoir qui peuvent parfois se cacher derrière des relations que l’on regarde de l’extérieur sans réellement en connaître la nature.

Et c’est finalement autour de ces questions que le roman trouve toute sa force : jusqu’où va notre connaissance des personnes qui nous entourent ? Par exemple, peut-on réellement connaître son conjoint après des années de vie commune ? Peut-on être certain de connaître son enfant ? Et surtout, que se passe-t-il lorsque certaines vérités apparaissent et viennent remettre en question l’image que l’on avait de ceux que l’on pensait connaître ?

Ce sont des interrogations qui restent en tête une fois le livre refermé.

Des personnages avec lesquels je suis restée à distance

C’est là que se situe mon principal bémol… J’ai eu du mal à ressentir de l’empathie pour les personnages. Pourtant, les événements auxquels ils sont confrontés sont suffisamment lourds pour susciter normalement de l’inquiétude ou de l’émotion. Mais je suis restée assez extérieure à leur histoire.

Cathy, notamment, m’a beaucoup agacée au début du roman. Adolescente de 14 ans, elle représente assez bien le cliché de la jeune fille en pleine crise : elle râle, s’oppose à sa mère et semble avoir une conception assez personnelle des limites à ne pas dépasser.

Sa disparition change évidemment la perception que l’on peut avoir de la situation, mais je n’ai pas pour autant ressenti l’attachement que j’aurais pu attendre envers elle.

Même chose pour les adultes : j’ai compris leurs réactions et leurs motivations sans forcément parvenir à m’attacher réellement à eux.

Ce n’est pas nécessairement un défaut rédhibitoire pour moi, mais cela a eu une influence sur ma lecture. J’ai davantage été intéressée par ce que le roman racontait et par les questions qu’il soulevait, que véritablement portée par ses personnages.

Une fin bien menée et surprenante

Sans vous révéler quoi que ce soit, je peux vous dire que Céline mène plutôt bien son dénouement.

La fin m’a surprise et elle donne un nouvel éclairage à certains éléments de l’histoire. C’est une conclusion qui fonctionne et qui apporte une vraie satisfaction au lecteur qui cherche à comprendre ce qui s’est réellement passé.

Durant ma lecture, j’ai parfois eu le sentiment d’être plus spectatrice que véritablement impliquée dans l’histoire. J’ai donc d’autant plus apprécié de ne pas voir venir certains éléments de la fin. L’explication finale vient donc rééquilibrer cette impression.

Ce que je retiendrai le plus de cette lecture : même si l’émotion n’a pas toujours été au rendez-vous pour moi, ce roman m’a donné matière à réfléchir et la fin, bien construite et étonnante, a apporté une vraie satisfaction au moment de tourner la dernière page.

Un grand merci aux Editions Taurnada pour cette lecture.

En bref…

Ce qui m’a poussé à ouvrir ce livre : le résumé autour de la disparition d’une adolescente, d’une famille voisine marquée par un drame ancien et de secrets enfouis m’a intriguée.

Auteur connu : retrouvez ma chronique de « Là où sombrent les secrets ».

Émotions ressenties lors de la lecture : curiosité, agacement, inquiétude, questionnement, surprise, malaise, distance, réflexion.

Ce que j’ai moins aimé : le manque d’empathie envers les personnages.

Les plus : les thématiques, les réflexions, l’intrigue, l’atmosphère, le cadre, la fin, la plume.

Si je suis une âme sensible : certaines thématiques peuvent être délicates selon la sensibilité de chacun.

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