Interview de Michel BUSSI

 

Présentation de l’auteur

Professeur de géographie à l’université de Rouen, Michel Bussi est  le 2e auteur français le plus lu en 2018 (Palmarès le Figaro: GFK). Il est l’auteur aux Presses de la Cité de « Nymphéas noirs », polar français le plus primé en 2011 (Prix Polar Michel Lebrun, Grand Prix Gustave Flaubert, Prix Polar méditerranéen, Prix des lecteurs du festival Polar de Cognac, Prix Goutte de Sang d’encre de Vienne, 2011…).
Ses ouvrages sont traduits dans trente cinq pays et les droits de ses romans ont été vendus pour le cinéma et la télévision. Ses romans font l’objet de séries à succès : Maman a tort en 2018 et, en 2019, Un avion sans elle et Le temps est assassin.

 

 

michel bussi

Crédit photo:
©© Dyod – Agence Opale

 

Bibliographie

 

 

Michel Bussi m’a fait l’honneur d’accepter cette demande d’interview. Je le remercie du fond du cœur.

Michel Bussi, vous êtes le 2ème auteur français le plus lu en 2018, vous avez publié 12 romans, mais également 3 livres pour enfants. Comment un professeur de géographie décide-t-il de prendre la plume pour devenir auteur ?

Je n’ai pas décidé réellement de devenir écrivain, j’ai toujours écrit et raconté des histoires. C’est le hasard, ensuite j’ai la chance d’avoir été publié et le succès est venu. Je suis comme beaucoup de gens qui ont un métier et qui ont toujours eu cette passion d’écrire des livres.

Avez-vous eu un ou plusieurs moments décisifs dans votre parcours ?

Oui il y en a eu plusieurs.

Tout d’abord mon premier roman publié « Code Lupin » par un éditeur régional, le premier contrat.

Ensuite, le premier éditeur national « Les Presses de la Cité » qui a publié « Les nymphéas noirs ».

C’est la sortie en poche d' »Un avion sans elle » qui a déclenché de très très grosses ventes qui a vraiment été un tremplin pour moi, faisant de moi un auteur comblé, et où je suis entré dans le cercle des auteurs qui vendent beaucoup des livres.

Comment mûrissent vos histoires ? Où trouvez-vous l’inspiration ? A quel moment le projet prend-il forme plus précisément dans votre esprit et où vous vous dites « Tiens, ça, ça ferait un bon roman » ?

Souvent ce sont des idées assez anciennes que je muris depuis très longtemps, je les stocke, je les reprends de temps en temps. En général, c’est en vacances que je les fais  murir. J’ai plus de temps pour y penser tranquillement à ce moment-là.

Après, le choix le plus difficile c’est celui de décider quelle idée sera retenue pour être celle du prochain roman, car j’ai plein d’histoires en stock. Parfois ce ne sont que des bribes, et les choses se mettent en place petit à petit.

Avez-vous toujours l’impression que l’histoire vous appartient une fois le livre publié et dévoré par des milliers de lecteurs ? Comment gérez-vous ce passage de relais ?

Je n’ai vraiment plus de sentiments d’appartenance une fois que mon livre est publié. Plus que ça en fait, pour moi, écrire, c’est me libérer des personnages.

Ce sont souvent des histoires que j’ai en tête depuis 10 ou 20 ans, je vis avec ces personnages dans ma tête qui me hantent, et la seule façon que j’ai de me libérer de ces fantômes-là, c’est d’écrire des romans.

Dès que le livre est publié, en fait, ces personnages disparaissent de mon esprit, m’apportant une certaine forme de liberté.

C’est un aboutissement de voir le livre publié, cela libère de la place dans ma tête pour d’autres personnages, d’autres histoires.

Le livre est un partage, les lecteurs s’en emparent, je vis cela comme une libération.

Pour moi mes personnages deviennent vivants au moment de la publication. Je les ai modelés durant l’écriture, le passage à la publication les rends réels. A partir du moment où le livre existe, je ne peux plus rien pour mes personnages, en fait, je ne peux plus les retoucher. Un peu comme un enfant qu’on a élevé, une fois adulte à son tour, il faut accepter qu’il parte vivre sa vie.

Plusieurs de vos romans ont été adaptés à la télévision. Avez-vous eu une certaine appréhension ? Avez-vous surveillé l’adaptation ?

Trois de mes romans ont été adaptés en série télé.

Je n’interviens pas dans les scénarios. C’est compliqué en fait. Les contraintes télévisuelles sont totalement différentes de celles de l’écriture d’un roman, je trouve que c’est plus simple de laisser cette partie là à d’autres. S’ils ont acheté les droits de mon roman c’est qu’ils l’ont aimé. Le producteur à carte blanche.

Pour moi c’est aussi une façon de me protéger, j’en ressens une belle fierté, certes, mais d’un autre côté, ce n’est pas mon œuvre. Je prends de la distance avec tout cela. Cette adaptation ce n’est pas moi en fait. Je sais que d’autres auteurs sont beaucoup plus pointilleux et engagés dans ce genre de projet.

