Coucou la Book Team, ce vendredi soir, la librairie Forum de Saint-Étienne accueillait Adèle Haenel pour une rencontre autour de son premier livre, « Viser juste », publié aux éditions de L’Arche. Je vous emmène avec moi !
Face à l’affluence, l’événement, qui nécessitait une inscription préalable, a été déplacé au cinéma situé place Jean-Jaurès. Une soirée très attendue, qui a suscité beaucoup d’enthousiasme autour de moi, mais dont je suis ressortie avec un sentiment plus mitigé…


Cette soirée aura été l’occasion de retrouver ma copine Ségolène.

J’étais curieuse de découvrir Adèle Haenel dans un autre registre que celui du cinéma. Je me souviens notamment de son rôle dans « 120 battements par minute ». Son nom m’était également resté en mémoire pour deux événements qui ont fait parler d’elle : son départ de la cérémonie des César en 2020, après l’attribution du prix de la meilleure réalisation à Polanski, et, plus récemment, en septembre dernier, lors de son intervention dans l’émission « La Grande Librairie », dont le replay a été retiré par France Télévisions après sa diffusion.
Cette rencontre était l’occasion d’en apprendre davantage sur son passage à l’écriture, sa démarche artistique et ce premier livre. Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre, mais j’espérais pouvoir entrer dans son univers et mieux comprendre ce qui l’avait amenée à écrire.

Adèle Haenel, de l’écran à l’écriture
Adèle Haenel est revenue sur la genèse de son livre et sur son cheminement vers l’écriture. Elle a notamment évoqué ses premiers textes, qui prenaient la forme de tracts, avant d’expliquer comment l’écriture s’était progressivement imposée à elle comme un moyen d’explorer des expériences, des souvenirs et des questions liées à l’identité.
Avec « Viser juste », elle propose une forme d’écriture fragmentaire, dans laquelle plusieurs modes narratifs se côtoient. Il ne s’agit pas, selon elle, de raconter simplement une autobiographie, ni de dérouler une histoire linéaire dans laquelle le lecteur pourrait suivre un personnage dont l’identité serait clairement définie du début à la fin.
Le texte s’intéresse plutôt aux différentes facettes de l’identité, à ses transformations et à la manière dont celle-ci se construit au contact des autres et des situations que nous traversons.
Adèle Haenel a notamment expliqué que notre façon d’être n’est jamais tout à fait la même selon le contexte dans lequel nous nous trouvons. Une expérience quotidienne, une scène vécue dans un train ou un moment aussi banal que manger un sandwich sur un banc peuvent ainsi devenir le point de départ d’une réflexion sur ce que nous sommes, sur la place que nous occupons et sur les rapports de force qui se jouent parfois à notre insu.
Une écriture en fragments pour explorer l’identité et les violences
L’un des fils conducteurs de la discussion concernait cette fragmentation de l’identité. Dans « Viser juste », les personnages sont désignés par différentes appellations, comme « l’enfant fantôme » ou « la jeune femme », tandis que le prénom Adèle apparaît également. Cette construction entretient une forme d’incertitude : sommes-nous face à une seule personne, à plusieurs figures ou à différentes représentations d’une même expérience ?
Cette dissociation narrative semble essentielle dans la démarche de l’auteure. Les fragments de mémoire se mêlent à la fiction, sans que la frontière entre les deux soit nécessairement évidente. L’écriture devient alors une manière d’enquêter sur soi-même, de revenir sur des scènes marquantes et de comprendre ce qui s’y est joué.
Derrière cette recherche, Adèle Haenel interroge également les violences, notamment celles que les femmes peuvent subir, et la manière dont elles s’inscrivent dans les corps et les parcours de vie. Elle a développé une réflexion sur les normes imposées par le patriarcat, qui définissent ce que devrait être la féminité et tendent à considérer comme anormales celles qui s’écartent des comportements attendus.
Le silence occupe lui aussi une place importante dans son propos. Il ne s’agit pas uniquement de ce qui n’est pas dit, mais aussi de ce qui a été enfoui, de ce qui échappe à la mémoire ou de ce que les normes sociales nous conduisent à taire.
Une image évoquée pendant la rencontre m’a particulièrement interpellée : celle d’une enveloppe dont on aurait vidé le contenu pour y installer une identité toute faite, qui finit par nous enfermer dans une définition de nous-mêmes. L’écriture serait alors une tentative de retrouver ce qui a disparu sous cette identité imposée.
Ces réflexions donnent à « Viser juste » une dimension à la fois intime, artistique et politique. Le livre semble chercher à comprendre comment nous nous construisons, comment certaines expériences nous façonnent et comment il devient possible de reprendre possession de notre propre histoire.