Le roman existe, à partir de là, je n’ai pas à le retoucher. Cela ne sacralise pas mon œuvre, loin de là. Victor Hugo  et « Notre Dame de Paris », adaptée en dessin animé, en comédie musicale, je ne suis pas persuadé qu’il aurait donné son accord pour toutes ces adaptations. Cela ne retire en rien à son chef d’œuvre, au contraire, cela permet de le faire découvrir au plus grand nombre. Cela ne me dérange absolument pas que certains producteurs utilise mon roman pour en faire autre chose.

C’est un choix très personnel. Après, il y a certains de mes titres auquel je tiens et où je fais le choix d’être à la baguette. Mais c’est vraiment un choix au départ.

Depuis la parution des « Nymphéas noirs » en 2013, vous avez toujours un rythme de publication que l’on peut aisément qualifier de soutenu. Est-ce imposé ? Ou êtes-vous naturellement productif ?

Mes premiers romans ont été écrits en même temps que je travaillais. Je réussissais malgré tout à produire un roman par an. Pourtant, mon travail de professeur à l’université était assez chronophage.

Maintenant, je consacre tout mon temps à écrire, ce n’est pas que je trouve le temps long, mais produire un roman par an est extrêmement confortable.

Il y a beaucoup d’écrivains qui vont vous dire qu’ils écrivent leur livre en 2 mois, qui passent beaucoup de temps à y penser, il y a plein de façons de travailler. Je suis quelqu’un de très organisé, et j’écris jour et nuit.

Avez-vous déjà pensé à créer un personnage récurrent ou bien de décliner une histoire sur plusieurs tomes ?

Alors, un personnage récurrent, non. Cela ne m’attire pas spécialement. Mes romans sont écrit vraiment avec un début et une fin, je ne me vois pas avec un personnage que l’on retrouve dans un autre roman.

Une histoire en plusieurs tomes, oui, notamment à destination de la jeunesse. D’ailleurs, un projet de ce type est en cours, il est déjà en partie écrit et il va sortir prochainement.

Quel est le roman pour lequel vous avez pris le plus de plaisir à écrire ?

Ah non mais ça c’est impossible de le dire !! Tous !

J’adore tous mes romans, ils ont tous leur histoire, ils ont tous quelque chose de très particulier.

Lorsque je rencontre les lecteurs je leur demande quel est leur roman préféré, il n’y en a pas un seul qui n’ai pas été cité.

Vous êtes un auteur assez hétéroclite, vos romans ont tous une ambiance particulière et unique, que ce soit de par le lieu ou encore l’intrigue. Vous vous êtes essayé également aux nouvelles, mais également à la littérature enfantine. D’où vient ce désir de changement constant, de renouveau, de touche à tout ?

C’est naturel pour moi.

Je ne comprends pas pourquoi des auteurs bourrés de talent n’ont pas envie de casser leur routine. Un auteur de roman policier peut très bien avoir envie d’écrire une histoire d’amour, une histoire pour enfants, ou que sais-je.

C’est comme un chanteur de rock qui se met à composer une ballade de temps en temps. Ou un acteur qui s’essaye à une comédie alors que ce n’est pas son jeu.

On a plusieurs cordes à notre arc, et il faut l’exploiter. Cela me semble de quelque chose d’assez naturel.

C’est plus facile à faire lorsqu’on est connu bien sûr.

Mes BD et mes contes pour enfants sont de très vieilles idées. Avoir du succès est un privilège pour moi et m’a permis justement cette fantaisie. Je suis bien conscient que « Les Contes du Réveil Matin » n’auraient jamais été publiés par une maison d’édition sans cela. Des contraintes marketing auraient été fortes et imposées par les éditeurs, j’aurai du tout reprendre.

J’ai la chance de pouvoir me permettre de faire des choses plus originales, plus diversifiées. Mais je pense que même en se diversifiant, on retrouve quand même la patte de l’auteur.

Mon dernier roman, par exemple, « J’ai dû rêver trop fort », mélange le polar à une histoire d’amour. Un éditeur aurait peut être dit que cela n’allait pas, qu’il fallait couper la moitié des scènes d’amour parce qu’il voulait le vendre comme polar.

Dans « Gravé dans le sable », il fallait que cela parle de la Normandie, pendant l’écriture je pensais à tout cela, à cette logique commerciale.

Aujourd’hui mon protocole d’écriture est devenu très peu commercial. Je n’ai plus les contraintes du début. Je me fiche de cette logique, j’en suis débarrassé. J’écris, mon éditeur fait ce qu’il veut de mon manuscrit. Que je vende X ou Y exemplaires de mon roman, peu m’importe.

Justement, concernant les enfants, on se plaint de l’utilisation intempestive d’écrans, au détriment de la lecture. A votre avis, comment peut-on redonner le goût de la lecture à cette génération ultra-connectée ?

C’est certain que le temps passé derrière un écran est un temps en moins à lire. Quand on était gamin on avait rien d’autre que le livre (éventuellement un peu de télévision) pour se distraire. Si j’avais eu accès à tout ça, je n’aurais pas autant lu, parce que mon esprit aurait été absorbé par tous ces supports, les vidéos Youtube par exemple. Aujourd’hui, les supports sont tellement multiples.