Une rencontre intéressante, mais une prise de parole difficile à suivre
Si les thèmes abordés m’ont permis de découvrir les intentions d’Adèle Haenel, je dois reconnaître que j’ai eu davantage de difficultés avec la forme de la discussion.
J’ai trouvé ses explications parfois brouillonnes, avec des réponses qui m’ont semblé s’éloigner de la question initialement posée. Il m’est arrivé de devoir rester particulièrement concentrée pour essayer de comprendre où son raisonnement nous emmenait et quel lien elle établissait entre les différents éléments évoqués.
Les idées étaient nombreuses, les associations parfois complexes, et j’aurais apprécié davantage de clarté dans leur articulation. Pour moi, cette difficulté a rendu certains passages moins accessibles, alors même que les sujets abordés méritaient qu’on s’y attarde.
Je peux tout à fait comprendre que cette manière de s’exprimer corresponde à une pensée qui se construit par associations, par fragments et par détours, à l’image de son travail d’écriture. Il n’en reste pas moins que, dans le cadre d’une rencontre publique, j’ai parfois eu du mal à trouver le fil conducteur de ses réponses.
La dimension politique était également très présente dans les échanges. Les réflexions sur le patriarcat, les normes sociales et les rapports de domination occupaient une place importante. Ce sont des sujets qui peuvent nourrir des discussions passionnantes, mais leur omniprésence ne m’a pas permis d’adhérer pleinement à la rencontre.

Une rencontre sans dédicace : un choix qui m’a laissée perplexe
À la fin de la rencontre, j’espérais pouvoir prolonger ce moment par une dédicace de « Viser juste ». Mais Adèle Haenel a annoncé qu’elle ne signerait pas son livre. Elle a expliqué vouloir que cette rencontre reste totalement gratuite et ne pas souhaiter que l’achat de son ouvrage soit une condition pour obtenir une dédicace.
Je peux comprendre la volonté de proposer une rencontre accessible à tous, sans imposer l’achat d’un livre. Néanmoins, j’avoue être restée un peu perplexe face à cette explication. Il me semble possible de maintenir une rencontre gratuite tout en proposant une séance de signatures aux lecteurs qui souhaitent repartir avec un exemplaire dédicacé.
En me renseignant après la soirée, j’ai d’ailleurs découvert que l’absence de dédicaces avait également été annoncée lors de plusieurs autres rencontres organisées autour de « Viser juste ». Il ne s’agissait donc pas d’une décision prise à la dernière minute à Saint-Étienne, mais d’un choix qui semble accompagner la présentation du livre.
Je respecte naturellement cette décision, même si je ne suis pas certaine d’en comprendre toutes les raisons. Pour ma part, j’apprécie particulièrement les dédicaces, qui permettent de prolonger une rencontre littéraire par un échange parfois bref, mais souvent agréable. J’aurais aimé pouvoir profiter de ce moment supplémentaire.


Cette rencontre m’aura finalement surtout donné envie de découvrir le livre par moi-même, pour me faire une opinion plus complète.



Je remercie la Librairie Forum de Saint-Etienne pour cette rencontre.