Mais paradoxalement, la littérature jeunesse n’a jamais compté autant de titres disponibles. L’offre est énorme et de très bonne qualité. Pour la petite enfance il y a énormément de choix. D’autant que c’est un loisir qui ne coûte pas cher, surtout par le biais des médiathèques. Pour moi le tableau n’est pas si noir que cela. La lecture en France est un secteur qui se défend et qui se bat, qui est passionné, même s’il faut être conscient que certaines petites librairies sont en très grande difficulté.

Je ne suis pas persuadé que les jeunes lisent moins. Ce qui me gênerait plus, c’est que la lecture devienne un loisirs élitiste avec des parents qui obligent leurs enfants à lire. On aurait alors une lecture à 2 vitesses.

Le lectorat doit rester diversifié et surtout populaire. Au prix d’un poche, ou d’un emprunt à la bibliothèque, tout le monde peut s’évader en lisant. On a pas besoin d’appartenir aux hautes sphères intellectuelles pour lire ! Il ne faut pas trop sacraliser la lecture, ne pas en faire quelque chose de distant des gens.

Parlez nous de vos prochains projets, et comment vous vous voyez dans 10 ans ?

Je ne sais pas. J’aurai peut être écrit tout ce que j’avais envie d’écrire et je ferai autre chose.

J’ai envie d’écrire encore beaucoup d’idées, il y a toujours un effet retard, dans 10 ans,  ce que j’aurai de plus orignal à dire sera écrit. J’irai probablement dans une autre direction.

Mais attention, je n’arrêterai pas d’écrire. Aujourd’hui, il y a une frénésie d’écriture telle, j’ai beaucoup d’histoires à raconter, j’aimerai bien les voir vivre. Soit ça sera passé, soit tout ce que j’aurai de plus original à dire et à écrire sera publié, mais ma façon d’écrire sera forcément autre. C’est comme quand on a réalisé tous ses rêves d’enfants, on est plus apaisé par rapport à cela.

Quelques questions plus légères pour mieux vous connaître :

Un auteur (mort ou vivant) que vous souhaiteriez rencontrer ?

Jules Verne

Le livre que vous offririez à un parfait inconnu ?

« Le Petit Prince »

Votre dernier coup de cœur littéraire ?

« Le fakir qui était coincé dans une armoire Ikéa » de Romain Puertolas. J’ai lu ça cet été et je l’ai trouvé vraiment très drôle, ça sort des sentiers battus. Ça faisait longtemps que j’ai pas lu de livre drôle.

Si vous deviez vous réincarner dans l’un de vos personnages, ça serait lequel et pourquoi ?

Wouah ! Il faut que j’en choisisse un ! Je vais dire Fanette des « Nymphéas Noirs », mais en sachant ce qui va lui arriver. Je veux avoir le droit de savoir ce qui va m’arriver ! Et du coup, je pourrai changer ma vie !

Votre recette de cuisine pour écrire :

Je n’ai pas spécialement de manie. J’écris partout.

Mon truc, par contre, c’est d’écrire le plus possible au fil de la plume. Je garde l’écriture des détails et le réalisme des descriptions pour plus tard. Lorsque j’écris, je ne veux pas m’encombrer avec le réel, sinon je perds le fil de mon histoire. Je trouve que l’inspiration vient presque au rythme de la pensée, c’est pourquoi il faut que j’écrive très vite.

Si j’écris une scène de crime, je vais juste écrire que mon personnage tient un pistolet, et seulement dans une second temps, je vais consulter internet pour voir quelle marque ça sera, son poids, ses caractéristiques, etc…

Le mot de la fin est pour vous :

Ce qui me frappe énormément depuis que je suis écrivain, c’est à quel point le bouche à oreilles peut faire le succès d’un livre, bien plus que les journaux ou que les plans comm’ des maisons d’édition. C’est exceptionnel la manière dont le livre, et certains best-sellers, vivent en dehors des circuits de communication classiques.

Merci à vous, et à tous ces bloggeurs pour votre travail qui permet de faire vivre la lecture. Parfois totalement en circuit parallèle par rapport aux livres qui sont médiatisés de manière classique.

Tous ces réseaux de passionnés de lecture, de fans sont très important. Il y a des tas d’auteurs qui ont leur public, et parfois un public très important sans passer du tout par les circuits classiques.

Je remercie de nouveau Michel pour sa disponibilité et sa gentillesse.

Vous pouvez retrouver mes chroniques de ses romans ici :

« J’ai dû rêver trop fort » , « Sang famille » , « On la trouvait plutôt jolie »

Les autres ont été dévorés avant l’aventure bloguesque !

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5 réflexions sur “Interview de Michel BUSSI

    1. Et un homme bourré de qualités ! J’aime beaucoup ses romans aussi. Je l’ai découvert avec les « Nymphéas Noirs », moi qui adore Monet, je m’étais régalée !

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